Jeudi 18 Janvier 2018

Bénédicte S.

Le dictionnaire définit la maturité comme : « La période de la vie caractérisée par le plein développement physique, intellectuel et affectif ; l’état de l’esprit, d’un talent qui est parvenu à la plénitude de son développement ; la sûreté dans le domaine du jugement, de la réflexion ». Or, si on se penche sur l’ontogenèse de l’être humain, on s’aperçoit que l’humain naît dans un état de profonde immaturité puisque son organisme arrive à pleine maturation au tiers de son existence.
De plus, la maturité et l’immaturité prennent une signification sectorielle, indiquant le plein développement ou les carences d’une fonction ou dimension de la personnalité (maturité affective, intellectuelle, sexuelle, physique, relationnelle, émotionnelle, volitionnelle, décisionnelle, vocationnelle, etc). Ces différentes fonctions sont caractérisées par la discontinuité puisqu’elles ne se développent pas de façon linéaire ni au même rythme.
En psychologie, la maturité se rapporte à l’accès à l’autonomie, à la liberté d’action et au détachement par rapport aux images parentales, tandis que l’immaturité est « un terme habituellement utilisé pour caractériser l’affectivité d’un enfant, d’un adolescent, d’un adulte marquée du manque d’autonomie, du besoin de protection, d’une fixation exagérée aux images parentales ». L’immaturité affective implique donc une tendance à la dépendance et à la suggestibilité. Elle s’associe fréquemment à l’immaturité intellectuelle qui concerne un manque de sens critique, de conscience morale, une altération des facultés de jugement et de décision qui rendent la personne incapable de faire un choix libre et responsable.
L’immaturité affective se manifeste notamment par un fort besoin de protection, une dépendance affective, l’intolérance à la frustration, l’impulsivité, une difficulté à s’engager dans des relations, l’incapacité de différer la satisfaction… Cette immaturité peut provenir de carences affective précoces ou encore d’un environnement surprotecteur limitant l’accès à l’autonomie, qui ont poussé le sujet à rechercher de la tendresse et de la sécurité dans son rapport à autrui puisqu’il ne parvient pas à s’appuyer sur ses ressources internes. Elle peut aussi s’originer dans l’absence de repères éthiques et moraux stables, ou dans la présence de traumatismes qui ont eu un effet déstructurant sur le psychisme.
Les psychologues humanistes remettent en cause l’équation commune « adulte = personne mature », en soulignant que la notion d’adulte renvoie davantage à un rôle social qu’à l’aboutissement d’un processus de maturation : « un adulte est une personne qui joue le rôle d’un adulte, et plus il joue le rôle, plus immature il est ». Pour eux, la maturité relève plutôt de l’affranchissement de la dépendance aux autres et à l’environnement que d’un âge spécifique correspondant à un point d’achèvement. La maturité psychologique correspond alors au dépassement des positions infantiles, dès lors que le sujet a résolu ses conflits psychiques majeurs afin que les diverses réalités de sa personnalité coexistent harmonieusement. Elle suppose d’être capable de se contrôler, de s’assumer, de surmonter ses problèmes, d’établir des relations saines et de conserver son esprit critique.
Selon Lapassade : « La maturité n’est qu’un masque. Le groupe des adultes surveille mes gestes ma vie entière. Il m’aide à ne pas retourner en deçà de la frontière qui me sépare désormais, et pour toujours, de mon enfance. Je dois à chaque instant paraître adulte. Je suis d’abord adulte pour les autres comme les autres le sont pour moi. Dans les rencontres, il me faut cacher ces hésitations, ce tâtonnement qui seraient considérés comme des signes inacceptables d’immaturité. Je suis responsable de ce visage. Dans le face à face de tous les jours, je dois d’abord ne pas perdre la face, cette face d’adulte qui joue ses rôles dans le monde. »

Quelle est votre définition de la maturité et de l’immaturité ? Pensez-vous être immature dans certains domaines de votre vie ? Comment se manifeste votre maturité et/ou votre immaturité ? A partir de quand l’immaturité est-elle source de mal-être ? Comment faire pour atteindre la maturité ?