Éditorial de Juin

La communication non violente

À la veille d’un Conseil d’Administration qui équivaut à une séance de réflexion, de rencontres et d’élaboration, l’évocation de cette approche relationnelle, pratiquée formellement par l’un d’entre nous, a paru intéressante à présenter.

En survolant des pages expliquant cette forme de communication, le lecteur tombe inévitablement sur une opinion maintes fois signifiée : il n’y a pas d’études scientifiques qui prouvent l’utilité et l’efficacité de la méthode. C’est exactement l’argument opposé à toute innovation qui dérange l’organisation établie. Pour parodier Watzlawick, c’est « l’ultra-argument » servi par les interlocuteurs institutionnels rencontrés à ce jour.

Nous pouvons cependant remarquer que la communication non violente, qui est d’abord une attitude relationnelle, donne de meilleurs résultats que les réactions épidermiques ou les opinions péremptoires et définitives. Ainsi, nous avons adressé à la Revue de la Société d’Addictologie, dont les critères de sélection des articles, sont logiquement scientifiques et centrés sur les addictions, une présentation d’un ouvrage « Les arrogants », publié chez Dunod, par Sophie de Mijolla-Mellor. Nous avons eu un premier retour de la Rédaction indiquant que le texte ne serait pas retenu car étranger à la ligne éditoriale. Nous avions accueilli cette attitude en disant que nous la comprenions. Moins d’un mois plus tard, nous avons reçu une page de présentation de cet ouvrage au sein de la revue de la SFA, à côté de deux autres, dont un de Laurent Karila, à propos des idées reçues sur les addictions. Comme quoi. Peu de temps auparavant, nous nous étions permis, avant la tenue des journées d’alcoologie de Mars de la SFA, organisées avec le concours de la revue, de proposer un texte présentant notre point de vue sur « les déterminants de l’efficacité thérapeutique». Le principe même de cet article aurait pu être jugé inacceptable. Il n’en a rien été. Des remarques de forme ont été émises et l’article devrait être publié dans un prochain avenir dans la revue, ce qui contredit l’opinion d’une revue fermée à ce qui vient d’une réflexion issue de la pratique clinique. Il faut prendre le risque de déplaire pour ouvrir l’autre à ses propres déductions, même si elles n’ont pas fait l’objet d’études « multicentriques » et « randomisées ». 

Les trois valeurs principales avancées par le fondateur de la Communication NonViolente (label officiel) sont l’empathie, l’authenticité et le sens des responsabilités. L’idée est de communiquer avec l’autre sans lui nuire. Cela me fait penser à une réflexion de Jean de la Fontaine, plus restrictive : « Il est bon d’être charitable, le point est de savoir avec qui ». 

Marshall Rosenberg – un nom qui n’est pas sans évoquer les heures sombres du Maccarthisme − illustrait sa méthode en opposant le chacal et la girafe.  Dans notre imaginaire, nous faisons plutôt place aux fourmis et à l’escargot. Les premières ont besoin d’un chemin pour le suivre, le second avance toujours lentement mais d’autant mieux que le sol est humidifié par de la bienveillance et de la bonne volonté partagées.

 

Le vent du renouveau

Mai 2017

 

Le vent se lève... Il faut tenter de vivre... 
         Le vent ouvre et referme les pages de mon livre.

                                           Paul Valéry

Le vent du renouveau soufflerait-il dans les vallées, montagnes et plaines de notre vieux pays ?

Si oui, nous en réjouirons sans réserve.

Comment pourrions-nous définir le renouveau, sous l’angle des addictions et de la problématique alcoolique ? 

La première grande révolution serait que les administrés que nous sommes soient entendus et compris par les nombreuses administrations qui vivent de notre travail. Depuis le commencement, nous nous sommes habituellement heurtés à la froide et parfois cynique indifférence des Pouvoirs publics, sourds et aveugles aux innovations que nous proposions dans l’accompagnement des personnes en difficulté avec l’alcool. Nous allons rencontrer chacun d’elles une nouvelle fois, la dernière, et cette fois, il faudrait bien qu’elles sortent de leur torpeur. Nous ne pouvons être seuls à essayer de faire vivre l’intérêt général dans notre terrain de jeu. La politique est une articulation vivante et dialectique entre le mouvement d’en haut – les instances dirigeantes − et le mouvement d’en bas – l’action intelligente et obscure du ‘‘terrain’’, de ceux qui ‘‘font’’. 

La seconde révolution serait que nous négligions le confort de la pensée paresseuse dans le champ des addictions, que nous abandonnions une vision formatée et inopérante de la prévention et du soin. La prévention en affiches et en mesures coercitives est le symptôme de l’incurie. Les beuveries juvéniles de fin de semaine, les alcoolisations solitaires de fin de journée, le commerce des drogues festives, les addictions sans drogue, du numérique à la nourriture, en passant les achats compulsifs et les jeux, la compétition truquée, sont des marqueurs d’une Société qui se laisse détruire par la fièvre consumériste, la quête de pouvoir et de jouissance au détriment du plaisir épicurien : le plaisir de la responsabilité, la responsabilité de ses plaisirs. La meilleure prévention consiste à remettre la culture, l’esprit critique, la philosophie, le désir de liberté et l’amitié au pouvoir. Quant au soin, le simple bon sens aboutit à la conclusion que l’offre actuelle est à côté de la plaque. Selon une formule, à peine exagérée – la nuance passe inaperçue : aujourd’hui, tout ce qui fait soin en psy-alcoologie n’est pas payé, tout ce qui est peu utile, inutile ou même contreproductif fait l’objet de la protection sociale. Ne pas offrir des praticiens de proximité et des équipes rompues à la relation clinique, ne pas répondre à la recherche d’effets par une quête aboutie de sens, proposer des séjours longs dans des ambiances psychiatriques, sans accompagnement personnalisé de proximité, après le sevrage, relève du contresens absolu. Et pourtant, tel les Shadocks, les gouvernements successifs continuent, impavides, cette politique de gestion à la marge. Mais il y ce vent de renouveau et nous savons que toute crise grave est porteuse d’opportunités. 

Nous n’opposons pas les anciens et les nouveaux, à moins de considérer que les derniers n’ont pas encore eu le temps de devenir vieux, quand ils ne le sont pas déjà, et que certains anciens n’ont jamais été jeunes. Au sein de l’association, nous aimons les personnes d’expérience, de préférence discrètes et constantes, et nous espérons l’arrivée des jeunes avec leur enthousiasme, leur expérience naissante, leur adéquation distanciée aux temps actuels, dominés par le numérique plus encore que par les substances psychoactives. Ce sera le dernier point de cet éditorial, la dernière révolution, l’espoir d’un mélange des générations dans le sens d’une remise en cause du laisser-faire et du laisser-aller, une sortie de crise par le haut.

 

La prudence EDITORIAL d’AVRIL

Dans la période d’agitation, de désarroi et de fuite en avant que connaît notre pays, il est sans doute utile de rappeler les vertus de la prudence.

Louis XI, un des grands unificateurs de la future Nation, était surnommé, à juste titre, le prudent. Cette qualité est de nécessité dans les Temps troublés.

Nous avons besoin de sang froid, disons de contrôle émotionnel, sans perdre de vue un instant nos raisons d’être et les caractéristiques qui s’y rattachent.

L’AREA vaut par une ligne directrice : constituer les bases cliniques et fonctionnelles d’un accompagnement de proximité pour les personnes concernées par l'alcool et/ou par des difficultés psychoaffectives. Elle a besoin de citoyens dont la conscience politique se décline au plus près des réalités. Elle a besoin de personnes intellectuellement rigoureuses, fondamentalement indifférentes à ce qui mobilise l’ordinaire de nos élites : les avantages acquis ou à conquérir, les arrière-pensées et les petits calculs.

De tous les candidats à la magistrature présidentielle, pas un n’a dit un mot sur le caractère addictogène de la Société hypermoderne ou sur la menace que fait peser la culture consumériste sur la démocratie politique. Le ‘‘12ème candidat’’ – alias Eric Carrière – a, certes, mis en exergue – usant de son ‘‘fiel’’ - l’intérêt d’une boisson anisée qui irriguerait depuis le Perthus les villages et les villes de France… Ce breuvage, hélas, n’est pas le seul moyen employé pour anesthésier et tenter de manipuler ce que certains appellent le « peuple », avec un mépris dissimulé ou un enthousiasme affiché.

Nous serons prêts, demain, à œuvrer avec ceux qui sont d’accord avec nous ou qui, du moins, nous permettent de rester vivants et d’avancer dans la concrétisation de nos projets. Nous serons à l’initiative mais prudents. Nous évaluerons les paroles aux actes qui les prolongent. C’est la meilleure façon de progresser dans les périodes difficiles.

Notre pays, à l’exemple de l’alcoolique, vaut beaucoup mieux que l’image qu’il donne aujourd’hui. Il faut l’aider à croire en lui, l’inciter à cesser de se payer de mots et d’adopter la posture de victime ou de donneur de leçons, à réaliser une autocritique constructive, à mettre en accord ses actes et la nécessité de surmonter ses dépendances préjudiciables.

HG