Réalisation : Claude Barras

Date : 2016 / France, Suisse

Durée : 66 mn

Acteurs principaux : Courgette (Gaspard Schlatter), Camille (Sixtine Murat), Simon (Paulin Jaccoud), Raymond (Michel Vuillermoz)

 SA

Mots clés : enfance, abandon, maltraitance, solidarité, maturité

 

L’histoire

Ce film d’animation dépeint la vie d’Icare, un garçon de neuf ans qui préfère se faire appeler « Courgette ». Courgette vit avec sa mère, une femme alcoolique qui le néglige. Sa triste vie bascule lorsque sa mère meurt accidentellement. Raymond, un policier, prend la déposition de l’enfant pour ensuite l’emmener dans un orphelinat. Courgette est intimidé par cette nouvelle situation, il éprouve des difficultés à échanger avec les autres enfants. Jusqu’au jour où une nouvelle enfant arrive à l’orphelinat, Camille, dont Courgette tombe amoureux. Ces enfants qui n’ont plus de parents vont apprendre à se découvrir à travers les liens de solidarité qu’ils créent entre eux et avec les adultes bienveillants de l’orphelinat.

Intérêt en alcoologie

Le film illustre de manière intelligente et sensible le point de vue d’un enfant sur l’alcoolisme parental. La mère de Courgette est négligente, peut-être même maltraitante. Le jeune garçon ressent de l’ambivalence envers la figure maternelle, à la fois aimée et crainte, et s’efforce de conserver un lien fragile en se comportant comme un parent (par exemple en ramassant les canettes de bière qui traînent partout dans la maison). Lorsque la mère meurt, Courgette a du mal à faire son deuil. Il conserve pendant un certain temps les objets qui symbolisaient ses parents : un cerf-volant sur lequel est peinte la représentation d’un père absent, et une canette de bière qui représente la mère de manière éloquente. Ce n’est que plus tard, lorsqu’il offre à Camille un bateau construit à partir de la canette de bière, qu’il est en mesure de lâcher-prise, de renoncer à entretenir le souvenir d’une mère défaillante afin de s’ouvrir à des relations plus saines et sécurisantes.

Les autres enfants du foyer ont également vécu dans des familles dysfonctionnelles et doivent porter des traumatismes bien lourds pour leur jeune âge, que ce soit parce qu’ils avaient des parents toxicomanes, un parent qui a commis un meurtre, un parent incestueux… Pourtant, les enfants de l’orphelinat ne se laissent pas déterminer par ces ambiances traumatiques lourdes. Au contraire, ils parviennent progressivement à tisser des liens de confiance horizontaux et verticaux. L’amitié et la complicité qu’ils entretiennent entre eux les aide à panser leurs failles psychiques.

Ces enfants peuvent démontrer une maturité remarquable, et Simon est le personnage qui l’illustre le mieux. Simon se présente comme un enfant agressif, impulsif et harceleur. Mais cette agressivité lui sert de masque pour éviter de se confronter à ses affects, et peut-être aussi parce qu’être provocateur est le seul moyen qu’il connaît de se sentir exister aux yeux des autres. Simon démontre de l’ingéniosité en aidant Camille à sortir des griffes d’une tante peu aimante. Il parvient même à renoncer à ses désirs égoïstes en incitant Courgette à se faire adopter, conscient de la chance qu’il a, alors qu’il désirerait éviter la séparation en demeurant auprès de ses amis.

Les adultes de l’orphelinat apparaissent comme des parents « suffisamment bon » et apportent la sécurité affective dont ces enfants ont cruellement manqué dans leur famille d’origine. Le personnage de Raymond en est le plus exemplaire. Ce policier s’attache à Courgette, qui lui rappelle peut-être son propre fils dont il n’a plus de nouvelles. Il se montre compréhensif et attentionné, et par son attitude chaleureuse il permet à l’enfant de regagner confiance en soi et en l’Autre. Il prend en compte les désirs et les besoins du garçon, puisqu’en adoptant Courgette il adopte également Camille afin de ne pas les séparer. Par ailleurs, tout au long du film, Courgette relate son histoire illustrée de dessins qu’il envoie à Raymond. Cet échange offre l’occasion au garçon de se raconter son histoire et de la partager avec une personne significative à ses yeux afin d’élaborer le sens des événements qu’il vit.

Ces enfants délaissés ont l’opportunité de connaître une vie meilleure en grande partie grâce au soutien que leur apportent les adultes de l’orphelinat et Raymond, qui leur font confiance et accordent de la crédibilité à leur parole. Ces adultes les considèrent comme des personnes à part entière en tenant compte de leurs opinions, sans avoir une attitude paternaliste ou infantilisante qui auraient entravé leur épanouissement.

 

Réalisation: Jo Wright

 Scénario: Anthony McCarten

Date: 207 / GB

Durée: 125mn

Acteurs principaux :

Gary Oldmann : Winston Churchill

Kristin Scott Thomas : Clementine Churchill

Ben Mendelsohn : George VI

Lily James : Elisabeth Layton

Stephen Dillane: Lord Hallifax

Ronald Pickup : Neville Chamberlain

A/SA

Mots-clés : crise – mots – incertitude −  courage – peuple

 

Décidément, Joe Wright sait puiser dans la Littérature et l’Histoire pour nous offrir des moments de pur bonheur, après Orgueils et préjugés, Reviens-moi ou Anna Karénine. Ce commentaire louangeux ne manquera pas de faire tâche s’il est confronté à d’autres propos désobligeants prévisibles, tant l’inspiration du film contredit la Pensée convenue. 

Le scénario se concentre sur les quelques jours du mois de Mai 1940, au cours desquels la Grande-Bretagne s’est retrouvée seule face à la déferlante des forces militaires d’Hitler en Europe occidentale. L’armée britannique et des troupes françaises  – plus de 300 000 hommes – se trouvaient encerclées dans la ‘‘poche de Dunkerque’’. Le futur allié nord-américain n’était pas désireux, même indirectement, de se lancer dans la mêlée. Chaque heure comptait. Á Londres, l’état de deshérence politique, après la capitaluation de Munich, livrant la Tchécoslovaquis aux nazis, avait conduit George VI, faute de mieux, à nommer Winston Churchill, qu’il n’aimait pas, à la tête d’un gouvernement d’union. Les partisans de la négociation-capitulation incarnés par Neville Chamberlain et Lord Halifax, le cousin du Roi, étaient présents dans le cabinet de guerre. Ils ne renonçaient pas à renoncer à se battre face à la menace de l’envahissement imminent de l’Île.

Certains des bien-pensants qui protestent, aujourd’hui, contre les ‘‘déclinologues’’ se seraient sans doute retrouvés dans les rangs des partisans de la négociation par leur aptitude à dénier les réalités.

Le film de Wright est une fresque obscure aux accents patriotiques – une incongruité ringarde pour la pensée hypermoderne  ̶  qui incite à lire ou relire la biographie de Winston Churchill par François Kersaudy (Editions Tallandier).

Á quelles conditions le ‘‘peuple’’ alcoolique pourrait-il écrire son histoire ?

 « Les Heures sombres » autorisent-elles à tirer leçon pour les personnes concernées par la problématique alcoolique ? Il semble que oui et de plusieurs façons.

Churchill, avec ses énormes cigares et son verre de whisky, sa verve et ses écarts de conduite, est le Saint-Patron des alcooliques. Il démontre que l’on peut avoir un rôle déterminant, même quand l’addiction est une compagne aussi indispensable qu’une aimante et humoreuse épouse, fort bien jouée, au passage, par Kristine Scott-Thomas.

Le film incite fortement à ne pas renoncer, même quand la situation semble désespérée. Il s’agit alors de se positionner dans la survie et d’écarter férocement le déni, le sien, avec ses doutes, et celui des autres qui croient impossibles les retournements de situation. Dans cette alternative, ceux qui ne sont pas nos amis deviennent des ennemis. Des Français se lamentent encore aujourd’hui de la destruction de la flotte militaire nationale à Mers-el-Kebir, leur seconde base  près d’Oran. Le choix était pourtant simple : passer sous la coupe des Allemands ou rejoindre les Anglais pour lesquels la maitrise de la mer était la condition vitale d’une résistance efficace. Un peu plus tard, la neutralité de la France occupée s’était soldée par le sabordage de ce qui lui restait comme flotte à Toulon.

Les erreurs passées – pour Churchill, les expéditions malheureuses aux Dardanelles et en Norvège  ̶  ne comptent plus quand il s’agit d’opérer un rétablissement vital. Il est certain que les troubles maniaco-dépressifs et l’alcool pouvaient perturber, par moments, la vision du jeu de cet homme. Il ne manquait pas d’idées extravageantes pour sortir son pays de l’enfermement mortel qui le menaçait. En mobilisant la flottille improvisée des bataux civils de plus de 9 mètres pour rapatrier les soldats britanniques depuis la plage de Dunkerque et, plus précisément de Zuydcoote, popularisée au cinéma par deux films aux accents contrastés*, Winston su transformer un désastre imminent en amorce de redressement : une ‘‘défaite victorieuse’’.

Nous vérifions avec Churchill la force de la parole et le pouvoir des mots que l’on retrouvera avec l’Appel du 18 Juin d’un certain de Gaulle, qui sera, peu après, condamné à mort par Vichy.

La confiance dans les élites doit pouvoir être relativisée en recherchant d’autres avis, émanant de ceux qui seront en première ligne. Le peuple du métro que consulte opportunément Churchill, à la suggestion du Roi, ayant lui-même résisté aux incitations à abandonner le territoire pour celui, protégé, du Canada, évoque les aidants. Consultés, ces derniers donnent une force irrésistible au Vieux Lion, secrètement ‘‘terrifié’’ par la situation. C’est cette force que le soignant va puiser dans les groupes de parole par le dialogue chaleureux instauré. La présence dévouée de sa jeune secrétaire, Elisabeth Linsay, dont le fiancé vient de laisser sa vie en France, apporte de la détente au déroulement de cette séquence historique. C’et elle qui apprend au Premier Ministre, un peu déconnecté, que son V de la Victoire face aux journalistes signifiait par la position de la main comme un « Allez-vous faire foutre ! ». Les grandes luttes ne peuvent s’accomoder d’un investissement tiède. Celui qui écarne et défend un projet minoritaire a besoin de proximité populaire et affective.

Comme cela se vérifie dans toutes les situations critiques réclamant une forte implication, des liens se défont, d’autres évoluent et se nouent.  En somme, « Les Heures sombres » peuvent être transposées aux difficultés et aux voies de résolution de la problématique alcoolique, quand elle atteint un point de non-retour. Une différence de taille entre la résistance anglaise et l’énergie à mobiliser pour doter aux personnes affectées par l’adiction alcoolique des moyens les plus appropriés : le peuple alcoolique n’existe pas comme entité idéologique. Il est trop disqualifié par la honte, trop empêtré dans les méandres de la consommation – y compris modérée  ̶   pour nouer des liens solidaires efficaces face à ses adversaires objectifs et leurs alliés. La partie consciente de la population alcoolique a, pourtant, ce qu’il faut pour résister : de grandes figures de l’Histoire et de l’Art : quelques lieux associatifs ; des personnes intelligentes capables de dépasser l’individualisme ; des faux-amis mortels.

 

*Week-end à Zuydcoote d’Henri Verneuil (1964), Dunkerque de Christopher Nolan (2017)

Réalisation : Gus Van Sant

Date: 1997 / Etats Unis

Durée: 126 min

Acteurs principaux: Matt Damon (Will Hunting), Robin Williams (Sean Maguire), Ben Affleck (Chuckie Sullivan), Minnie Driver (Skylar)

SA/HO

 Mots-clés : Changement – Alliance thérapeutique – Abandon– Emotions.

 

Avec ce film, Gus Van Sant nous fait partager un moment de la vie de Will Hunting, un jeune homme, au caractère imprévisible, doté d’une intelligence remarquable. Suite à une énième bagarre au cours de laquelle il est arrêté, Will se trouve à la croisée des chemins.

Une opportunité lui est offerte, celle de mener une carrière brillante grâce à son don en mathématiques pour lequel il est courtisé par de grandes entreprises. Dès lors, il pourrait aussi faire sa vie avec sa petite-amie à l’abri du besoin. Cela serait l’occasion pour lui de laisser derrière lui une vie de solitude, de violence et d’alcool mais aussi sa bande de copains, la famille qu’il s’est choisie. Mais en a-t-il vraiment envie ?

Will va alors faire des rencontres qui vont mettre à mal ses certitudes et l’aider à se construire. Il y a tout d’abord le professeur Lambeau, éminent chercheur en mathématiques, pour qui la réussite passe avant tout. Sa rencontre avec Will est douloureuse, car ce dernier, en dépit de son manque de formation, a probablement produit plus d’avancées dans son domaine que lui en toute sa carrière. Il se retrouvera à genoux, lui, le détenteur de la médaille de Fields (équivalent du prix Nobel mais pour les mathématiques), face à Will, afin d’empêcher de brûler un papier sur lequel Will avait résolu une équation réputée insolvable. Vient ensuite Skylar, une jeune étudiante d’Harvard, avec qui Will découvre l’amour et qui ne souhaite qu’une chose : que Will s’ouvre à elle.

La rencontre la plus importante va être celle avec Sean Maguire, un psychothérapeute issu du même quartier que Will et qui, comme lui, a subi des violences physiques durant son enfance. Un lien profond va se créer entre les deux hommes, car en se confiant à Will, Sean amène ce dernier à baisser ses barrières et commencer le vrai travail de fond: accepter ses émotions pour s’épanouir.

Intérêt en alcoologie

Ce film nous parle d’une crise identitaire. Will s’identifie à son milieu ouvrier et adopte les comportements de ce milieu, à savoir l’alcool et la violence, jusqu’à s’oublier lui-même. Il s’est constitué une carapace pour se protéger et tente de cacher ses capacités afin de ne pas être exclu. Car c’est de cela dont il s’agit ici : la peur de l’abandon. Will se sert de ses capacités pour rejeter les autres  de façon agressive avant que ceux-ci ne le fassent, unique moyen de défense qu’il connaisse.

Seul Sean affronte Will, en mettant le doigt là où ça fait mal, comme avec cette réplique : « Tu préfères ne rien faire plutôt que de prendre des risques. » ou encore :« Je trouve que c'est super comme philosophie, Will. Ça te permettra de vivre toute ta vie sans jamais avoir vraiment à connaître personne ». Changer signifie prendre des risques, faire face à ses émotions, deux choses que Will n’arrive pas à faire.En effet, élaborer des projets, dire à sa petite amie qu’il l’aime sont autant de situations qu’il peine à affronter car il peut se retrouver dans une situation de vulnérabilité ; peut-être comme lorsqu’il était enfant, face à la violence des adultes.

Des indices sur le passé de Sean peuvent nous laisse penser qu’il s’est retrouvé dans la même situation que Will, mais que, lui, a choisi de renoncerà une carrière qui aurait pu être brillante pour s’occuper de sa femme, atteinte d’un cancer. Le psychothérapeute n’est nullement dans le regret puisque pour lui, la réussite ne se résume pas qu’à une carrière. Le film pose la question du sens que l’on souhaite donner à sa vie mais surtout de l’importance des émotions, que Will refoule au plus profond de lui-même. Comme le fait remarquer Sean à Will dans un beau monologue dont deux extraits sont retranscrits ici :

« Si je te dis de me parler d’art, tu vas me balancer un condensé de tous les livres sur le sujet. Michel-Ange, tu sais plein de trucs sur lui. Sur son œuvre, sur ses choix politiques, sur lui et sur le pape, ses tendances sexuelles, tout le bazar quoi. Mais je parie que ce qu’on respire dans la Chapelle Sixtine, son odeur, tu connais pas. Tu ne peux pas savoir ce que c’est que de lever les yeux sur le magnifique plafond. Tu sais pas. […]Personnellement, j’en ai vraiment rien à foutre de tout ça, parce que je vais te dire, je n’ai rien à apprendre de toi que je n’apprendrai pas dans n’importe quel bouquin. À moins que tu veuilles me parler de toi. De qui tu es. Là, ça m’intéresse. Là, je suis à toi. Mais c’est pas ce que tu veux faire, hein, vieux ? Tu as trop peur de ce que tu pourrais dire. La balle est dans ton camp. »

C’est finalement grâce au lien social qu’il redoutait tant, que Will découvrira que le chemin qu’il souhaite suivre, celui qui le rendra heureux, ne passe pas par une grande entreprise gouvernementale. En effet, Will a« une fille à voir »...

Fiche rédigée par Carole Bastié,

Etudiante en psychologie