Vous ne l’emporterez pas avec vous

Vous ne l’emporterez pas avec vous  /  You can’t take it with you

Réalisation : Franck Capra

Scénario : Robert Riskin, d’après la pièce de théâtre éponyme de George S. Kaufman et Moss Hart

Date : 1938 / USA

Durée : 126mn

Acteurs principaux :James Stewart Tony Kirby), Jane Arthur (Alice Sycamore), Lionel Barrymore (Le grand-père, Martin Vanderhof), Edward Arnold (Antony P. Kirby), Mary Forbes (Mme Antony P. Kirby), Donald Meek (P. Poppins)

SA/HA

Mots clés :  non-conformisme – décalage – créativité – classes sociales – mythe

 

 

Avec ce film tiré d’une pièce de théâtre, Franck Capra réalise une sorte de brouillon, original et militant, de son célèbre Monsieur Smith au Sénat. Nous sommes à la veille du deuxième conflit mondial. L’Allemagne hitlérienne a entamé sa politique de conquête. Capra, comme d’autres réalisateurs, participe à l’effort de contre-propagande, en exaltant les supposées valeurs de la démocratie des Etats-Unis. Notre réalisateur choisit d’opposer, de façon caricaturale, une famille des plus farfelues, les Vanderhof-Sycamore, à la froide détermination d’un méchant promoteur, Antony P. Kirby, décidé à leur faire abandonner leur maison pour réaliser ses projets immobiliers. La transition entre ces deux mondes est assurée par Tony, le fils de ce patron d’industrie et Alice, sa propre secrétaire, qui appartient à la famille à expulser contre dédommagement. Capra met en scène cette fable sociale où la population incarne ce que George Orwell appellera la décence ordinaire, cette capacité populaire à refuser le pouvoir de l’argent sur la vie et la liberté de chacun.

Remettre en cause ce qui nous détruit

La personne souffrant de dépendance alcoolique est appelée à faire un effort de réflexion élargie pour prendre la mesure de son addiction mais pour se préserver tout autant des facteurs d’environnement qui peuvent en déterminer le retour. L’identification pragmatique d’une dépendance alcoolique avérée ou d’une perte de contrôle systématique de la consommation justifie un niveau de connaissance neurobiologique et comportemental. Cet effort de compréhension n’est pas suffisant. Le sujet doit comprendre les significations du symptôme alcool, de l’usage récurrent de quelque chose qui le détruit. De ce point de vue, un atelier cinéma consacré à ce film de divertissement peut déboucher sur une réflexion sur les formes du travail. S’il est clair que nul ne peut vivre sans argent, il n’en résulte pas que le revenu procède nécessairement de la spéculation, de l’exploitation du travail des autres ou de l’obligation de se livrer à un emploi démoralisant, abêtissant, et au final destructeur. Reprenant la distinction de Bernard Stiegler(1), il convient de réserver le mot ‘‘emploi’’ au « travail qui appauvrit et décervelle ». Seule pourrait être appelée travail une activité contribuant à l’épanouissement individuel et au mieux être des autres, susceptibles de tirer avantage des capacités mises en jeu. Il s’agit, au quotidien, par tous les moyens disponibles, de s’opposer à ce que Stiegler appelle ‘‘l’économie de l’incurie’’. Capra rappelle quelques pistes indémodables : le non-conformisme, l’esprit critique, la bonne humeur, la créativité, la fantaisie, le lien social, le dialogue. Nous pourrions ajouter la prise en compte des différents facteurs de fragilité propres au sujet et cela est l’affaire de l’accompagnement psychothérapeutique.

 

  1. Bernard Stiegler, « L’emploi est mort, vive le travail », entretien avec Ariel Kyrou, éditions Mille et une nuits, Les petits libres n°87, 2015

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