Eddie the eagle (Eddie l'aigle)

Réalisation : Dexter Fletcher

Date : 2016 / Royaume-Uni, Etats-Unis, Allemagne

Durée : 105 mn

Acteurs principaux : Taron Egerton (Eddie « l’aigle » Edwards), Hugh Jackman (Bronson Peary), Keith Allen (le père d’Eddie), Jo Hartley (la mère d’Eddie), Iris Berben (Petra), Christopher Walken (Warren Sharp)

SA/HA

Mots clés : Optimisme, persévérance, rédemption, échec, amitié

 

Histoire

Elevé dans une famille modeste, Eddie vit dans un climat familial plutôt favorable. Il entretient de bonnes relations avec ses parents, surtout avec sa mère. Eddie a un handicap physique, et une passion pour les jeux olympiques. Il ne considère pas pour autant les deux comme étant inconciliables. Son handicap physique n’altère pas sa motivation, bien que son but paraisse irréaliste voire risible. Les nombreux échecs d’Eddie dans diverses tentatives sportives sont figurés par ses lunettes cassées qui s’amassent dans une boîte.  

Eddie persévère dans son aspiration de vie malgré les obstacles. Son père est agacé par les lubies de son fils, il essaie de le raisonner en lui faisant comprendre que les objectifs qu’il se fixe sont inatteignables. Le père d’Eddie est matérialiste, pragmatique, bourru, car il se soucie de la réussite sociale de son fils. Il souhaite que ce dernier obtienne un diplôme et s’insère dans la vie professionnelle, plutôt que de renier l’héritage paternel dans la maçonnerie. Ses intentions sont bonnes, mais si Eddie avait choisi cette voie, il aurait certainement été malheureux. La mère d’Eddie soutient davantage le rêve de son fils, tout en demeurant réaliste. La confiance que sa mère lui porte confère à Eddie une source d’étayage qui renforce sa motivation et sa propre confiance en lui.

Malgré quelques réussites, Eddie demeure très maladroit et est perçu comme n’étant pas à sa place, comme n’ayant pas le potentiel d’un athlète. Le jeune homme découvre alors un nouveau sport, le saut à ski, ainsi que les dangers que ce sport extrême implique. Eddie souhaite représenter son pays dans cette discipline, il est persuadé qu’il peut y arriver, quand bien même tout le monde lui dira que c’est impossible, ce qui par ailleurs tient du bon sens. Il n’a qu’une idée en tête, à la limite de l’obsession : participer aux jeux olympiques. Plus on lui dit « jamais vous n’y arriverez, vous n’êtes pas un athlète », plus cela décuple sa ténacité et sa persévérance pour y arriver et dépasser les humiliations. L’injustice des refus et l’hypocrisie qui les accompagne le poussent au dépassement de soi.

Eddie est simple d’esprit et peu adapté socialement, à la manière de Forrest Gump, mais il n’est pas stupide. Il est irréfléchi, imprudent, et n’a pas conscience de la difficulté de sa tâche. Il est aussi authentique, crédule, spontané, généreux, et foncièrement optimiste. Il ne se pose pas de questions inutiles, il n’est pas complexé, il va droit au but.

Lorsqu’Eddie arrive en Allemagne, il commence à mûrir. Il rencontre Bronson Peary, un homme désabusé, aigri, pessimiste, et alcoolique. Eddie apprend que Bronson excellait au saut à ski dans sa jeunesse, mais que ses problèmes d’alcool lui ont coûté sa carrière d’athlète et l’amitié de son propre mentor. Bronson est devenu un « réaliste-blasé », c’est-à-dire un pragmatique qui n’ose pas prendre de risques audacieux, qui a renoncé à ses rêves et qui n’est plus que l’ombre de lui-même.

Eddie se différencie d’emblée de Bronson par son désintérêt pour l’alcool et la sexualité. Pourtant, une relation de co-dépendance positive se noue progressivement entre les deux personnages, qui développent une complicité lors de leurs sessions d’entrainement. Eddie souhaite bénéficier de l’expérience de Bronson, il perçoit davantage les qualités de cet homme que ses défauts. Bronson commence à se soucier d’Eddie, il le prend sous son aile et souhaite l’aider à accomplir son rêve. L’amitié d’Eddie et son rôle de coach auprès du jeune homme lui permettent de donner du sens à sa vie, de sortir de son enfermement, de reprendre confiance en lui et en l’autre, et finalement d’avoir le courage de renoncer à l’alcool.

Lors d’une scène spectaculaire, Bronson réalise une performance irréaliste en sautant du tremplin de 90m (le plus haut et le plus dangereux), avec une cigarette à la bouche et en étant alcoolisé. Concrètement, il est peu probable que cet exploit soit possible en état d’ébriété. Métaphoriquement, Bronson montre l’exemple à Eddie en lui prouvant qu’il est capable d’accomplir l’impossible du moment qu’il croit en lui et ne se laisse pas atteindre par le mépris de autres sportifs.

Eddie prend cette leçon trop à la lettre et a un grave accident à cause de sa témérité et de son insouciance. Suite à cet accident, il aurait pu développer un traumatisme et choisir de renoncer au saut à ski pour préserver sa vie. Pourtant, l’échec fait partie du processus d’apprentissage. Eddie est suffisamment lucide pour comprendre qu’il doit persévérer face à l’adversité et qu’il a besoin d’aide pour parvenir à son but. Il se différencie des autres sportifs imbus de leur personne en affichant un bel esprit d’équipe, et surtout en privilégiant l’accomplissement personnel et le plaisir du sport plutôt que la compétition et la réussite sociale.

Malgré la pression sociale du comité olympique britannique ou des autres athlètes qui cherchent à dissuader ou ridiculiser Eddie, ou encore le milieu sportif qui le dénigre parce qu’il n’a pas le profil typique d’un athlète, le jeune homme est apprécié par les médias pour son authenticité et son courage. Il réalise une prouesse en gagnant un nouveau record, suscitant la fierté de ses parents et obtenant ainsi la reconnaissance qu’il mérite. Par extension, Bronson regagne l’estime de son propre mentor. Même le champion mondial du saut à ski reconnaît la valeur d’Eddie en le traitant comme son égal : « On est comme deux aiguilles placées sur 13 h et 11 h. On est proches l'un de l'autre et loin des autres. Gagner, perdre, c'est pour les petits. Nous deux, on saute pour libérer notre âme. Nous seuls pourrons entrer dans l'histoire. Si on n'est pas au max, devant le monde entier... ça nous tuera intérieurement. Pour toujours. »

 Intérêt en alcoologie : La force de l’optimisme

Eddie est présenté comme un personnage profondément optimiste. Il ne se laisse pas facilement décourager par ses propres échecs, ni par le mépris des autres envers lui. Il ressent de la fierté et de l’encouragement à chaque fois qu’il se surpasse. Il fournit sans cesse des efforts pour atteindre ses objectifs, alors que ces derniers semblent peu réalisables et réalistes. Il trouve facilement des solutions à ses problèmes, en dépit des contraintes que cela peut représenter, car il considère toujours la réussite comme une option possible. Il apparaît comme une personne idéaliste, naïve et un peu niaise. L’optimisme d’Eddie repose peu sur l’esprit critique, mais plutôt sur son plaisir de vivre, sa confiance en soi, et sa bienveillance.

Bronson est l’opposé d’Eddie. Il est cynique, pessimiste, blasé, rongé par ses échecs et se réfugie dans l’alcool pour supporter son existence. Il est rejeté par les autres, il vit seul et semble s’en contenter. L’optimisme du jeune homme déteint sur lui, Bronson accepte qu’Eddie rentre dans sa vie et sort de son isolement social. C’est au contact d’Eddie qu’il commence à reprendre peu à peu goût à la vie et à sortir de son alcoolisme.

Alors que tout semblait contre lui, Eddie a bénéficié de trois atouts majeurs : le soutien inconditionnel de sa mère, sa persévérance et le tutorat d’un ancien champion de saut à ski. Eddie illustre parfaitement les paroles de Pierre de Coubertin, fondateur des JO en 1896 : « Le plus important aux Jeux Olympiques ce n’est pas de gagner mais de participer. L’important dans la vie ce n’est pas le triomphe mais le combat. »

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Workers (Une vie de chien)

 

Réalisation: José Luis Valle

 Scénario: José Luis Valle

Date: 2013 / Mexique – Allemagne

Durée: 120 mn

Acteurs principaux : Jesus Padilla (Raphael) Suzana Salazar (Linda) Barbara Perrin-Rivemar (Elisa) Talaia Vera (la vieille dame riche) Le lévrier femelle (Princesse)

SA

Mots-clés : Domination – pauvreté – soumission −  vengeance – ironie

 

 

 

Le réalisateur Jose Luis Valle livre un film étonnant pour exprimer l’absurdité d’un monde façonné par l’argent du Capital. Sa façon de tourner, atone, comme paresseuse, les plans fixes et le montage des scènes, désinvolte, le choix de livrer un minimum d’explications créent une atmosphère étrange. Le spectateur est assigné à demeurer attentif dans son fauteuil, pour comprendre la morale de l’histoire. Il est confronté à la fatalité qui pèsent sur les dominés sous l’influence de cet argent qui encombre les uns et dont sont privés les autres. Les messages de fraternité, de complicité et de bienveillance existent en filigramme, avec le recul de l’ironie et une grande économie de mots. La revanche des dominés sera aussi efficace que discrète.

Raphaël est technicien de surface dans une usine Philips de lampes électriques. Linda, est domestique chez une vieille dame riche en fin de vie, qui n’a d’yeux que pour son lévrier. On comprend que Raphaël et Linda ont été mariés, il y a longtemps. Comme Raphaël le confie à l’employée d’une boutique de chaussures, le couple n’a pas survécu à la mort accidentelle de leur petit garçon,  sans doute noyé dans la piscine de la villa, par un défaut d’attention. Chacun vit, à présent, sa solitude, l’un dans un camping-car aménagé, l’autre dans une chambre de bonne qui évoque une cellule de prison.

Raphael est un employé exemplaire, arrivé enfin à l’heure de la retraite. Comme le relève le cadre qui l’accueille, derrière son ordinateur, après une demande de rendez-vous, il n’a jamais manqué un jour. Il n’a même jamais pris de vacances ! Mais c’est un travailleur sans papiers.  Il s’était engagé dans l’armée des USA au Vietnam contre la promesse de bénéficier de la nationalité nord-américaine en remerciement des services rendues. La promesse n’avait pas été tenue. Faute de mieux, il s’était fait embaucher dans cette usine Philips, dans celle ville côtière du Mexique, Tijuana… Le cadre a la bonté de prendre en compte ses états de services exceptionnels, encouragés par sa condition de non-citoyen. À défaut de retraite, il pourra continuer à balayer au-delà de la limite d’âge.

De son côté, Linda est spécialement affectée au service de « Princesse », la bien nommée chienne de la patronne. La blanche statue du gracile et indolent animal campe sur le parvis de la villa dominant la mer. Un buisson du jardin est taillé à son image. Tout l’amour dont est capable la propriétaire se concentre sur sa chienne.

Les conditions de travail sont douces bien que  monotones : ramasser les feuilles de la piscine, promener un chiffon sur la rampe d’escalier, lustrer la vieille Mercédès qui promène chaque jour Princesse, peser et cuire à point sa portion de viande…  

Installée dans son fauteuil roulant, muni d’un dispositif respiratoire et de perfusion, face à l’Océan, la ‘’patrona’’ ne daigne pas répondre à son fils au téléphone apportée par l’effacée Elisa. La vieille dame a désigné le lévrier comme son héritier. Quand la chienne aura expiré à son tour – sous réserve de mort naturelle authentifiée, comme le souligne le notaire lors de la lecture du testament – c’est le personnel qui héritera du chien.

La soumission des dominés n’est cependant qu’apparente. La solidarité de condition existe encore en leur sein. Comme le découvrira le spectateur, la vengeance est un plat qui se mange froid.

Princesse en fera les frais, ce qui ne pourra laisser indifférents les amis des bêtes. La violence symbolique des rapports sociaux de domination appelle d’autres types de violence, plus concrètes.

L’humour est noir et glacé, et en même temps, obscurément chaleureux. Le capitalisme d’aujourd’hui a toujours besoin de domestiques. Ces derniers peuvent encore se parler et partager, par chance, le confort routinier d’une vie de chien ou d’usine.

Une vie de chien

L’alcoolisme est aussi à l’origine d’un déclassement social. Il rapproche nombre de ceux qu’il affecte d’une position de survie. La personne alcoolique, pas plus que les employés de la vieille dame ou l’ouvrier d’usine, ne doit s’attendre à l’impossible : être maître de son destin si elle ne prend pas ses affaires en main.

La personne alcoolique est incitée, comme eux, à se soumettre au système : à boire tant qu’elle peut, à être punie en cas de débordements. Elle bénéficie d’une forme de mansuétude par la contrepartie des cures et des postcures, si elle se tient bien pendant les séjours. À la phase de dépendance active, elle donne indirectement du travail à des tas de gens ; comme  la chienne. Elle contribue en particulier  à la prospérité des établissements de santé. Elle mobilise le savoir technique de nombreux professionnels, dans la plus accomplie des indifférences. Les alcooliques, ainsi assistés, sont des immigrés de l’intérieur, des « sans-papiers » tolérés. Ils ne sont pas reconnus comme tels. Ils n’ont pas de cliniciens attitrés. Ils peuvent cependant bénéficier d’une petite pension au titre du handicap constitué par l’addiction et par une co-morbidité psychiatrique ou une autre pathologie éventuellement associée. Ils doivent pouvoir continuer à consommer jusqu’au dernier jour, quitte à finir sous les ponts. Le droit à la retraite ne leur est pas retiré. L’alcool et le tabac soulagent cependant l’Etat, par la réduction de l’espérance de vie, de dix années de versements. Vous me direz que pour une vie de chien, c’est un moindre mal. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un chien riche comme maître. En même temps, la condition alcoolique crée les conditions d’une réflexion, d’une solidarité, d’une réactivité aussi discrète que celle des prolétaires de cette histoire savoureuse.

L’image du mur à interstices qui coupe en deux parties la plage et la mer symbolise, semble-t-il, les barrières qui séparent les humains les uns des autres. Il n’interdit pas de se parler.

 

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I wish, nos vœux secrets

Réalisation : Hirokazu KORE-EDA

Date : 2011 / Japon

Durée: 128 mn

Acteurs principaux : avec Koki Maeda (le frère aîné) et Ohshiro Maeda (le frère cadet); Joë Odagiri (le père); Nene Otsuka, (la mère); Hiroshi Abe (un professeur); Isao Haschizume (le grand-père); Kirin Kiki (la grand-mère); Kyara Mégumi (la fille qui veut être actrice).

SA/HA

Mots-clés : Enfance ─ Séparation ─ Grands-parents ─ Souffrance ─ Imagination

 

Histoire

Les jeunes couples divorcent aussi au Japon ! Khoïchi Osaka, le grand frère, vit avec sa mère et les parents de celle-ci, au nord de l’île de Kuyshu, à Kagoshima. Ryûno, le cadet, vit avec son père, au sud de l’île, à Fukuoka.  Les jeunes parents se sont séparés. Autant le frère cadet déborde de vie et de gaîté, autant l’aîné vit douloureusement l’éloignement de ce petit frère boute-en-train, avec qui il garde un lien téléphonique quotidien. Il aimerait tant que leur famille soit de nouveau réunie. Il ne comprend pas les adultes. Il ne comprend pas pourquoi les gens habitent si près du volcan, le Kawashiri. Il a une obsession qu’il répète à son frère : “ Tu dois m’aider pour que nous soyons tous réunis ”. Le petit n’a pas vécu les disputes parentales de la même manière. Alors que Khoïchi tentait de les calmer lors des repas, lui s’éloignait avec son assiette et ses boulettes de poulpe.

La prochaine inauguration des lignes de TGV amène Khoïchi à imaginer un vœu original. Les frères vont profiter de la décharge d’énergie, quand les deux premiers nouveaux trains se croiseront sous leurs yeux, pour formuler le vœu qui déterminera leurs retrouvailles. Ryuno se laisse convaincre. Les garçons entreprennent leur quête singulière avec leurs amis. Ils seront sept en tout. Ils vont trouver les subterfuges nécessaires – dont la complicité du grand-père et celle des enseignants −  pour réunir l’argent du voyage, quitter l’école et entreprendre ce qui se révèlera un périple initiatique.

La résilience des jeunes

Le réalisateur, Kore-eda, qui a été comparé à François Truffaut, a une façon optimiste et intimiste de mettre en valeur les problèmes de société de notre époque. Les enfants, largement livrés à eux-mêmes, sont plus responsables que les adultes. Ils sont, apparemment, moins sollicités par les drogues que les petits occidentaux. Il décrit l’impact des ruptures conjugales sur le vécu des enfants.

Les deux frères réagissent très différemment. En contrepoint des nouvelles normes familiales illustrées par les jeunes parents, les deux frères sont remarquables de volonté, de fraîcheur et de complicité. Pas de jeux vidéo. Pas de TV. Du dialogue, via leurs portables. Du sport, des boulettes de poulpe, des dessins. La pureté, l’imagination et la créativité de l’enfance forment le ressort invisible de cette histoire d’amour fraternel.

À y regarder de près, les tuteurs de résilience ne manquent pas : le maître d’école, la bibliothécaire et l’infirmière de l’école, qui ont la grâce de faire rêver les garçons ; le grand-père, attentif et bienveillant ; le couple qui s’improvise en foyer d’accueil nocturne. Les figures d’attachement sont présentes. Ainsi un des copains emmène avec lui le cadavre de son chien dans sa sacoche d’écolier dans l’espoir d’une résurrection, en contrepartie de laquelle il ferait le sacrifice de sa future carrière de champion de base-ball. Le mot de la fin est pour Khoïchi. Quand son grand-père lui demande comment Ryûno a trouvé ses Karukans, une pâtisserie douceâtre, il répond : “ Il est trop jeune ”.

Les enfants de parents désunis ne sont pas dépourvus de résilience. Ils peuvent disposer de tuteurs de résilience dans la famille, à l’école et entre eux pour peu qu’il n’y ait pas d’addiction.

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