Jeudi 8 Mars 2018

Bénédicte S.

Le bon sens désigne « la capacité de juger sainement, le sentiment de ce qui est raisonnable ». Il est proche du sens commun qui qualifie « la capacité de juger, d’agir raisonnablement comme la majorité des gens ». Alors que le sens commun s’apparente à un « prêt-à-penser », c’est-à-dire un ensemble d’opinions que l’on s’approprie sans user de son esprit critique pour vérifier leur pertinence, le bon sens relève plutôt de l’évidence, de l’observation, du discernement quant à ce qui est le plus opportun et le plus efficace dans une situation donnée. Il est associé à la sagesse, la prudence, la logique, le raisonnement, et s’oppose naturellement à l’imprudence, l’ignorance, l’insensé, l’absurde.

Selon Descartes, « la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on appelle le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ». Le bon sens désigne la capacité d’avoir une opinion pertinente, d’avoir raison, autrement dit la capacité de former des jugements et des raisonnements en s’appuyant sur des évidences, des faits concrets et cohérents, afin d’accéder à une vérité qui se veut universelle, commune à tous les Hommes.
Le bon sens paraît donc inné, il soutient l’instinct de conservation de l’espèce humaine en cherchant à nous éviter de faire des erreurs. Pourtant, certaines personnes en semblent dépourvues, elles répètent les mêmes erreurs et adoptent des conduites apparemment irrationnelles. Le bon sens ne serait pas aussi infaillible qu’on le croit.
Aller à l’encontre du bon sens est souvent perçu comme un acte volontaire, motivé par l’orgueil, la sottise, ou la peur. Une personne qui ne dispose apparemment pas de bon sens serait quelqu’un qui fait un mauvais usage de ses capacités de raisonnement. Mais ce serait oublier la force de l’inconscient qui peut nous conduire à agir de façon non intentionnelle, non rationnelle, alors que nous sommes poussés par des raisons qui échappent à notre conscience.
Quelle est votre définition du bon sens ? Pensez-vous être une personne de bon sens ? Comment peut-on expliquer le manque (momentané ou durable) de bon sens ?

Jeudi 1er mars 2018

Puisqu’il est question de genre et de sexe, il n’est pas étonnant que la réplique de Diogène de Sinope, le plus connu des philosophes de l’école cynique, me soit venu à l’esprit. Diogène l’aurait prononcée en se promenant au grand jour dans les rues d’Athènes, avec une lanterne allumée. 

Je crains que votre échange ne puisse sortir de cette dualité de significations entre ce qui relève du genre et ce qui serait spécifique aux humains XY. Par exemple, les XY n’ont pas le monopole de la vulgarité.
Je vais brièvement m’exercer à dire ce qui aurait été écarté par Diogène si, toutefois, cette référence a quelque chose à voir avec l’ascèse philosophique.
Tout d’abord, être un homme signifie être capable de s’imposer des frustrations si l’objet désiré est synonyme d’avilissement. Par rapport à l’alcool, cela met la limite à l’ébriété légère. Au-delà, la personne n’est plus apte à contrôler ses paroles et ses gestes. Elle peut se mettre en danger ou devenir un danger pour l’autre. Elle peut être un objet de honte pour elle-même et pour ses proches. Seule la lecture intelligente – et ce de fait empathique – de la problématique alcoolique peut sortir les écarts de conduite alcoolisés du registre de la condamnation. Le sujet, instruit et accompagné, peut trouver la force d’écarter le ‘‘liquide du discrédit’’, et rejoindre le cercle restreint des hommes, indépendamment du caryotype.
Être un homme suppose aussi d’exercer son esprit critique de telle manière que la réalité devienne intelligible. Ce positionnement demande un effort continu de compréhension, à distance des prêt-à-penser et des pratiques qui interdisent cet effort d’interprétation du réel. Il n’est pas indispensable d’être un puit de connaissance pour atteindre ce but, le bon sens, appuyé sur l’observation, l’expérience personnelle et un fond de culture transmise et acquise, suffit largement.
Être un homme demande, enfin, d’avoir le courage de ses déductions, pour sa vie personnelle, familiale et relationnelle, professionnelle et sociale.
La féminité XX et la masculinité XY peuvent alors se décliner très agréablement dans ces conditions.

Pour vous, c’est quoi être un homme, en tant que genre ?

Et c’est quoi la féminité et la masculinité, en tant que différences naturelles et culturelles ?

Jeudi 22 février 2018

Bénédicte S.

L’intimité correspond à ce qui relève de la vie privée, à ce qui est caché aux yeux des autres, en opposition à la vie publique et à ce qui est exposé à la vue de tous. Nous pouvons qualifier d’intime une relation marquée par l’attachement réciproque, l’affection profonde, la confiance et l’authenticité. Est intime ce qui constitue l’essence d’une chose, ce qui nous donne la conviction d’approcher la vérité. Un cadre chaleureux favorisant les confidences peut aussi être désigné comme intime.

L’expérience de l’intime (au niveau relationel, esthétique, moral…) nous donne accès à la rencontre effective avec l’autre et avec soi. Bien qu’intrinsèquement liée à la sphère privée, l’intimité s’étaye sur le désir de partager son monde intérieur avec autrui, tandis que le sentiment de vie privée repose foncièrement sur la soustraction active au regard des autres.
L’intimité est à la fois tournée vers le dehors, lorsqu’elle unit plusieurs individus entre eux, et tournée vers le dedans lorsqu’elle se rapporte uniquement à l’intériorité. L’intimité intrasubjective correspond à une démarche introspective, un dialogue avec soi-même, visant une meilleure connaissance et compréhension de soi. L’intimité intersubjective représente plusieurs façons d’être ensemble en partageant des sentiments et attitudes qui contribuent aux réalisations communes et à l’élucidation du vécu intime.
Les expressions variées de l’intimité comprennent l’empathie (la capacité de se représenter, de comprendre, de ressentir, de considérer les états mentaux d’autrui), la passion amoureuse, les relations sexuelles, l’amitié, et les liens de solidarité qui participent à la création de relations intimes durables ou éphémères. L’implication affective constante et sincère dans des relations privilégiées est essentielle à la formation de l’intimité intersubjective, et par extension à l’équilibre psychique.
Seulement, les frontières entre l’espace privé et l’espace public deviennent de plus en plus poreuses. Ce qui appartenait classiquement à la vie privée se trouve transposé dans l’espace public, occasionnant un rétrécissement de l’intériorité qui est de plus en plus transparente (cf l’usage que nous faisons des réseaux sociaux et d’internet en général). Nous parlons d’extimité pour décrire ce mouvement qui nous pousse à dévoiler et extérioriser des éléments de sa vie intime au grand jour, afin de se les approprier en intériorisant les réactions d’un grand nombre de personnes face à ces éléments-là.
Faites-vous la distinction entre ce qui appartient à la vie privée et ce qui appartient à la vie publique ? Privilégiez-vous l’intimité du dedans ou l’intimité du dehors ? Comment faites-vous pour préserver votre intimité ?