Jeudi 22 mars

Sylwia O. et Bénédicte S.

Au mois de novembre dernier, le groupe du jeudi a abordé la question de la résistance au changement en s’appuyant sur le modèle de Prochaska et DiClemente (psychologues) qui décrit le processus de changement en six stades : pré-contemplation, contemplation, décision, action, maintien et rechute. Aujourd’hui nous allons nous intéresser plus précisément à l’état d’ambivalence.

L’ambivalence désigne le caractère de ce qui peut avoir deux sens ou interprétations différentes ; le caractère de quelqu’un qui manifeste des comportements ou des goûts opposés ; la tendance à éprouver simultanément deux sentiments opposés à l'égard d'un même objet : amour et haine, joie et tristesse, etc. L’ambivalence suppose donc une oscillation entre deux ou plusieurs possibilités. Elle se manifeste par l’indécision, l’incertitude, le doute, les réponses alternatives, les hésitations, la frustration, la peur de la franchise, la confusion… Elle résulte de l’intériorisation du conflit entre le principe de plaisir et le principe de réalité, autrement dit entre les souhaits ou les fantasmes et les exigences extérieures.

Initialement, Bleuler (psychiatre) considère l’ambivalence dans trois domaines :

  • volontaire, lorsqu’elle se rapporte à des conflits conscients qui s’expriment dans la décision de mettre en acte une intention (par exemple, je désire boire de l’alcool car j’aime ses effets mais je ne veux pas boire de l’alcool à cause de ses conséquences négatives);
  • intellectuel, lorsqu’elle renvoie aux processus de réflexion et de raisonnement (énoncer simultanément une proposition et son contraire);
  • affectif lorsque des sentiments d’amour et de haine envers le même objet coexistent. Cette ambivalence affective se manifeste par des réactions affectives contradictoires qui sous-tendent l’alternance entre un désir de séparation et un désir de dépendance (le sujet aime et hait dans un même mouvement la même personne). Il s’agit d’une opposition du type oui-non, où l’affirmation et la négation sont simultanées et indissociables.

Dans le contexte de la dépendance, l’ambivalence est considérée comme un état psychique adapté face à une situation de choix difficile, mais elle peut immobiliser le sujet dans un conflit intrapsychique particulièrement compliqué à résoudre. Bien qu’étant un trait naturel commun à tous, l’ambivalence peut se révéler pathogène lorsque l’individu se sent incapable de faire un choix ou de prendre des initiatives, qu’il doute de ses capacités et de ses émotions, ou encore qu’il ressent de vives angoisses à cause de son caractère ambivalent.

Dans la problématique alcoolique, le conflit apparaît notamment entre les effets positifs (avantages) et les effets négatifs (inconvénients) de l’alcool. Ainsi, le sujet est partagé entre des arguments qui le poussent à renoncer à son addiction, et des arguments qui le poussent au contraire à la maintenir.

L’ambivalence est plus qu’une simple hésitation face à deux options qui seraient équivalentes du point de vue des bénéfices et des coûts, elle se trouve amplifiée par la compulsion de répétition. En d’autres termes, le sujet sait qu’il n’est pas dans son intérêt de maintenir son comportement addictif, et pourtant il l’entretient, ce qui peut engendrer après coup des regrets, un sentiment d’impuissance. L'ambivalence peut représenter un obstacle entravant le désir de changer de trajectoire de vie.

Quelle est votre conception de l’ambivalence ? Par rapport à quoi ou à qui êtes-vous ambivalent(e) ? Comment cela se manifeste-t-il ? Quelles stratégies mettez-vous en œuvre pour explorer et résoudre l’ambivalence ? Sont-elles toujours efficaces ?

HG : Je découvre tardivement le thème qui est d’une importance majeure dans le cadre de la problématique psychique lié aux problèmes d’addictifs. Je crains de ne pouvoir participer mais je saurai commenter et, si besoin, apporter mes propres éclairages.

 

Jeudi 15 mars 2018

Sylwia Ozdowska

Catherine Dangelser

L'individualisme est une conception philosophique, politique, sociale et morale qui tend à privilégier les droits, les intérêts et la valeur de l'individu par rapport à ceux du groupe.

Il prône l'autonomie individuelle face aux diverses institutions sociales et politiques (la famille, le clan, la corporation, la caste...) qui exercent sur lui de multiples pressions.

Fruit d'une pensée, élaborée depuis la Renaissance, l'individualisme est un projet de société dans lequel chacun devrait trouver les meilleures conditions de sa réalisation et de son épanouissement.

En ce sens, il peut être associé au principe d'individuation qui selon Carl Gustav Jung est le processus de « prise de conscience qu'on est distinct et différent des autres, et l'idée qu'on est soi-même une personne entière, indivisible, l'individuation est une des tâches de la maturité. »

Pourtant, ce terme a souvent mauvaise presse dans les discours contemporains. On a tendance à lui imputer tous les maux de nos sociétés : égoïsme, compétition, exclusion, communautarisme, voire déliquescence morale.

Selon le scénariste et romancier Frédéric Beigbeder

« La société dans laquelle nous sommes nés repose sur l'égoïsme. Les sociologues nomment cela l'individualisme alors qu'il y a un mot plus simple : nous vivons dans la société de la solitude. »

Quelle est votre vision de l’individualisme ?

Comment l’individualisme se manifeste-t-il chez vous?

Selon vous, en quoi cela peut-il être positif ou négatif pour vous ?

Jeudi 8 Mars 2018

Bénédicte S.

Le bon sens désigne « la capacité de juger sainement, le sentiment de ce qui est raisonnable ». Il est proche du sens commun qui qualifie « la capacité de juger, d’agir raisonnablement comme la majorité des gens ». Alors que le sens commun s’apparente à un « prêt-à-penser », c’est-à-dire un ensemble d’opinions que l’on s’approprie sans user de son esprit critique pour vérifier leur pertinence, le bon sens relève plutôt de l’évidence, de l’observation, du discernement quant à ce qui est le plus opportun et le plus efficace dans une situation donnée. Il est associé à la sagesse, la prudence, la logique, le raisonnement, et s’oppose naturellement à l’imprudence, l’ignorance, l’insensé, l’absurde.

Selon Descartes, « la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on appelle le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ». Le bon sens désigne la capacité d’avoir une opinion pertinente, d’avoir raison, autrement dit la capacité de former des jugements et des raisonnements en s’appuyant sur des évidences, des faits concrets et cohérents, afin d’accéder à une vérité qui se veut universelle, commune à tous les Hommes.
Le bon sens paraît donc inné, il soutient l’instinct de conservation de l’espèce humaine en cherchant à nous éviter de faire des erreurs. Pourtant, certaines personnes en semblent dépourvues, elles répètent les mêmes erreurs et adoptent des conduites apparemment irrationnelles. Le bon sens ne serait pas aussi infaillible qu’on le croit.
Aller à l’encontre du bon sens est souvent perçu comme un acte volontaire, motivé par l’orgueil, la sottise, ou la peur. Une personne qui ne dispose apparemment pas de bon sens serait quelqu’un qui fait un mauvais usage de ses capacités de raisonnement. Mais ce serait oublier la force de l’inconscient qui peut nous conduire à agir de façon non intentionnelle, non rationnelle, alors que nous sommes poussés par des raisons qui échappent à notre conscience.
Quelle est votre définition du bon sens ? Pensez-vous être une personne de bon sens ? Comment peut-on expliquer le manque (momentané ou durable) de bon sens ?