Réalisation et scénario:

Mohamed Rasoulof

 Date : 2017 / Iran

Durée :130mn

Acteurs principaux :

Reza Akhiaghirad : Reza

SoudabehBelzaee : Hadis

MissaghZareh : frère d’Hadis

NasimAdahi : mère de l’étudiante

 SA

 Mots-clés : Pouvoir –oppression – mœurs−  couple–adaptation

 

 

L’Iran est sous la coupe d’un régime autoritaire islamique qui gouverne en usant de la religion et d’une milice, le Bassidj. La corruption que met en valeur « Un homme intègre » y régule les rapports sociaux. L’Iran est une puissance nucléaire, de nouveau ouverte aux échanges commerciaux. Cependant, le régime du Président Hassan Rohani suscite, comme les précédents, des mouvements d’opposition périodiques. La liberté d’opinion n’y existe pas. Le réalisateur du film, Mohamed Rasoulof a d’ailleurs eu ses six films interdits de projection dans son pays par la censure nationale.

Le récit en forme de « polar » est centré sur Reza, un homme vigoureux et obtiné, qui a quitté la capitale pour vivre en pleine campagne en faisant l’élevage de poissons rouges. Cette pratique est liée à une tradition très présente pour le Nouvel An iranien, le Norouz. L’épouse de Reza, Hadis, est directrice d’un collège de filles. C’est visiblement une femme de tête. Le couple a un petit garçon. Reza est attentif à sa famille. Il est présent comme père. Il est courageux au travail mais voilà, il a du mal à payer l’emprunt à son banquier et il refuse de graisser la patte au personnel de sa banque pour alléger ses dettes. Ses difficultés montent rapidement d’un cran : une société, la « Compagnie »,  s’intéresse à sa propriété. Un homme influent, Assad, semble attaché à sa perte.

Tous les coups sont permis et ils se multiplient. Reza s’efforce, obstinément, de garder son calme et sa ligne de conduite. Il rejoint périodiquement, au sein d’une grotte, une piscine naturelle d’eaux chaudes et bleutées. Là, seul, immergé, un verre de son alcool distillé à la main, il réfléchit et prend ses décisions.

La pisciculture voit son eau se tarir puis être carrément empoisonnée. L’ambiance devient mafieuse, oppressante. Chaque jour apporte sa pierre noire. Reza ne veut pas céder. Il apprend que son meilleur ami, enseignant, est en prison pour six ans pour avoir propagé des idées hostiles au Pouvoir. Son épouse, traductrice, doit vivre dans une voiture avec leur fillette. Consulté, un avocat de la ville lui conseille de faire la paix avec son persécuteur.

Hadis est à bout. Une tentative d’user de son influence comme directrice pour amener le potentat local à composition renforce encore l’escalade de la violence. Par précaution,  elle est accueillie avec son petit garçon chez son frère, un homme bienveillant, qui habite à proximité. La maison familiale est alors incendiée par une horde de motards de la milice.

Désormais, Reza est prêt à abandonner sa position pacifique. Subir la violence finit par susciter une violence réactionnelle, à moins qu’elle ne s’enfouisse pour ressurgir plus tard. Le dénouement ne manquera pas de surprendre.

L’oppression et le contrôle social : différences et ressemblances

 A priori, les différences entre l’Iran et notre pays sautent aux yeux. Par exemple, la consommation d’alcool y est interdite. Reza, le héros, produit lui-même de façon clandestine sa boisson alcoolisée, en injectant de l’alcool dans des pastèques qu’il camoufle dans une cache. Il déjoue ainsi l’inspection de la milice islamiste chargée de surveiller la moralité des habitants. Á la fin de l’histoire, Reza choisira de compromettre Assad, l’auteur des maltraitances qu’il subit, en le faisant passer pour un détenteur de drogue, en bénéficiant de la collusion d’un gardien de prison, qui l’aidera indirectement à se débarrasser physiquement de son ennemi. L’ambiance aura eu raison de son intégrité.

Dans nos démocraties, l’oppression sociale n’a rien à voir avec ces pratiques. Les différences sont flagrantes. Á bien y regarder, cependant, nous retrouvons de la violence dans nos rapports sociaux et des dysfonctionnements dans le formalisme des relations entre les citoyens et l’État. Il existe une pensée normative dont il est difficile de s’écarter. La mise à mort sociale se vérifie par l’extention continue des minimas sociaux, en écho de l’accroissement du chômage et de la précarité. Les relations entre les groupes d’appartenance se sont durcies. A l’inverse de l’Iran, les policiers, les pompiers, les médecins en visite peuvent être caillassés alors qu’ils portent secours.

Á un moment, Hadis écarte, sans état d’âme apparent, la mère d’une jeune élève exclue en raison de son appartenance religieuse. Pour bénéficier de l’éducation, il faut explicitement renoncer à sa religion et adopter l’Islam. Plus tard, cette jeune fille se suicidera et les autorités refuseront qu’elle soit enterrée dans le cimetière de la commune. Dans notre pays, l’exclusion s’opère avant tout par l’abaissement du niveau de l’enseignement général de base, une démagogie frileuse à l’égard de parents prenant fait et cause pour leurs enfants posant problème, et plus encore, dès que l’étudiant atteint le niveau des études supérieures, par le critère de l’argent, ce même argent qui pèse aussi dans les relations sociales en Iran. Qui peut avoir la naiveté de croire que les grands marchés se remportent en toute équité dans nos pays et  dans le monde? Comment expliquer certaines décisions aberrantes ou curieuses, sans imaginer de petits arrangements entre amis ? Si les assassinats politiques sont devenus rares en démocratie, en tant que meurtres physiques, force est de contater que les morts politiques s’y succèdent, avec cependant une différence de taille : la reconversion de l’éliminé est, plus d’une fois, aussi spectaculaire que source d’envie. Les stratégies d’empêchement sont habituellement plus douces, plus feutrées mais très efficaces aussi.

Le film pose une question d’ordre éthique : jusqu'à quel point s’obstiner face à un pouvoir indifférent ou hostile ? Jusqu’à quel point s’adapter pour ne pas perdre son « âme », ou l’esprit d’un projet? Quels sont les armes et les accommodements que peut accepter un homme intégre dans une société dirigée et encadrée par des individus prisonniers consentants d’un système, quand sa survie ou la survie de ce qui lui tient à cœur est engagée ? Reza fait passer ses principes avant la prise en compte des réalités. Il fait supporter son intransigeance à ses proches. Il ne fait pas jouer son discernement. Hadis, comme la plupart des femmes, est plus réaliste. Son positionnement face à la mère de l’étudiante prend certainement en compte les règles du jeu.

Le discernement suppose des arbitrages constants entre le sens des réalités et l’éthique.