Jeudi 7 Juin 2018
Bénédicte S.


Une génération est une catégorisation sociale regroupant des individus nés pendant la même période et présentant des caractéristiques spécifiques. Ces individus ont vécu leur jeunesse dans un même contexte historique, ils ont participé ou été témoins des mêmes événements sociaux, ils ont eu une éducation et une scolarisation marquées par les valeurs dominantes de leur époque. Ils ont développé des valeurs, des attitudes, des comportements, des normes, des expériences, des connaissances, et des ressources similaires. Cette contemporanéité explique l’apparition d’une identité générationnelle et d’une conscience de génération, d’une solidarité entre les membres d’une même génération détentrice d’une culture commune.
La filiation est définie par les transmissions verticales entre les membres d’une même famille, donc par la coexistence des plus anciens et des plus jeunes et de modèles et références collectives permettant à chacun de trouver sa place dans la lignée et de répondre aux besoins identitaires. Les attentes des ascendants, explicites ou implicites, influencent plus ou moins les convictions, les modes de pensée, les choix professionnels et affectifs des descendants.
L’articulation de ces deux temporalités, celle de la génération et celle de la filiation, contribue à faire émerger la différenciation intergénérationnelle à travers des mouvements d’imitation et d’opposition. Nous constatons que les relations entre les différentes générations ne sont pas toujours sereines, qu’un défaut persistant de reconnaissance mutuelle génère des tensions, des conflits entre générations. Le caractère équilibré ou déséquilibré des relations intergénérationnelles fait l’objet d’appréciations subjectives qui ne sont pas toujours concordantes. Par exemple, les jeunes générations demandent une réciprocité relationnelle, ils considèrent qu’une bonne relation avec leurs aînés doit être de nature égalitaire, et ils peuvent être amenés à remettre en cause la légitimité de leurs aînés.
Les échanges intergénérationnels sont en grande partie conditionnés par les sentiments d’obligation et de loyauté qui structurent les rôles et les attentes de chacun. L’obligation est considérée comme l’attitude d’abnégation que les enfants sont supposés avoir envers leurs parents. La loyauté relève de la reconnaissance (ou la méconnaissance) de ce qu’on donne et de ce qu’on reçoit entre les membres de la famille. Ces échanges répondent aux principes d’équité, de réciprocité et de justice, autrement dit à la proportionnalité entre ce qui est donné et reçu, à la circularité des dons et au respect des besoins individuels.
Les relations intergénérationnelles semblent aujourd’hui davantage marquées par les conflits que par l’échange. Le manque de communication entre les générations peut susciter un sentiment d’abandon, de non-reconnaissance, de solitude. Certains individus ne savent plus ce qu’ils doivent transmettre et comment le transmettre, ils ne savent plus quoi faire de leur héritage, et parfois la différence intergénérationnelle tend à être abolie.
Vous reconnaissez-vous comme appartenant à une génération spécifique et une filiation singulière ? Quelle est votre représentation des relations intergénérationnelles ? Comment faire pour se dégager des conflits entre générations ?

 HG : Impossible de ne pas donner mon point de vue sur un tel thème, d’autant que les consultations me bloqueront pendant la séance. Je crois être le seul représentant de ma classe d’âge au sein des groupes, le seul qui ne soit pas encore mis de côté par l’effet d’une retraite professionnelle. Mais rassurez-vous, je ne vais pas donner un point de vue en commençant par « De mon temps ». Je vais privilégier la question de la transmission posée par la conclusion de mon livre « Vivre après l’alcool. Clés pour devenir acteur de ses choix.
La transmission entre générations vaut pour les fondamentaux du langage : lire, écrire, compter. Le numérique procure une autonomie et une facilité artificielles de ce point de vue, tout comme pour les repérages, ne serait-ce qu’avec le GPS. Il suffit de taper le nom, de l’enregistrer. La représentation géographique n’a plus lieu d’être. L’Histoire n’est plus un sujet d’examen contradictoire etc. La politique ne mérite même plus un spectacle de marionnettes…
La transmission est en question pour ce qui n’a pas marché dans le cours de l’Histoire passée. Je lis en ce moment un ouvrage d’une vieille dame, psychanalyste, qui vit à Strasbourg, Charlotte Herfray (« Les figures d’autorité », érès, Arcanes, 2015). Nos points de vue convergent. Elle met notamment l’accent sur un phénomène qui m’a traumatisé, à titre individuel, dès que j’ai été en âge de réfléchir : le fait que la Shoah ait été possible dans un Occident cultivé. Sans doute, la Première guerre Mondiale avait-elle été une boucherie inégalée, à l’initiative des impérialismes rivaux. Elle a donné lieu à des crimes de guerre. Mais, avec la Shoah, il a fallu créer une notion juridique nouvelle, celle de « crime contre l’humanité ». Il ne s’agit nullement dans mes propos d’un quelconque sentiment antiallemand. De tout temps, des génocides ont eu lieu et auront sans doute lieu. Nous avons tous été complices, par nos aveuglements sélectifs et par nos silences, en Occident, tous. Le film Amen de Costa-Gavras le démontre clairement. Un des devoirs des anciennes générations est de pratiquer un devoir de mémoire critique qui serve aux jeunes générations. Mai 68, malgré les commémorations, n’a pas donné lieu à un effort analogue d’analyse critique. Trop de bénéficiaires de cette révolution des mœurs, reconvertis au libéralisme financier, sont encore au pouvoir. La Pensée conforme qu’ils imposent a bénéficié de l’élan formidable apporté par les nouvelles technologies. La mondialisation et l’idéologie de la consommation ont fait le reste, désorganisant les esprits et les groupes d’appartenance, mettant hors-jeu des pans entiers de la jeunesse.
Pour ce qui est des addictions, il serait facile de distinguer entre générations en termes de modes de consommation, de types de produits ou d’activités. Mais quel intérêt, au fond, si, de toute manière, les politiques nationales et européennes maintiennent les conditions de la poly-addiction ?
Plutôt que dire : « Ne faites pas ce que nous avons fait » ou « Prenez-exemple sur nous », l’attitude souhaitable est de se dire : Que pouvons-nous faire, les uns et les autres, pour que ce Monde soit moins débilitant ? Et, dans cette perspective, des complémentarités peuvent se faire jour.

 

Jeudi 31 Mai 2018

Bénédicte S.

L’étymologie du mot « séparation » renvoie à la privation, à l’éloignement, mais aussi à la préparation. La séparation impose de faire face au manque, à l’absence, à la rupture, à la perte, au renoncement, et aux réaménagements psychiques qui s’ensuivent. Elle peut être choisie ou subie, temporaire ou définitive.

Le processus de séparation engendre fréquemment des sentiments de tristesse, de culpabilité, d’anxiété, d’incompréhension, de colère, de solitude, ou encore d’acceptation et de soulagement. Ce processus se décline souvent en trois phases successives similaires au processus de deuil : une phase de protestation, une phase de désespoir et une phase de détachement.

Plusieurs raisons peuvent être la cause d’une séparation : un éloignement physique, un décès, un désaccord profond qui perdure, un besoin de changer, un manque d’affinités, le fait ne pas se sentir à sa place, la réalisation que quelque chose à quoi on tenait nous est nuisible…

Nous considérons souvent les effets de la séparation comme des désagréments à neutraliser, à éviter, à compenser, surtout lorsque la séparation s’accompagne d’une angoisse d’abandon. Pourtant, la séparation constitue un processus fondamental dans la construction identitaire, qui soutient le processus d’individuation, puisqu'elle nous amène à se dégager des relations d’emprise et de fusion, à construire sa propre pensée, et à trouver sa place dans le monde.

Comment vivez-vous la séparation ? Quels sont les séparations qui ont été (ou sont encore) les plus difficiles pour vous ? Comment faites-vous pour accepter une séparation ?

 

Jeudi 24 Mai 2018

Bénédicte S.

La procrastination désigne le fait de remettre à plus tard ce que l’on s’est engagé à faire maintenant, dans le moment présent. Elle peut correspondre à un versant de l’acrasie, c’est-à-dire le fait d’agir à l’encontre de son meilleur jugement. La procrastination revient souvent à repousser des choses ennuyeuses pour privilégier ce qui nous fait plaisir. Parfois, elle porte plutôt sur le report d’activités plaisantes, en choisissant de s’occuper en premier lieu de nos obligations.

La procrastination diffère quelque peu de la paresse, car le fait d’être un procrastinateur ne nous empêche pas forcément d’être actif et productif, donc de faire quelque chose d’utile et satisfaisant.

Pour certains, la procrastination peut prendre une forme pathologique dès lors qu’elle perturbe profondément la vie de la personne et qu’elle provoque une souffrance psychique, au point de vivre dans un état de stress permanent. L’individu ne savoure plus ses moments d’inactivités, qui sont hantés par la pensée des tâches qu’il devrait accomplir et la culpabilité de ne pas être en train de faire ce que l’on est censé faire, que ce soit des tâches agréables ou désagréables.

On peut justifier nos conduites de procrastination parce qu’on manque d’informations pour prendre une décision, parce qu’on souhaite se laisser le choix le plus longtemps possible, parce que ne pas se décider apparaît comme la solution la plus simple pour ne pas se tromper, parce qu’on préfère attendre qu’un problème se résolve tout seul….

Que pensez-vous de la procrastination ? Vos conduites de procrastination vous font-elles souffrir ? Quels moyens utilisez-vous pour lutter contre la procrastination, ou du moins vous en accommoder ?