Jeudi 12 Avril 2018

Bénédicte S.

L’ennui peut se définir comme l’expérience du temps qui semble s’allonger ; un état qui doit être supporté ; un sentiment de contrariété proche de la haine de soi ou des autres d’après son étymologie « in odio esse » signifiant « être un objet de haine » ; une sensation de lassitude où le sujet peut se sentir dysphorique sans pouvoir attribuer de cause externe à son état ; ou encore, dans son sens existentiel, l’ennui nait de l’impression d’absurdité d’exister et d’une inconsistance de la représentation de soi.

L’ennui survient en général dans un contexte de sentiment de vide, de solitude, d’indifférence, où les moments d’inactivité ou d’activités répétitives se montrent dénués de sens. L’enfermement dans l’ennui isole des autres lorsque le sujet a du mal à accepter sa capacité d’être seul. L’ennui se traduit par l’insatisfaction associée à une apathie face à l’absence de tâches à accomplir (manque de plaisir, de motivation), par un sentiment de vide intérieur associé à une moindre vivacité sensorielle et au désœuvrement, ou encore par un désir sans objet identifiable suscitant une quête de quelque chose à investir par besoin de distraction.

L’ennui demeure une expérience commune de la vie humaine où on ressent un décalage inévitable et pénible entre ce qu’on voudrait faire de son temps et la fadeur du quotidien. Selon Samuel Beckett, nos habitudes possèdent une fonction protectrice face à la souffrance en nous aidant à réajuster notre sensibilité dans les moments de transition, la suspension des habitudes provoquant alors de l’ennui considéré comme un moindre mal.

De nos jours, on assiste à une perte de la dimension créative de l’ennui avec des tentatives de combattre l’ennui par tous les moyens, quitte à entraîner une ambiance d’hyperstimulation et d’hyperactivité proche d’une défense maniaque. L’agitation intellectuelle ou motrice se présente comme une solution pour rompre l’ennui, tout comme le remplissage par l’activité, la nourriture, la boisson ou même le sommeil. Mais ces solutions ne résolvent rien car il ne s’agit pas seulement de remplir un vide par n’importe quoi. Notre impuissance face à l’ennui peut susciter de l’énervement ou de l’agressivité poussant à la décharge pulsionnelle pour s’extraire de l’emprise de ce vide imaginaire, de cette inhibition d’investissement.

Or, la disparition véritable de l’ennui s’avère possible lorsqu’il y a un appel à l’altérité, un intérêt pour autrui (que ce soit une personne réelle ou une personne fictive comme dans un livre ou un film par exemple). L’ennui a un aspect positif lorsqu’il engendre la créativité, la réflexion, le ressourcement. La créativité semble donc requérir un temps de suspension, une capacité à supporter l’ennui pour survenir. Nous pouvons dès lors concevoir l’ennui comme un temps de retrait et de régénération, une attente paisible et silencieuse, un vide nécessaire pour se désemplir d’un trop plein de stimulations qui empêchent de créer, afin de se questionner et de se retrouver face à soi-même, d’adopter de nouvelles perspectives et d’élaborer des rêves, d’être à l’écoute de nos désirs, de chercher dans nos manques une source créatrice d’harmonie.

 Quelle est votre définition de l’ennui ? Quelle est votre attitude face à l’ennui ? Dans quels domaines de vie ressentez-vous le plus l’ennui (sphère familiale, professionnelle, amicale…) ? L’ennui a-t-il un aspect positif pour vous ?