L’été, un été d’enfouissement, est passé.

D’ores et déjà, la seconde édition du Guide de l’accompagnement est disponible. Il s’agit, désormais, à partir du remarquable effort de mise en valeur consenti par Dunod, et des nombreux ajouts, de notre livre de référence. Ce Guide peut et doit accompagner la route des alcooliques qui décident de prendre leur vie en mains. Il devient la référence nécessaire pour toute personne qui se réclame de l’AREA.  Outre les vignettes qui relatent de nouveaux cas peuplant ce travail de présentation conceptuelle, trois apports sont à relever :

  • Le résumé du livre lui-même pour les « Lecteurs pressés », entendez les lecteurs érudits, saturés d’ouvrages, pour expliciter la réflexion de l’AREA, une réflexion dont l’originalité ne peut échapper, après cette simple lecture, y compris dans  la politique à mener pour révéler le défi de l’addiction alcoolique.
  • L’article – chapitre sur « Alcool et Justice » est une synthèse documentée qui peut être opposable à tout discours sur les relations entre Etat, Justice et conduites d’alcoolisation.
  • Le chapitre « Comment soigner » donne le cadre d’un soin alcoolique alternatif à l’offre actuelle.
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Faux problèmes, vraies solutions

J’ai toujours détesté le mot abstinence au singulier. Il ne me parle vraiment qu’au pluriel, tout comme d’ailleurs le terme de consommation contrôlée.

Les abstinences

L’abstinence au singulier évoque l’interdit religieux, la castration et elle peut être vécue comme une amputation par l’alcoolique. Je lui préfère, à peine, le terme de non-consommation. En fait, je préfère pointer trois périodes : avant, pendant et après l’alcool. Dans l’après-alcool, je distingue le sans-alcool et le hors-alcool. Le sans-alcool correspond à la mise en place de l’abstinence et peut comporter des reprises d’alcool. Il perdure, parfois, en dehors même de tout soin, pendant des mois ou plus rarement des années, sans travail d’élaboration mentale. Cette période sans alcool s’achève assez souvent par un retour insidieux ou brutal à la consommation antérieure avec souvent une décompensation  en chaine de la situation clinique, familiale et sociale.  Le hors-alcool correspond à un travail d’élaboration. Il peut être interrompu par une ré-alcoolisation avec des conséquences variables. Une ré-alcoolisation peut être enrayée aisément si le sujet a effectué un travail psychique suffisant et s’il a conservé un lien avec le cadre d’accompagnement. Dans le cas contraire, elle peut être grave.

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Rationaliser l’offre de soin en alcoologie et en addictologie. Constats et propositions

Constats

− Nous assistons, en parallèle aux bouleversements de tous ordres qui transforment les pays développés, à l’émergence d’un Homo addictus. L’alcool, très présent dès la période pubertaire sur le mode de l’excès, prend le statut de la « dernière drogue » pour un nombre croissant de personnes, si bien que l’avenir des sociétés modernes est lié aux réponses indirectes et directes que ces sociétés apporteront aux conduites addictives.

Les alcooliques évitent le plus longtemps possible de se soigner − c’est une lapalissade −  parce qu’ils préfèrent les conduites d’abus à la consommation modérée, par méconnaissance ou dénégation de leur état, ensuite, par honte et parce qu’ils ne trouvent pas d’interlocuteur ou de solution qui leur convienne, enfin.

Les structures de soin n’accueillent qu’une partie minoritaire de la population concernée. Quand elles le font, c’est très souvent tard et grave.

À côté des addictions sans drogue, la règle aujourd’hui devient la succession de plusieurs addictions aux substances psychoactives (cannabis, tabac, alcool, héroïne, drogues dites « festives » ou hallucinogènes, médicaments psychotropes). Si l’alcoolique traditionnel s’en tient à l’association alcool-tabac, chez les polyaddictés, l’alcool occupe la fonction de drogue légale de substitution ou de complément.

On peut ramener les circonstances de rencontre avec l’alcoolique à 5 situations :

  1. Les urgences : situations souvent éloignées d’une démarche de soin ;
  2. Les personnes soumises à une obligation de soin ;
  3. Les patients souffrant d’une pathologie somatique déterminée par l’alcool ou par l’association alcool-tabac ;
  4. Les malades psychiatriques souffrant d’addictions, dont l’addiction à l’alcool ;
  5. Les démarches orientées ou individuelles.
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