Jeudi 27 Juillet 2017

Je suis Clémentine Voisse, jeune psychologue clinicienne. J'ai effectué ma formation universitaire à Toulouse Jean-Jaurès. J'ai découvert l'AREA en 2014, je menais un travail de recherche sur la relation au manque chez l'humain.  

Dans la continuité du travail clinique de Bénédicte et à partir de la suggestion de l'un d'entre vous, lundi dernier, lors de la séance consacrée à la « supervision’’avec Monsieur Alain Roucoules, je vous propose de travailler sur le thème des "relations sentimentales et de l'alcool" :

L'amour et l'alcool : que voulez-vous en dire ? 

Y a-t-il, pour vous, un lien entre l'amour et l'alcool ? 

Libre à vous d'associer sur ce thème. 

Le titrecorrespond à une réplique d’un film très recommandable, présenté dans notre livre Le cinéma comme langage : « Deux sœurs vivaient en paix »…de 1947, avec des acteurs incroyables : Cary Grant, Myrna Loy, Shirley Temple, sans oublier un humoreux oncle psychiatre fort bien incarné par Ray Collins. 

En cette fin d’après-midi, je recevais une jeune femme en détresse psychologique face aux relations sentimentales. Elle commence cependant à repérer les égocentriques, les narcissiques, les manipulateurs, les creux, les avantageux, les balourds et le sots, les pervers, les routiniers, les maniaques, les encombrés d’enfants et d’ex, les obsédés de la Toile. Elle commence à ne plus les voir en tenue de « chevalier blanc », en prenant ses désirs pour des réalités, pour reprendre une image du film d’Irving Reis que je viens d’évoquer. Elle a encore un léger problème pour se faire désirer, pour les faire plier, avant d’établir avec eux une relation équilibrée et respectueuse, où la partie se rejoue tous les jours.

Pour lui indiquer une forme de marche à suivre, je lui ai raconté – ce qui l’a fait beaucoup rire – la dynamique de « Lhomme tranquille » de John Ford. Pour moi – c’est un point de divergence avec mon épouse – c’est un film résolument féministe dans la mesure où la jeune femme fait respecter ses codes à l’homme qu’elle aime. 

Dans l’amour, se retrouve la capacité de dire non, de faire attendre, de frustrer, de se faire respecter. La relation amoureuse suppose, de mon modeste point de vue, de l’intuition, de la lenteur, le choc des ajustements, une vision du monde compatible, une capacité de dialogue et d’écoute réciproque, une liberté de laisser l’autre vivre ses passions et ses investissements, l’absence de possessivité, le sens d’être deux en un, un en deux, une confiance justifiée, le sentiment que l’autre peut être perdu, qu’il n’est pas chose. Il y a aussi la complicité, le rire, l’humour, des répulsions communes…Le lien affectif évolue dans le temps, tel l’arbre et les saisons, avec le risque qu’un orage survienne et foudroie. L’alcool ? L’alcool ! 

Voilà, j’ai librement associé sur ce thème.HG

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Jeudi 20 Juillet 2017

Bénédicte S.

Avant ses trois ans, l’enfant est indifférencié de son environnement, il vit en symbiose avec son entourage. Dès l’âge de 3 ans, le sentiment d’identité de l’enfant commence à s’affermir lors de la crise d’opposition. Cette crise marque la différenciation entre Moi et Autrui : « Le Moi se construit en même temps qu’il s’oppose ». L’opposition induite par le « non » permet à l’enfant de préserver son autonomie et de prendre conscience de sa différence par rapport aux autres. Le « non » montre la capacité d’être soi face à l’autre, donc la capacité d’affirmer notre  personnalité singulière et de se forger des opinions personnelles.

Certaines personnes éprouvent des difficultés à dire « non » : que ce soit par crainte de représailles (réelles ou imaginaires) de son interlocuteur, par peur de blesser l’autre, par soumission pour ne pas déplaire ou décevoir, par passivité ou paresse pour ne pas avoir à affronter les réactions d’autrui…

D’autres personnes encore se déterminent en disant « non » systématiquement, par leur opposition répétée et leur désir de ne pas être contredit, comme si il leur était douloureux de dire oui. Cela peut être une manière de refuser l’altérité, de refuser de reconnaître la subjectivité des autres, de satisfaire un désir d’emprise sur les autres…

Pour la personne alcoolique, le « non » peut servir à alimenter le déni, la non-reconnaissance de son alcoolisme avéré et donc la peur de la réalité en s’avouant sa condition d’alcoolique. Le « non » peut cacher des souffrances indicibles qui ne parviennent pas à être verbalisées.

L’accès à l’abstinence et le travail psychique aide le sujet alcoolique à se repositionner face aux autres, à s’individualiser, à admettre qu’il a le droit d’être en opposition et de s’exprimer en fonction de ce qu’il estime acceptable ou pas. Cela commence en disant « non » à l’alcool.

« Le « oui » agréable et joyeux est porteur d’ouverture semblant promettre des espaces, présager des libertés, prendre des risques. Le « non » lui, apparemment triste, voire rébarbatif, assimilé à un mouvement pénible de fermeture vient dire le moins, la distance, la froideur ». Etes-vous d’accord avec cette phrase ?

Est-il facile pour vous de dire « non » ? Que représente le fait de dire non ? Quelles sont les conséquences du « non » dans les relations interpersonnelles ?

 

Jeudi 13 Juillet 2017

Bénédicte S.

Le temps de l’alcool est caractérisé par la répétition des alcoolisations, et donc par la distorsion de la perception du temps qui devient plus circulaire que linéaire, notamment par la mise en place de rituels spécifiques pour combler le besoin d’alcool (boire à un certain moment de la journée, à partir d’une certaine heure, etc).

Lorsque le sujet alcoolique pose le verre, il exprime souvent ressentir un intense sentiment d’ennui et ne pas savoir quoi faire du temps vide libéré par les alcoolisations. La règle des 24h peut être un premier moyen à appliquer pour densifier le temps et changer de rituels, en se concentrant sur un jour à la fois, en se fixant des objectifs en fonction des priorités, tout en tenant compte de l’énergie disponible.

L’ennui peut résulter d’une absence de désirs qui incite au remplissage du temps en devenant hyperactif, donc en fuyant les temps morts et la crainte de se retrouver seul face à soi-même. Pourtant, il peut être opportun de s’autoriser à « faire du rien », pour reprendre l’expression d’un participant du groupe de parole. On peut occuper son temps à des rêveries, à la méditation, à des distractions utiles, tout en laissant la place à l’improvisation, à la surprise, aux imprévus. Le temps libéré peut également donner l’opportunité de partager des moments avec autrui (famille, amis, groupes de parole, …).

Le Dr Gomez précise que : « L’alcoolique doit d’abord apprendre à supporter le temps vide, à s’y habituer, à ne plus l’encombrer artificiellement. Il doit apprivoiser le silence. Il doit aussi se donner le temps d’affronter ses problèmes et contraintes du jour, sans les fuir et s’y noyer. »

Comment occupez-vous vos temps libres ?