Jeudi 12 Octobre 2017

Bénédicte S.

La plupart des gens pensent que l’extraverti est sociable, plein d’entrain, audacieux, alors que l’introverti est timide, anxieux et reclus. En réalité, l’introversion et l’extraversion sont deux extrêmes sur un spectre qui comporte différents degrés. En général, nous sommes un mixte des deux, avec une tendance plus ou moins prononcée vers l’un des deux extrêmes. L’introverti n’est pas forcément timide, il peut démontrer de bonnes capacités de socialisation mais le contact d’autrui l’épuise au bout d’un certain temps. De même, l’extraverti ne déteste pas être seul, mais sa solitude peut lui peser rapidement.

L’introverti

L’introverti puise son énergie dans ses moments de solitude, il se plait à être au contact de son monde intérieur, et il se sent rapidement fatigué par la présence d’autrui. Il préfère travailler seul ou en compagnie d’une ou deux personnes avec qui il se sent suffisamment en confiance. Il prend le temps de réfléchir posément avant de prendre une décision, mais la contemplation de ses idées l’amène parfois à différer ses actions, voire à l’inaction.

L’introverti est une personne très à l’écoute et attentive à ce qui l’entoure. Il se soucie de ce que ressent son interlocuteur et essaie de le comprendre. Il évite les conversations superficielles et se sent stressé dans une foule. Son cercle social est restreint, il choisit soigneusement les individus avec qui il partage des choses personnelles.

L’extraverti

L’extraverti puise son énergie dans le contact relationnel et la conversation, et il se sent abattu lorsqu’il se retrouve seul. Il s’implique activement dans ce qu’il fait, il aime avoir des activités diversifiées et prendre des risques. Il peut se montrer impulsif, voire agressif. Il se sent à l’aise lorsqu’il est entouré de personnes, il apprécie l’agitation et le changement. Il prend plaisir à travailler en groupe et transmettre son énergie aux autres. Il est dynamique et préfère discuter et échanger avec autrui plutôt que de garder ses pensées pour lui.

L’ambiverti

L’ambiverti change d’attitude en fonction de son environnement ou de son humeur, par exemple il peut être volubile avec ses proches mais plus discret dans son milieu de travail. Il apprécie la solitude sans être pour autant d’un naturel solitaire. Il considère avec prudence toute nouvelle situation, et se met souvent en retrait dans un groupe pour observer. Il se montre sociable de manière sélective, il peut parler pendant des heures sur un sujet qui l’intéresse ou bien écouter en s’exprimant peu. Il se lie facilement d’amitié avec autrui mais éprouve des difficultés à maintenir cette amitié dans la durée.

Distinction entre l’introversion et l’anxiété sociale (ou phobie sociale)

L’introversion est innée, elle relève du tempérament de la personne. L’introverti n’est pas forcément soucieux du jugement d’autrui, car l’introversion correspond à sa manière d’être, alors que l’anxiété sociale est un trouble psychique handicapant.

L’anxiété sociale est acquise par l’apprentissage, l’individu peut avoir internalisé l’anxiété d’un de ses parents ou l’anxiété peut résulter d’un traumatisme (comme le harcèlement). L’anxiété sociale se traduit par des conduites d’évitement des contacts sociaux, et elle est motivée par la peur. Un individu anxieux croit qu’il a beaucoup de défauts et craint d’agir de manière embarrassante en révélant ces défauts, car il est convaincu d’être fréquemment l’objet d’une observation attentive voire d’un jugement de la part d’autrui. L’anxieux éprouve une peur intense et persistante vis-à-vis des situations sociales ou de performance, qui sont évitées ou vécues avec une détresse importante.

Préférez-vous jouir de la compagnie d’autrui ou vous blottir dans votre monde intérieur ? Vous retrouvez-vous dans les définitions des dimensions introvertie, extravertie, ou ambivertie ? Ressentez-vous des désagréments dans votre quotidien liés à votre tempérament introverti, extraverti ou ambiverti ? Quels liens établissez-vous entre ces trois dimensions de la personnalité et les troubles psychiques (alcoolisme ou autre) ?

 

Jeudi 5 Octobre

  L’opportunité d’un thème à constituer pour ce jeudi me fait vous proposer ce regard sur l’implication des proches. Nul doute que la séance alimentera la réflexion et les commentaires du groupe des familiers.

Ce thème me donne l’occasion de saluer le rôle qu’a joué Margot B dans la mise en route et la continuité du groupe des familiers depuis le commencement de notre activité. Margot avait su élargir l’horizon de ses références. J’avais eu, par exemple, le plaisir de la côtoyer sur les bancs de certaines séances du CRAA, l’association bordelaise de Gérard Ostermann. Depuis très longtemps, elle s’était appropriée une démarche réflexive centrée sur elle, en laissant son conjoint battre tous les records de sobriété et d’implication associative, là où ils vivaient. L’état de santé de son époux explique, pour partie, sa décision de se retirer du groupe des familiers, tout en restant adhérente de l’AREA et au courant de nos initiatives. Je proposerai au bureau que Margot fasse partie des membres d’honneur de l’Area parce que nous sommes honorés qu’elle figure dans notre confrérie.

Comment se décline l’implication des proches ? Comment l’évaluez-vous ?

J’ai récemment été sollicité pour donner mon avis dans une histoire familiale où la mère d’un garçon de 14 ans et d’une fillette de 12 ans a basculé dans l’alcoolisme. Au sujet de cette femme que je n’ai jamais vu, j’ai souligné que la maternité recouvrait trois aspects : la maternité biologique, la maternité affective, la maternité éthique (comme pour les pères).

Le couple s’est séparé quelques années après la naissance de la fille. La mère avait hypertrophié la fonction maternelle, avec une dangereuse proximité affective, intellectuelle et physique, alors que le père se laissait aspirer par des activités professionnelles qui devenaient une valeur-refuge, devant la disparition de fait de la vie de couple.

Les enfants sont en grande souffrance et dans un grand désarroi, ce qui se manifeste, alors qu’ils sont très intelligents, par un échec scolaire, une double dépendance au numérique, avec des jeux « étranges » pour la petite fille, et un glissement vers les sites à caractère sexuel et homosexuel pour le garçon. Ces enfants ont été mentalement pervertis. La petite fille manifeste ce que Mc Dougall appelait l’hystérie archaïque. Le père avait été accusé d’une façon mensongère par les enfants comme abuseur (le scénario de La Chasse) et l’accusation avait été relayée théâtralement par la mère, avant de tomber à plat. Il va de soi que les attitudes et propos des enfants ne sont que les échos de l’ambiance créée par la mère, le père et le couple constitué et qui perdure encore par le biais des enfants. Il était urgent que la maman dispose, à présent, d’une circuit psy-alcoologique. C’est désormais possible, après que sa psychologue clinicienne l’ait reçue ivre. Le père a été sollicité et c’est lui m’a livré la situation. Je lui ai dit de prendre acte que ni lui ni la mère n’étaient aptes à assurer la fonction de sécurité, d’affection et de limite. Les enfants pourraient être confiés en internat, séparément, à des institutions disposant des mêmes approches éducatives et éthiques. J’ai communiqué pour la maman qui vit à Paris le meilleur circuit de soin existant à ma connaissance. Il lui faudra des années pour refaire surface. Ses enfants seront devenus adultes et auront repris, espérons-le, depuis longtemps des relations apaisées et distanciés avec leurs parents.

Plus récemment, j’ai reçu le père et le frère cadet d’un patient qui s’obstine à boire, parce que boire fait partie de son identité professionnelle et relationnelle. Ils m’ont relaté certains débordements domestiques de cet homme, par ailleurs, doué pour monter des affaires et les faire fructifier. Comme c’est ma règle, j’ai rédigé un courrier au patient pour garantir la transparence de la relation d’aide, tout en donnant droit à l’expression des proches. Le patient a très mal vécu la visite des deux autres hommes de sa famille, ce qui est facile à concevoir. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le soignant n’est pas la propriété du patient et que le soin ne consiste pas à se laisser instrumentaliser par l’alcool ou le désir de manipulation de ce dernier. Ce qui plus facile à concevoir qu’à toujours réussir.

Comme dans l’autre histoire, il y a une femme et un enfant en jeu. Et les cadeaux ou l’argent ne font rien dans la réalisation de la fonction de sécurité, d’affection véritable, et de sens des responsabilités d’un père.

Chacun a sa vérité en cas d’enjeux affectifs, narcissiques ou financiers. Les oubliés sont toujours les enfants. Le soignant a le rôle d’un tiers séparateur, au-delà de l’alliance qu’il tente de faire vivre, avec l’aide de la médiation du groupe de pairs et celle d’autres soignants.

Á un moment, chacun doit balayer devant sa porte, en se recentrant sur lui-même, en essayant de garder une attitude équitable et réaliste avec les proches vis-à-vis desquels existe un contentieux.

Si vous disposez de recul, comment analysez-vous à présent le rôle de vos proches dans votre démarche ? L’ont-ils facilitée, compliquée ? Avez-vous changé de regard sur eux ? Vous êtes-vous remis en question, concrètement, et avec quels résultats ? Qu’est-ce qui les a aidés, selon vous ?

 

21-09-2017

Je remplace Bénédicte qui a un empêchement.

Récemment, nous avons évoqué ensemble le ‘‘corps qui parle’’. Le nombre de participants avait constitué un obstacle à un tour de table généralisé. Ce second thème sur le corps permettra une expression élargie, pour la « cinquième clé après l’alcool ». Pour améliorer mon approche, j’ai fait l’acquisition pour l’AREA de trois ouvrages :

  • « Le cerveau, cet imbécile » de Dean Burnett aux édition Terra Nova (2017)
  • « La psychopharmacologie à l’usage du médecin et du psychothérapeute » par Michel Delbrouck, aux édition Deboeck (2016)
  • « La complexité à la portée de tous » de François Balta aux édition Errés (2017)

Dean Burnett est docteur en neurosciences en Grande-Bretagne. Il tient la chronique scientifique du quotidien The Guardian. Son livre est pédagogique et drôle.

L’ouvrage de Michel Delbrouck est nettement moins désopilant. Il est intéressant de s’y reporter en cas de nécessité particulièrement si on est soignant.

Le livre de François Balta fait appel également au cerveau, puisqu’il se donne comme objet de clarifier la représentation de la complexité.

Avant d’abandonner les références livresques, nous pouvons faire référence à notre livre « Les représentations de l’alcoolique » et, plus particulièrement à sa première partie comportant une iconographie des figures de l’alcoolique. Dans mon bureau, une belle affiche de la fin du 19éme siècle montre les « ravages de l’alcool ». Assez curieusement, la plupart des patients semblent impressionnés par ces images de l’avant et de l’après alcoolisme. Nous savons tous que les stigmates physiques de l’alcoolisme sont tardifs et inconstants. C’est plutôt par l’odeur que le buveur se trahit.

Les représentations qui font le plus problème sont finalement celles de la société, des soignants et de l’entourage, s’il est concerné par le déni. Celui-ci est inconstant chez le buveur mais il se présente souvent sous une forme atténuée ou déguisée (telle que le refus ou l’abandon rapide de l’accompagnement, pour des ‘‘raisons’’ diverses et variées). Une chose est certaine – la réunion précédente sur le corps l’a bien illustrée avec l’histoire de Léon –, « l’alcoolique » a une représentation très défectueuse de son corps. Qui plus est, la connaissance des risques statistiques de pouvoir développer un nombre incalculable de pathologies ne suscite chez lui qu’un forme d’indifférence.

Ce qui est classique à la période de l’alcool doit cesser ensuite. Le corps peut devenir le meilleur allié de la personne. Les activités physiques les plus simples sont certainement les meilleures. Elles peuvent donner lieu au retour spectaculaire d’une très bonne condition physique, surtout si le tabac est arrêté dans la foulée. Elles peuvent être le levier d’un rétablissement physique et mental.

La marche, la natation et la bicyclette sont probablement les trois activités individuelles les plus aidantes. L’entrainement peut conduire ensuite à de petites ou de grandes aventures individuelles pour peu que l’imagination se mêle de la partie. Nous pourrions dire que l’exercice physique mesuré est la prière du corps. Ces trois activités physiques peuvent donner lieu à des voyages, à des ressourcements. Elles peuvent servir de moyens pour conforter la volonté, l’endurance, le courage. Elles peuvent être à l’origine de découvertes qui fixeront des souvenirs et enrichiront l’expérience du sujet.

La course à pied est très courue, si on peut dire, en milieu urbain. Les citadins sont pressés. Ils ont besoin de se défouler, seuls, en groupe ou en bande. L’esprit de compétition, le souci de performance les habitent. Ce n’est pas ce que nous recommandons.

Les arts martiaux venus d’Asie font plus ou moins appel à la force. Ils apprennent en tous cas à la contrôler, à dominer ses émotions et son agressivité sans oublier les progrès en réactivité, en souplesse et en équilibre.

La gymnastique traditionnelle peut être réalisée très simplement chez soi si on n’est pas attiré par le soulèvement de la fonte, les séances « défonces » ou par le pédalage en salle. Fabriquer de la masse musculaire n’est pas indispensable, à moins évidemment d’avoir l’âge d’un sport de compétition dans un club.

Il est à noter que les femmes pratiquent de plus en plus les sports autrefois réservés aux hommes. Nous pouvons tous nous en réjouir. Dans l’ensemble, elles sont moins brutales et plus gracieuses. Á côté des sports collectifs, certaines activités comme la danse associent les plaisirs de la musique du déplacement du contact des corps, même s’il est possible d’apprécier la musique et les rencontres, sans être un spécialiste du charleston ou du boogie-woogie.

Á chacun de trouver son sport… Il doit pouvoir s’intégrer dans un programme de vie équilibré, ne pas verser dans l’addiction.

Nous avons plus ou moins évoqué la tyrannie de l’image corporelle pour de nombreuses personnes alors qu’en fait une alimentation de bon aloi, écartant les recommandations commerciales et normatives, associée à un sommeil et une activité suffisante donnent de bons résultat.

Le cerveau appartenant au corps, certains sont tentés par une sorte d’anatomisme : « Je suis un corps ». Cette affirmation peut induire des incompréhensions et des malentendus.

Un malade d’Alzheimer évolué est un corps en vie. Peut-il penser « Je suis un corps » ? La plastique d’un corps vaut-elle pour identité ?

Le sport dès le plus jeune âge, en équipe, avec un petit ballon rond, ou, mieux, avec un ballon ovale, peut créer une heureuse alternative aux appétences aux portables et aux jeux vidéo. C’est tellement mieux et tellement plus riche un jeu en ‘‘vrai’’ ! Jean-Michel qui nous a rejoint est responsable d’une association qui fournit des éducateurs à des petits clubs, en particulier dans les quartiers et les communes, qui ont besoin de cet encadrement. Voilà un bel exemple de prévention intelligente.

Lors de la précédente réunion, quelques aspects avaient été abordés :

  • Une conduite d’autodestruction (toujours en cours, j’ai pu avoir au téléphone un des fils de cet homme et que j’ai demandé à ce que s’organise une réunion de famille pour vaincre sa résistance à se soigner. Il a accepté de faire les analyses prescrites !
  • La notion (originale) « d’espace de déambulation » qui tient ensemble, dans un espace de sécurité et de liberté, le corps somatique et le corps psychique.
  • Nous avions parlé de l’enveloppe corporelle, l’enveloppe vestimentaire, les tatouages, l’étiquette d’alcoolique, la protection par la pathologie somatique, source de ‘‘statut’’ dans la famille ou la société,
  • L’idée de faire corps par la communication a été abordée aussi, dans le cadre de la relation d’aide.
  • Les manifestations somatiques à l’arrêt de l’addiction ont été illustrée.
  • L’intérêt du théâtre a été souligné.
  • Une distinction originale a été établie entre le corps-machine, le corps-outil, le corps déambulateur, le corps interlocuteur…

Certains aspects n’ont pas été abordés :

Le corps comme objet de désir ? de plaisir ? Qu’est-ce qui fait relation dans le corps ?

Les distorsions d’images entre le corps tel qu’il apparaît aux autres et tel qu’il est vécu par la personne.

Pour finir le rappel du conte de Riquet-à-la-houppe, un jeune homme très laid mais très intelligent et bon, celle qu’il aime, donnée comme très belle et stupide.

Certaines  personnes peuvent avoir des signes extérieurs engageants et se révéler des repoussoirs dans la vie relationnelle et affective. La reconnaissance de l’un par l’autre transforme l’un et l’autre en belles personnes. N’est-ce pas à ce type de transformation que le patient alcoolique est convié ?