I wish, nos vœux secrets

Réalisation : Hirokazu KORE-EDA

Date : 2011 / Japon

Durée: 128 mn

Acteurs principaux : avec Koki Maeda (le frère aîné) et Ohshiro Maeda (le frère cadet); Joë Odagiri (le père); Nene Otsuka, (la mère); Hiroshi Abe (un professeur); Isao Haschizume (le grand-père); Kirin Kiki (la grand-mère); Kyara Mégumi (la fille qui veut être actrice).

SA/HA

Mots-clés : Enfance ─ Séparation ─ Grands-parents ─ Souffrance ─ Imagination

 

Histoire

Les jeunes couples divorcent aussi au Japon ! Khoïchi Osaka, le grand frère, vit avec sa mère et les parents de celle-ci, au nord de l’île de Kuyshu, à Kagoshima. Ryûno, le cadet, vit avec son père, au sud de l’île, à Fukuoka.  Les jeunes parents se sont séparés. Autant le frère cadet déborde de vie et de gaîté, autant l’aîné vit douloureusement l’éloignement de ce petit frère boute-en-train, avec qui il garde un lien téléphonique quotidien. Il aimerait tant que leur famille soit de nouveau réunie. Il ne comprend pas les adultes. Il ne comprend pas pourquoi les gens habitent si près du volcan, le Kawashiri. Il a une obsession qu’il répète à son frère : “ Tu dois m’aider pour que nous soyons tous réunis ”. Le petit n’a pas vécu les disputes parentales de la même manière. Alors que Khoïchi tentait de les calmer lors des repas, lui s’éloignait avec son assiette et ses boulettes de poulpe.

La prochaine inauguration des lignes de TGV amène Khoïchi à imaginer un vœu original. Les frères vont profiter de la décharge d’énergie, quand les deux premiers nouveaux trains se croiseront sous leurs yeux, pour formuler le vœu qui déterminera leurs retrouvailles. Ryuno se laisse convaincre. Les garçons entreprennent leur quête singulière avec leurs amis. Ils seront sept en tout. Ils vont trouver les subterfuges nécessaires – dont la complicité du grand-père et celle des enseignants −  pour réunir l’argent du voyage, quitter l’école et entreprendre ce qui se révèlera un périple initiatique.

La résilience des jeunes

Le réalisateur, Kore-eda, qui a été comparé à François Truffaut, a une façon optimiste et intimiste de mettre en valeur les problèmes de société de notre époque. Les enfants, largement livrés à eux-mêmes, sont plus responsables que les adultes. Ils sont, apparemment, moins sollicités par les drogues que les petits occidentaux. Il décrit l’impact des ruptures conjugales sur le vécu des enfants.

Les deux frères réagissent très différemment. En contrepoint des nouvelles normes familiales illustrées par les jeunes parents, les deux frères sont remarquables de volonté, de fraîcheur et de complicité. Pas de jeux vidéo. Pas de TV. Du dialogue, via leurs portables. Du sport, des boulettes de poulpe, des dessins. La pureté, l’imagination et la créativité de l’enfance forment le ressort invisible de cette histoire d’amour fraternel.

À y regarder de près, les tuteurs de résilience ne manquent pas : le maître d’école, la bibliothécaire et l’infirmière de l’école, qui ont la grâce de faire rêver les garçons ; le grand-père, attentif et bienveillant ; le couple qui s’improvise en foyer d’accueil nocturne. Les figures d’attachement sont présentes. Ainsi un des copains emmène avec lui le cadavre de son chien dans sa sacoche d’écolier dans l’espoir d’une résurrection, en contrepartie de laquelle il ferait le sacrifice de sa future carrière de champion de base-ball. Le mot de la fin est pour Khoïchi. Quand son grand-père lui demande comment Ryûno a trouvé ses Karukans, une pâtisserie douceâtre, il répond : “ Il est trop jeune ”.

Les enfants de parents désunis ne sont pas dépourvus de résilience. Ils peuvent disposer de tuteurs de résilience dans la famille, à l’école et entre eux pour peu qu’il n’y ait pas d’addiction.

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L’enjeu (State of the Union)

 

Réalisation : Franck Capra

Scénario : Myles Connoly et Antony Veiller

Date : 1948 / USA

Durée : 124mn

Acteurs principaux :

Spencer Tracy (Grant Mathews),Katharine Hepburn (Mary Mathews),Van Johnson (Spike Mc Manus),Angela Lansbury (Kay Thorndyke),Adolphe Menjou (Jim Conover)

SA/A/HA

Mots-clés : Politique - Couple – Medias – Convictions - Emprise

 

 

L’histoire commence par un suicide, celui du propriétaire d’un journal influent, Sam Thorndyke. Il en finit ainsi avec son cancer. Il a transmis le pouvoir à sa fille Kay,  dont la sécheresse de cœur dépasse la sienne. Cependant, Kay a développé une liaison avec Grant Matthews, un self-made-man devenu grand patron de l’industrie aéronautique. Elle ambitionne d’en faire le prochain président des Etats-Unis, espérant en devenir l’éminence grise, tout en relançant le journal… Le détail est que Grant est marié à Mary. Or un candidat à la Présidence des Etats-Unis doit disposer de la présence souriante et enthousiaste de son épouse, sans parler d’une progéniture décorative…

Comment concrétiser ses convictions ?

The State of Union est réalisé et coproduit par Capra, qui se libérait de sa longue collaboration avec la Columbia. Le film évoque fortement un de ses grands succès, Monsieur Smith au Sénat, de 1939. Comme celui-ci, il s’inscrit dans la veine de la critique des mœurs politiques. Il est construit de la même façon, avec une tonalité plus pessimiste et, tout de même, une double « heureuse fin » puisque Grant retrouve la proximité affective de sa femme, en même temps qu’il renoue avec ses convictions, mises entre parenthèses pour être désigné par les grands électeurs, sous l’influence de Kay et d’un Directoire politique restreint.

Il convient de relever que ces films de Capra s’inscrivent dans une activité politique brûlante. State of the Union, présenté avant sa diffusion publique, au Président Truman aurait incité ce dernier à se représenter !

Dans le contexte de l’époque, toute prise de position critique demandait du courage. Elle était assurée de rencontrer l’hostilité de la part des Pouvoirs établis et des lobbies. Capra fut ainsi suspecté de sympathie procommuniste, alors qu’il fut l’auteur de films de propagande réussis tout au long de la seconde guerre mondiale !

La contradiction existe entre la fin et les moyens. En est-il différemment de nos jours ?

À côté de bons et rares documentaires politiques ou sociaux dont la diffusion est réservée aux salles de connaisseurs, d’assez nombreuses œuvres ont eu un impact plus large par la nature des problèmes mis en valeur, notamment ceux relatifs à l’emploi ou à l’écologie. Les solutions proposées restent au mieux du domaine du reportage. Ce genre reste descriptif comme d’ailleurs la littérature spécialisée, qu’elle soit psychosociologique ou clinique. La séparation des genres est une garantie de tranquillité et d’immobilisme, tout comme la faible audience des lecteurs. Une de nos patientes spécialisées en recherche écologique avait fini par démissionner en prenant conscience de la confidentialité de ses travaux et du fonctionnement en circuit fermé de son milieu élitiste. Il en avait résulté une dépression sévère.

Nous retiendrons de cette histoire qu’il est indispensable lorsqu’on se hasarde à des prises de position publiques, susceptibles de déranger l’ordre établi, de ne trahir ni ses convictions ni les liens affectifs qui les font vivre. Il n’est jamais évident de rester ou devenir soi-même, en passant du domaine privé au domaine public.

La pratique psy-alcoologique, largement marginalisée par les normes et les vides juridiques est là pour l’illustrer. Le film montre que la Démocratie politique est une fiction, instrumentalisée par des cyniques.

Nous retiendrons l’énergie vitale du héros, porté par la présence rayonnante et opiniâtre de son épouse, magistralement incarnée par Katharine Hepburn. Quelques verres d’alcool l’aideront à faire exploser l’imposture de la conférence de presse télévisée et à ramener son époux sur la voie de l’authenticité.

Comme pour nombre des comédies américaines de l’époque, les répliques de la version sous-titrée contribuent à l’intérêt de la découverte.

Au hasard, quelques unes d’entre elles :

Mary : Je suis une invitée peu coûteuse. Je ne bois pas.

Donover, le politicien : Je suis un homme nouveau à qui je vais servir un verre. Une petite coupe de champagne ?

Mary : Non, le résultat serait catastrophique.

Plus tard, Mary : Je me suis contaminée avec des Martinis. Je l’ai flanquée dehors (elle parle de Kay, l’intrigante) comme une vraie poissonnière. La faute aux Martinis.

Plus tard encore : Séduire une femme comme Kay se fait en trois étapes : d’abord, on la suit des yeux, puis à pied, puis à genoux.

Je ne sais pas à quelle étape Grant en est. Cela peut évoquer la relation à l’alcool : la rencontre attirante, l’accoutumance qui s’installe, la dépendance qui asservit.

 

 

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The immigrant

 

Réalisation : James Gray

Scénario: James Gray et Ric Menello

Date : 2013 / USA

Durée : 120mn

Acteurs principaux : Joaquin Phœnix (Bruno Weiss), Marion Cotillard (Eva Cybulska), Jemery Renner (Orlando), Angela Saratjan (Magda Cybulska), Maja Wampuszyc (Tante Edyta)

SA/A/HA

Mots-clés : Immigration – Proxénétisme – Fratrie −  Rivalité – Culture

 

L’histoire commence à Ellis Island, lieu de triage de l’immigration. Nous sommes en 1920. Deux sœurs ont fui Katowice et la Pologne, après avoir assisté à l’égorgement de leurs parents par des soldats. L’une d’elle, Magda, se fait repérer par le médecin et expédier à l’hôpital, avant un probable renvoi. Sa sœur, Ewa, est elle aussi en instance d’expulsion. Elle a le défaut d’être célibataire et il a été rapporté que sa conduite avait été amorale pendant le voyage. En réalité, elle aurait été prise de force dans la promiscuité des soutes. Ewa s’accroche. Elle attire l’attention d’un homme à chapeau qui semble au mieux avec un policier du service d’ordre. Bruno Weiss − c’est ainsi qu’il se nomme − lui trouve un hébergement dans un appartement du quartier yiddish. Ewa va pouvoir essayer de reprendre contact avec sa tante Edita et son époux, déjà établis à New York. Une nouvelle vie commence pour Ewa qui n’a qu’une obsession : retrouver sa sœur en bonne santé…

L’amour fraternel et la rivalité amoureuse

Les critiques ont loué la qualité des décors, le jeu de Marion Cotillard, rivalisant sans peine avec celui, sciemment outré, de Joaquin Phœnix. Plusieurs ont regretté le déroulé documentaire et cependant mélodramatique de l’intrigue. Le fait est que le film se voit sans peine jusqu’au bout.

Quels enseignements en retirer du point de vue de la problématique alcoolique ?

Les scènes de cabaret se déroulent alors que la loi sur la prohibition des alcools vient d’être prononcée. Il devient rapidement évident que les séances de music-hall ou celles plus sordides dans un tunnel sont les préalables aux contraintes par corps organisées par Bruno, le proxénète.

Les scènes d’abus et l’ivresse occasionnelle de Bruno ne justifient pas de commentaires. Peut-être noie-t-il dans l’alcool le sentiment amoureux qu’il éprouve pour Ewa, à défaut d’éprouver de la culpabilité. Ewa ne tient pas l’alcool. Elle n’en a pas besoin pour se prostituer.

Ewa est protégée par sa culture catholique et par l’amour pour sa sœur. De nos jours, la religion a perdu de sa valeur d’étayage. Les liens fraternels sont moins souvent opérants face aux problèmes. Ici, la compétition fratricide oppose deux cousins épris d’Ewa, Bruno et Orlando, qui effectue des tours de magie. L’affrontement va se transformer en fait divers tragique.

La combativité d’Ewa est intacte. La jeune femme avait sans doute eu la possibilité de se construire avant l’épreuve de la guerre.  Elle pourra obtenir de sa tante, à l’énergie, l’argent qui lui fera retrouver sa sœur pour un nouveau départ vers, cette fois, la Californie.

L’histoire rappelle certains problèmes inhérents à l’immigration. Elle montre l’importance donnée à l’argent, la présence de la corruption, la violence, le machisme. Elle pose le sexe en marchandise. Rien de nouveau sous le soleil.

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