Jeudi 30 Novembre 2017

Bénédicte S.

Fréquemment, le sujet alcoolique qui vient de poser le verre ressent un sentiment de vulnérabilité prégnant, maintenant qu’il est sans alcool. Le choix de l’abstinence peut être vécu comme un choix de nécessité, une tentative de survie. Après avoir surinvesti l’objet alcool, le sujet peut se sentir démuni alors qu’il apprend progressivement à se désinvestir d’un produit qui l’aidait à étouffer ses ressentis et diluer ses pensées.

Ce sentiment de vulnérabilité contraste avec le sentiment d’invulnérabilité que pouvait procurer le produit. La sensation de toute-puissance poussait le sujet à se surestimer et oublier les dangers, prendre des risques imprudents, ne pas penser aux conséquences de ses actes, être intolérant aux frustrations, ce qui peut par exemple se traduire par des conduites ordaliques.

Seulement, la vulnérabilité face à l’alcool ne disparaît pas, même lorsque le sujet est en période sans alcool ou hors alcool. Le sentiment de vulnérabilité est-il alors une fatalité ? Les troubles psychiques comme l’alcoolisme peuvent parfois s’avérer incapacitants, nous handicapant dans certains domaines de vie plus ou moins longtemps. Pourtant, chacun demeure responsable de son soin, tel le sujet alcoolique qui devient responsable en s’appropriant la liberté de s’abstenir de boire. La thérapie est un moyen vous permettant de (re)découvrir vos ressources afin d’apprendre d’autres façon de vivre avec soi-même et de vivre avec autrui.

Dans quelles situations vous sentez-vous vulnérable ?

Savez-vous pourquoi ?

Comment trouver un nouveau rythme de vie excluant l’alcool ?

En quoi la thérapie peut-être vous rendre plus ‘‘fort’’’ ?

Quels autres moyens que la thérapie vous aident à vivre de manière plus satisfaisante avec vous-même et avec autrui ?

Jeudi 23 Novembre 2017

Bénédicte S.

Le sujet addict qui entreprend une démarche thérapeutique a fait un premier pas en reconnaissant la nécessité de changer ses habitudes, son comportement, sa manière de penser. Seulement, le désir d’aller mieux, de guérir peut-être, ne suffit pas toujours à amorcer le changement. De nombreuses raisons peuvent être avancées par le sujet alcoolique qui résiste au changement : le déni, la résistance provenant de la cellule familiale ou du couple, la conviction de pouvoir s’en sortir seul et de ne pas avoir besoin d’aide extérieure, la peur de devenir trop dépendant des autres, l’impression d’être contraint à changer plutôt que de le choisir…

Prochaska et DiClemente (psychologues) ont proposé un modèle en six stades pour mieux comprendre le processus du changement, que l’on peut appliquer aux personnes qui souffrent d’addictions. Ces stades ne sont pas forcément linéaires, le sujet peut avancer et reculer plusieurs fois.

Stade de précontemplation : le sujet est réticent car il ne perçoit pas l’intérêt du changement. Il n’a pas vraiment conscience des difficultés que lui cause son addiction et des conséquences négatives subséquentes au maintien de son attitude.

Stade de contemplation : le sujet envisage l’idée de s’investir dans un processus de soin pour changer de trajectoire de vie, souvent poussé par la souffrance qui le pèse de plus en plus. Il se montre plus réceptif mais il demeure ambivalent en songeant à l’énergie à fournir et aux pertes que peut impliquer un changement.

Stade de décision : le sujet discerne mieux les conséquences négatives de ses attitudes inadaptées, il comprend que son addiction lui procure de moins en moins de soulagement ou de plaisir, ce qui l’incite à décider de changer.

Stade de l’action : le sujet cherche activement à modifier ses attitudes et ses pensées pour atteindre un équilibre. Il parvient à amorcer des petits changements en trouvant des moyens plus adaptés et susceptibles de l’aider à ressentir du bien-être.

Stade de maintien : pendant plusieurs mois, le sujet consolide ce qu’il a appris (ses nouvelles attitudes/comportements/pensées issues du changement). Il tente de résister aux tentations qui le feraient régresser et abandonner sa volonté de changer.

Stade de rechute : le sujet n’arrive plus à progresser dans le changement et retourne à un stade antérieur. Il peut éprouver de la culpabilité, de la honte, du découragement face à l’échec qu’il ressent.

Le choix d’entreprendre un changement dépend de nombreuses variables, intra individuelles et interindividuelles. Avant de commencer à changer, le sujet souhaite légitimement être sûr qu’il le fait pour les bonnes raisons. Cela implique une décristallisation des anciens comportements et modes de pensée, pour ensuite adopter un nouveau comportement ou mode de pensée qui se stabilise en fonction de la conviction du sujet. Ce processus consiste à diminuer les forces qui s’y opposent ou à renforcer les forces qui poussent au changement. De plus, ce changement peut être manifeste ou latent, il prend plus ou moins de temps à être effectif selon les individus.

Vous est-il facile d’entreprendre des changements ? Quels sont les obstacles que vous rencontrez lorsque vous souhaitez un changement ? Quels sont les moyens qui peuvent nous aider à faciliter le changement ?

 

 

Jeudi 16 Novembre 2017

Bénédicte S.

I.Idées reçues sur la dépression 

« ce n’est pas une maladie », « la dépression est uniquement dans la tête », « on ne peut rien faire contre la dépression », « il n’existe qu’un type de dépression », « être déprimé est pareil qu’être dépressif », « sortir de la dépression est une question de volonté », « la dépression est héréditaire », « les antidépresseurs empêchent d’être soi-même, ils rendent dépendants » …

II.Un peu de théorie pour mieux comprendre le mécanisme de la dépression

On parle d’impuissance apprise pour désigner le sentiment de passivité, de résignation, et de perte de contrôle sur son environnement qu’éprouve le dépressif. L’individu pense que la cause de sa dépression est d’origine personnelle, non liée à un événement spécifique, ce qui provoque une perte d’estime de soi. Il remarque que sa dépression s’étend à tous les domaines de sa vie (affective, professionnelle, familiale, sociale, etc). Il constate avec dépit que sa dépression persiste dans le temps, qu’elle n’est pas transitoire, ce qui encourage le cercle vicieux de la dépression.

III.Clinique et sémiologie

Le psychiste reconnaît la dépression à la présence de plusieurs signes, cependant il y a de multiples façons de souffrir de douleur morale. Les signes cliniques sont des indices permettant de déceler la présence de la dépression, cela ne veut pas dire que le patient doit remplir tous les critères pour être diagnostiqué dépressif. De plus, des personnes non-déprimées peuvent manifester quelques signes de la dépression. Ce qui confère son caractère pathologique à la dépression est l’intensité aiguë des symptômes, leur autonomie, et leur stabilité.

  1. Humeur dépressive

L’humeur dépressive apparaît soudainement et rompt avec le mode d’être antérieur de l’individu. Elle peut se manifester par une tristesse pathologique, un sentiment d’ennui, une perte d’envie pour les intérêts antérieurs, une sorte d’anesthésie affective, un vécu pessimiste, un sentiment d’insatisfaction, de l’autodépréciation, et une forte culpabilité.

On reconnaît le noyau dépressif par : une vision négative de soi (« je ne vaux rien ») ; une vision négative du monde extérieur (sentiment d’être incompris, sans aide « tout le monde m’abandonne », ou attribution aux autres de la responsabilité de son état « les autres m’accusent injustement ») ; une vision négative du futur (désespoir, sentiment que rien ne peut changer, que la dépression est incurable « on ne peut rien pour moi »).

  1. Ralentissement et inhibition

Le ralentissement moteur touche le comportement visible : ralentissement de la démarche, des mouvements, de la mimique, du débit verbal…ou bien agitation excessive. Le sujet se plaint souvent ne pas arriver à penser clairement ou de ne pas arriver à formuler ce qu’il veut dire. C’est le ralentissement psychique qui touche les opérations de la vie mentale et se traduit par : des troubles subjectifs de la concentration et de la mémoire, une perception d’un ralentissement du temps, des difficultés à passer d’un thème à un autre (voire incapacité à penser), et une intense fatigabilité qui peut être associée à une inhibition de la volonté (difficulté à réaliser des activités, sensation de se fatiguer plus rapidement voire d’être complètement épuisé).

  1. Idées suicidaires

Les idées de suicides, parfois précédées par des ruminations sur le thème plus général de la mort, peuvent être « subies » par le patient, qui tente de lutter contre elles au début, ou bien l’individu les cultive avec une sorte de soulagement.

La tentative de suicide n’est pas un geste identique pour chaque individu. Elle s’articule à des significations profondément personnelles, parfois contradictoires. L’auto-agressivité et l’évitement de la douleur psychique jouent un rôle aussi important que la recherche de la mort, qui est plus souvent la recherche de mettre un terme à la souffrance psychique.

  1. Signes « objectifs »

Ce sont des signes qui ne sont pas typiques ou exclusifs à la dépression, mais qui sont fréquemment présents et facilement identifiables : anxiété, troubles du sommeil, troubles alimentaires, troubles du caractère, hypersensibilité, symptômes somatiques.

IV.Ce qu’on peut confondre avec la dépression et qui peut apparaître en comorbidité

L’anxiété correspond à l’appréhension d’une menace imprécise qui pourrait subvenir à tout moment, non caractérisée par une perte d’intérêts, un ralentissement idéo-moteur et un sentiment de culpabilité. Elle apparaît comme un trouble psychique à part (troubles anxieux, phobie sociale…).

La tristesse est une émotion normale, temporaire, et parfois un trait de personnalité. Le sujet triste se sent déprimé, mais pas dépressif.

Le deuil provoque une réaction douloureuse suite à une perte ou une rupture. C’est un passage nécessaire pour se reconstruire. L’absence ou l’intensité excessive du deuil peuvent devenir pathologique, et une dépression réactionnelle à un deuil peut apparaître dans certains cas.

Les troubles bipolaires (ou psychose maniaco-dépressive) correspondent à la succession cyclique d’accès mélancoliques et d’accès maniaques, séparés par une période de stabilité ou un état mixte. Ils sont plus ou moins sévères, et leur cause est en grande partie organique.

V.Les différents types de dépression

  1. Les différences en fonction de l’âge : L’état dépressif ne s’exprime pas exactement de la même manière chez l’enfant, l’adolescent et la personne âgée par exemple.
  1. La dépression post-natale : Les symptômes de cette dépression sont modérés : humeur labile, inquiétudes sur les soins à donner à l’enfant, anxiété, irritabilité, plaintes somatiques…
  1. La dépression saisonnière ou cyclique : L’épisode dépressif commence à l’automne ou à l’hiver, puis l’individu se rétablit spontanément au printemps. Cette dépression se caractérise par une absence d’énergie, de l’hypersomnie et des troubles du comportement alimentaire.
  1. La dépression secondaire à un trouble somatique ou une prise de substances psychoactives (comme lors de la période de sevrage d’alcool par exemple)
  1. La dépression atypique : Des signes dépressifs coexistent avec des signes schizophréniques (retrait affectif, ambivalence, épisodes de dépersonnalisation…).
  1. La dépression masquée : Les signes de la dépression sont au second plan, cachés par une autre symptomatologie somatique (céphalées, douleurs sans origine organique…).
  1. La dépression mélancolique ou délirante

La mélancolie désigne un état dépressif sévère car la plupart des signes de la dépression sont majorés. On distingue quatre formes de mélancolie :

  • La mélancolie délirante (psychotique) : perte de contact avec la réalité plus ou moins prégnante avec des idées délirantes dont l’individu est toutefois conscient.
  • La mélancolie anxieuse: agitations, lamentations, plaintes monotones, débordements émotionnels, sensations d’oppression ou de suffocation.
  • La mélancolie stuporeuse: inhibition totale de l’activité motrice et des mimiques, avec parfois de brusques passages à l’acte.
  • La mélancolie simple dont les symptômes sont atténués : ralentissement, insomnie, lassitude, perte d’intérêts et du goût de vivre. C’est le type de dépression le plus courant, celui auquel on se réfère habituellement quand on parle de la dépression (unipolaire).
  1. La dépression essentielle

Cette dépression est caractérisée par le fait que l’individu n’arrive pas à « se déprimer ». Il est hypersensible aux commentaires négatifs à son encontre, alors il devient intolérant à la frustration et à l’angoisse. Il vise une image idéale de soi, et son incapacité à l’atteindre l’amène à ne pas s’accepter tel qu’il est. Les signes de la dépression essentielle sont : la rareté du sentiment de culpabilité sous l’effet d’une anesthésie affective, l’anxiété et l’agitation qui dissimulent le ralentissement psychomoteur, des sentiments de rage froide et de colère qui se substituent à la tristesse, une recherche de chaleur humaine au contact d’autrui (voire un altruisme forcené) qui contraste avec l’impression de pourvoir s’en sortir tout seul.

Le sujet ressent surtout un sentiment de vide chronique et de perte de sens de l’existence, qui le conduit fréquemment vers les addictions pour contrer le désespoir et l’impuissance, l’angoisse d’abandon, le sentiment d’être victime des autres et d’être un écorché vif.

Dans ce thème, je m’intéresse à la manière dont vous ressentez et exprimez avec vos propres mots vos expériences dépressives, ou celles de vos proches si vous-même n’avez pas vécu de dépression.

Quelle est votre propre définition de la dépression ? Comment réagissez-vous lors de vos phases dépressives ? Comment faire pour atténuer la douleur morale de la dépression ?