Jeudi 29 Mars 2018

Nous insistons beaucoup dans les modalités de sortie de l’addiction à l’effet protecteur du cadre de vie.

Á la période de l’addiction, le sujet est tenté par le repli social qu’il ritualise dès qu’il peut être seul. L’attitude correspond à l’effet bulle obtenu par les prises d’alcool solitaire mais aussi par les enfermements virtuels réalisés par l’usage addictif des écrans. 

De retour chez soi, après une hospitalisation brève ou tout autre circonstance propice à un sevrage, l’effet protecteur du cadre de vie est une priorité à organiser. Le territoire de l’alcool doit être remplacé par un espace à soi, suffisamment ordonné pour dégager un sentiment de sécurité et de tranquillité. On sait combien le silence peut perturber certains. Rien de tel pourtant pour faciliter un dialogue intérieur, une bonne lecture, une activité apaisante. Il est toujours possible d’écouter de la belle musique ou de regarder les oiseaux par la fenêtre. 

L’effet protecteur du cadre se retrouve par la tranquillité consécutive à la mise à distance des personnes perturbantes qu’ils s’agissent des amis de « boisson » ou de personne ayant du temps à tuer.  Si le sujet a la chance de disposer de bonnes personnes autour de soi, c’est tant mieux !

C’est à chacun d’entre nous, par l’organisation concrète de ses journées, de constituer un cadre protecteur. Il est douloureux pour un soignant d’apprendre d’un patient que le seul moment de partage se limite à la consultation mensuelle complétée quelquefois de séance de psychothérapie. 

Dans cette perspective, l’accompagnement par les groupes est certainement le moyen à privilégier pour se poser. L’atelier cinéma et la consultation complètent ce dispositif, simple et accessible à tous. Il va de soi que pour bénéficier de l’effet protecteur du groupe de parole, quelques dispositions sont à privilégier : la sincérité, l’humilité, le goût d’une réflexion suivie d’effets. Á ces conditions, le cadre de l’accompagnement thérapeutique peut faire la différence permettant au sujet d’affronter ses propres démons et de résister aux agressions de l’environnement.

 

Bénéficiez-vous, selon vous, d’un cadre protecteur ?

Quels en sont les éléments ?

Qu’est ce qui fait problème pour sa mise en place ?

 

 Jeudi 22 mars

Sylwia O. et Bénédicte S.

Au mois de novembre dernier, le groupe du jeudi a abordé la question de la résistance au changement en s’appuyant sur le modèle de Prochaska et DiClemente (psychologues) qui décrit le processus de changement en six stades : pré-contemplation, contemplation, décision, action, maintien et rechute. Aujourd’hui nous allons nous intéresser plus précisément à l’état d’ambivalence.

L’ambivalence désigne le caractère de ce qui peut avoir deux sens ou interprétations différentes ; le caractère de quelqu’un qui manifeste des comportements ou des goûts opposés ; la tendance à éprouver simultanément deux sentiments opposés à l'égard d'un même objet : amour et haine, joie et tristesse, etc. L’ambivalence suppose donc une oscillation entre deux ou plusieurs possibilités. Elle se manifeste par l’indécision, l’incertitude, le doute, les réponses alternatives, les hésitations, la frustration, la peur de la franchise, la confusion… Elle résulte de l’intériorisation du conflit entre le principe de plaisir et le principe de réalité, autrement dit entre les souhaits ou les fantasmes et les exigences extérieures.

Initialement, Bleuler (psychiatre) considère l’ambivalence dans trois domaines :

  • volontaire, lorsqu’elle se rapporte à des conflits conscients qui s’expriment dans la décision de mettre en acte une intention (par exemple, je désire boire de l’alcool car j’aime ses effets mais je ne veux pas boire de l’alcool à cause de ses conséquences négatives);
  • intellectuel, lorsqu’elle renvoie aux processus de réflexion et de raisonnement (énoncer simultanément une proposition et son contraire);
  • affectif lorsque des sentiments d’amour et de haine envers le même objet coexistent. Cette ambivalence affective se manifeste par des réactions affectives contradictoires qui sous-tendent l’alternance entre un désir de séparation et un désir de dépendance (le sujet aime et hait dans un même mouvement la même personne). Il s’agit d’une opposition du type oui-non, où l’affirmation et la négation sont simultanées et indissociables.

Dans le contexte de la dépendance, l’ambivalence est considérée comme un état psychique adapté face à une situation de choix difficile, mais elle peut immobiliser le sujet dans un conflit intrapsychique particulièrement compliqué à résoudre. Bien qu’étant un trait naturel commun à tous, l’ambivalence peut se révéler pathogène lorsque l’individu se sent incapable de faire un choix ou de prendre des initiatives, qu’il doute de ses capacités et de ses émotions, ou encore qu’il ressent de vives angoisses à cause de son caractère ambivalent.

Dans la problématique alcoolique, le conflit apparaît notamment entre les effets positifs (avantages) et les effets négatifs (inconvénients) de l’alcool. Ainsi, le sujet est partagé entre des arguments qui le poussent à renoncer à son addiction, et des arguments qui le poussent au contraire à la maintenir.

L’ambivalence est plus qu’une simple hésitation face à deux options qui seraient équivalentes du point de vue des bénéfices et des coûts, elle se trouve amplifiée par la compulsion de répétition. En d’autres termes, le sujet sait qu’il n’est pas dans son intérêt de maintenir son comportement addictif, et pourtant il l’entretient, ce qui peut engendrer après coup des regrets, un sentiment d’impuissance. L'ambivalence peut représenter un obstacle entravant le désir de changer de trajectoire de vie.

Quelle est votre conception de l’ambivalence ? Par rapport à quoi ou à qui êtes-vous ambivalent(e) ? Comment cela se manifeste-t-il ? Quelles stratégies mettez-vous en œuvre pour explorer et résoudre l’ambivalence ? Sont-elles toujours efficaces ?

HG : Je découvre tardivement le thème qui est d’une importance majeure dans le cadre de la problématique psychique lié aux problèmes d’addictifs. Je crains de ne pouvoir participer mais je saurai commenter et, si besoin, apporter mes propres éclairages.

 

Jeudi 15 mars 2018

Sylwia Ozdowska

Catherine Dangelser

L'individualisme est une conception philosophique, politique, sociale et morale qui tend à privilégier les droits, les intérêts et la valeur de l'individu par rapport à ceux du groupe.

Il prône l'autonomie individuelle face aux diverses institutions sociales et politiques (la famille, le clan, la corporation, la caste...) qui exercent sur lui de multiples pressions.

Fruit d'une pensée, élaborée depuis la Renaissance, l'individualisme est un projet de société dans lequel chacun devrait trouver les meilleures conditions de sa réalisation et de son épanouissement.

En ce sens, il peut être associé au principe d'individuation qui selon Carl Gustav Jung est le processus de « prise de conscience qu'on est distinct et différent des autres, et l'idée qu'on est soi-même une personne entière, indivisible, l'individuation est une des tâches de la maturité. »

Pourtant, ce terme a souvent mauvaise presse dans les discours contemporains. On a tendance à lui imputer tous les maux de nos sociétés : égoïsme, compétition, exclusion, communautarisme, voire déliquescence morale.

Selon le scénariste et romancier Frédéric Beigbeder

« La société dans laquelle nous sommes nés repose sur l'égoïsme. Les sociologues nomment cela l'individualisme alors qu'il y a un mot plus simple : nous vivons dans la société de la solitude. »

Quelle est votre vision de l’individualisme ?

Comment l’individualisme se manifeste-t-il chez vous?

Selon vous, en quoi cela peut-il être positif ou négatif pour vous ?