Jeudi 19 Avril 2018

Bénédicte S.

On reconnaît une personne hypersensible par sa réceptivité accrue aux stimuli de son environnement, par sa réactivité émotionnelle forte, et par l’expression amplifiée de ses émotions (crise de larme, rires, agressivité, anxiété). La personne hypersensible a souvent conscience de la nature démesurée de son vécu émotionnel. Elle se montre attentive, observatrice, intuitive, empathique et présente en général un goût prononcé pour la créativité (artistique ou autre). 

La personne hypersensible vit plus intensément qu’autrui les situations de crises, mais aussi les moments heureux. Elle est facilement blessée par les critiques et a tendance à les ressasser longuement. Elle se sent vulnérable et apparaît comme une véritable éponge émotionnelle, ce qui lui donne l’impression de porter le poids du monde sur ses épaules. Elle a tendance à éviter les conflits, elle a peur de décevoir, d’être rejetée ou abandonnée. Elle se sent dépendante d’autrui et plus particulièrement de l’affection qu’on lui porte. Lorsqu’elle pense avoir blessé autrui, elle ressent immédiatement une forte culpabilité. Dans les relations interpersonnelles, elle a du mal à analyser les processus psychiques, les émotions et les intentions qui se rapportent à soi et à autrui.

L’entourage de la personne hypersensible peine souvent à comprendre ses réactions, qui paraissent imprévisibles, irrationnelles et excessives. Elle peut être perçue par autrui comme étant trop faible, trop fragile, devant se forger le caractère et s’endurcir.

Les manifestations de l’hypersensibilité peuvent prendre plusieurs formes : débordement émotionnel face à des situations génératrices d’émotions, impulsivité, hypervigilance, intolérance à l’ennui, facilité à mémoriser en détails et avec une grande acuité son propre vécu, tendance à la rumination, recours fréquent à l’introspection, …

Pensez-vous être hypersensible ? Comment s’exprime votre hypersensibilité ? Quelles sont les réactions de votre entourage vis-à-vis de votre hypersensibilité ?

 

Jeudi 12 Avril 2018

Bénédicte S.

L’ennui peut se définir comme l’expérience du temps qui semble s’allonger ; un état qui doit être supporté ; un sentiment de contrariété proche de la haine de soi ou des autres d’après son étymologie « in odio esse » signifiant « être un objet de haine » ; une sensation de lassitude où le sujet peut se sentir dysphorique sans pouvoir attribuer de cause externe à son état ; ou encore, dans son sens existentiel, l’ennui nait de l’impression d’absurdité d’exister et d’une inconsistance de la représentation de soi.

L’ennui survient en général dans un contexte de sentiment de vide, de solitude, d’indifférence, où les moments d’inactivité ou d’activités répétitives se montrent dénués de sens. L’enfermement dans l’ennui isole des autres lorsque le sujet a du mal à accepter sa capacité d’être seul. L’ennui se traduit par l’insatisfaction associée à une apathie face à l’absence de tâches à accomplir (manque de plaisir, de motivation), par un sentiment de vide intérieur associé à une moindre vivacité sensorielle et au désœuvrement, ou encore par un désir sans objet identifiable suscitant une quête de quelque chose à investir par besoin de distraction.

L’ennui demeure une expérience commune de la vie humaine où on ressent un décalage inévitable et pénible entre ce qu’on voudrait faire de son temps et la fadeur du quotidien. Selon Samuel Beckett, nos habitudes possèdent une fonction protectrice face à la souffrance en nous aidant à réajuster notre sensibilité dans les moments de transition, la suspension des habitudes provoquant alors de l’ennui considéré comme un moindre mal.

De nos jours, on assiste à une perte de la dimension créative de l’ennui avec des tentatives de combattre l’ennui par tous les moyens, quitte à entraîner une ambiance d’hyperstimulation et d’hyperactivité proche d’une défense maniaque. L’agitation intellectuelle ou motrice se présente comme une solution pour rompre l’ennui, tout comme le remplissage par l’activité, la nourriture, la boisson ou même le sommeil. Mais ces solutions ne résolvent rien car il ne s’agit pas seulement de remplir un vide par n’importe quoi. Notre impuissance face à l’ennui peut susciter de l’énervement ou de l’agressivité poussant à la décharge pulsionnelle pour s’extraire de l’emprise de ce vide imaginaire, de cette inhibition d’investissement.

Or, la disparition véritable de l’ennui s’avère possible lorsqu’il y a un appel à l’altérité, un intérêt pour autrui (que ce soit une personne réelle ou une personne fictive comme dans un livre ou un film par exemple). L’ennui a un aspect positif lorsqu’il engendre la créativité, la réflexion, le ressourcement. La créativité semble donc requérir un temps de suspension, une capacité à supporter l’ennui pour survenir. Nous pouvons dès lors concevoir l’ennui comme un temps de retrait et de régénération, une attente paisible et silencieuse, un vide nécessaire pour se désemplir d’un trop plein de stimulations qui empêchent de créer, afin de se questionner et de se retrouver face à soi-même, d’adopter de nouvelles perspectives et d’élaborer des rêves, d’être à l’écoute de nos désirs, de chercher dans nos manques une source créatrice d’harmonie.

 Quelle est votre définition de l’ennui ? Quelle est votre attitude face à l’ennui ? Dans quels domaines de vie ressentez-vous le plus l’ennui (sphère familiale, professionnelle, amicale…) ? L’ennui a-t-il un aspect positif pour vous ?

 

 

​Jeudi 5 Avril 2018

Bénédicte S.

L’autorité désigne le pouvoir d’imposer sa volonté à autrui, de se faire respecter, obéir, craindre, ainsi que le crédit dont jouit une personne ou un groupe dans un domaine de connaissance en raison de la reconnaissance de sa valeur, son expérience, sa position sociale.

Pour Hanna Arendt, l’autorité est la capacité d’agir envers une personne sans user de violence ni de persuasion, cette personne pouvant accepter de faire ce qui lui est demandé même si elle est en désaccord, ce qui peut entraîner des dérives comme l’illustre l’Histoire. L’autorité ne se confond pas avec l’autoritarisme dont elle est la négation, puisque l’autoritarisme correspond à une pratique rigide et excessivedu pouvoir. L’autorité devrait s’exercer dans l’intérêt commun, elle ne devrait pas satisfaire l’intérêt personnel d’une personneou d’un groupe.

La première figure d’autorité est celle des parents, en particulier du père. L’autorité parentale est considérée comme naturelle et asymétrique, surtout depuis que le code civil français l’a réglementée. Les parents ont le devoir légal de respecter et protéger leur enfant, et celui-ci doit respecter ses parents au regard de leur fonction au sein de la famille. L’autorité a donc une fonction protectrice et pédagogique. En dehors du cercle familial, les figures d’autorité sont représentées par l’école, la justice, les médecins et les supérieurs hiérarchiques du monde professionnel. Ces figures d’autorité peuvent être fondées rationnellement et s’avérer légitimes lorsqu’elles sont soumises à des règles et reconnues comme compétentes, ou elles peuvent s’avérer irrationnelles et illégitimes lorsqu’elles sont considérées comme incompétentes et non soumises à des règles. 

L’autorité parentale favorise la transmission de valeurs, de compétences, de savoirs. Elle impose des limites par l’obéissance et la contrainte, afin de nous permettre de nous positionner et de savoir ce qu’on peut attendre d’autrui et ce qu’autrui peut attendre de soi. Mais si l’autorité implique d’accepter des contraintes sans réfléchir, elle risque d’entrainer une adhésion aveugle à ce qui est transmis plutôt que d’en faire l’examen critique pour juger de son bien-fondé. 

De nos jours, les parents éprouvent souvent des difficultés à asseoir leur autorité envers leurs enfants, notamment lorsque cette autorité paraît injustifiée et mal tolérée. On observe fréquemment une tendance à l’égalisation des rapports parents-enfants, chacun négociant ses marges de manœuvres. Les parents désirent avoir une bonne relation avec leur enfant, ils privilégient le dialogue et la proximité affective, ils se montrent compréhensifs et tolérants. Ils craignent de basculer dans le registre de la menace et de la punition s’ils font preuve d’autorité, ils semblent considérer l’autorité comme un frein à l’épanouissement de leurs enfants, oubliant quel’intériorisation de l’autorité favorise l’adaptation au monde social et professionnel.

Il se trouve que l’étymologie latine du mot autorité signifie « ce qui fonde, qui rend auteur de manière réfléchie et cohérente ». La relation d’autorité implique la reconnaissance mutuelle de la valeur de la parole. L’autorité impose des interdits qui servent avant tout à autoriser l’échange symbolique entre soi, autrui et le monde, à rendre prévisibleset intelligibles les attitudes des individus, et à transmettre des repères incarnés par leaînés. Ainsi, la véritable autorité rend auteur et autorise parce qu’elle ose interdire, elle nous rend conscients des renoncements nécessaires permettant de maintenir un équilibre dans les rapports interindividuels.

Quelle est votre rapport à l’autorité ? Quelles sont vos réactions envers les figures d’autorité ? Comment faites-vous pour montrer vous-même de l’autorité ? Comment définissez-vous une autorité légitime et rationnelle, et une autorité irrationnelle et illégitime ?