Jeudi 14 Juin 2018

Bénédicte S.

La notion de temporalité est un concept inventé par l’être humain afin d’appréhender son rapport à l’existence et lui donner du sens, de structurer sa vie quotidienne et ses pensées selon de multiples rythmes internes et externes.

A l’Antiquité, les Grecs distinguaient déjà trois types de temps. Chronos est le temps physique, mesurable, quantitatif et linéaire puisqu’il articule chronologiquement le passé, le présent et le futur. Kairos est le temps métaphysique, qualitatif et subjectif, qui nous permet de déterminer un avant et un après lorsque nous vivons des événements significatifs dans notre vie. Aiôn est le temps cyclique, indéfiniment long, celui qui correspond à la répétition perpétuelle (comme le cycle des saisons par exemple).

Au niveau culturel, des chercheurs ont remarqué qu’il existe deux types de rapport au temps bien différents. Dans certaines cultures, la conception du temps est plutôt « monochrone », séquentielle, le temps est envisagé comme une entité que l’on peut planifier, maîtriser, perdre ou gagner. Dans d’autres cultures, la conception du temps est plutôt « polychrone », ce qui conduit à s’engager dans de multiples activités de façon simultanée, le temps est rarement considéré comme perdu ou gagné, il n’est pas la marque de notre emprisonnement existentiel.

Au niveau individuel, le point de vue temporel adopté pour envisager notre histoire de vie donne à voir des réalités différentes. Ainsi, le point de vue synchronique est figé dans l’instant, dans l’immédiateté, dans l’incertitude existentielle. Considérer un changement soudain avec un regard synchronique le fait apparaître comme une rupture qui questionne le lien entre ce qui était, ce qui est et ce qui adviendra. Le point de vue diachronique nous amène à chercher une cohérence dans la façon d’articuler l’avant, le pendant et l’après. Considérer les événements avec un regard diachronique permet d’entrevoir notre existence comme un continuum organisé en un tout logique et intelligible.

Nous constatons fréquemment que notre rapport au temps varie en permanence, qu’il existe un décalage entre le temps physique et le temps subjectif. Quelquefois, nous sentons que nous maîtrisons les événements et que nous pouvons les anticiper. D’autres fois, nous avons l’impression que le temps nous échappe, nous sommes dépassés ou submergés par des situations, ou nous trouvons le temps long et l’ennui s’installe.

De plus, des troubles psychiques peuvent perturber profondément notre rapport au temps. Le sujet dépressif semble vivre dans le passé, il éprouve des difficultés à investir le présent et à se projeter dans le futur. Le sujet addict semble plutôt vivre dans le présent immédiat, focalisé dans un ici et maintenant circulaire comme un éternel recommencement. Pour le sujet alcoolique qui éprouve des difficultés à se situer dans le temps et des angoisses relatives au futur et au passé, les alcoolisations répétées participent à la structuration de la temporalité en s’apparentant à des tentatives pour figer le temps, l’allonger ou le raccourcir.

Quel(s) type(s) de rapport au temps privilégiez-vous ? Comment structurez-vous votre temps pour le rendre plus harmonieux, agréable, moins anxiogène ?