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Lundi 23 septembre 2019

Cette réflexion, « Je ne suis pas à ma place », a récemment été prononcée par un patient, suscitant une mise en éveil. Elle a fait immédiatement écho à une réplique mémorable du film « Très bien merci » d’Emmanuelle Cuau. La plupart des familiers de l’AREA sont au courant de l’anecdote relative à ce film. Par un concours de circonstances propres à l’état des relations humaines en milieu urbain, un homme se retrouve abusivement enfermé tout un week-end dans un hôpital psychiatrique, après y avoir été conduit par un fourgon de police. Quand il rencontre enfin la psychiatre le lundi matin, la protestation fuse : « Docteur, je ne suis pas à ma place ! ».  Dans la majesté de sa fonction, attestée par sa blouse blanche, la praticienne daigne lever les yeux de ses dossiers et lui répond : « Monsieur, ici, tout le monde est à sa place ». L’anecdote, rapportée dans le « Cinéma comme langage » est que cette scène présente dans la version diffusée en salle fut coupée dans la version DVD pour un plus large public.

En l’occurrence, ce patient n’avait pas tort. Après une carrière honorable conforme aux attentes familiales, les progrès de sa dépendance alcoolique l’avaient déclassé. Après divers revers de fortune qui l’avait mis en endettement, non sans menace de prison, il devait se satisfaire d’un emploi particulièrement déqualifié, complétant une pension d’adulte handicapé, déterminée par son état dépressif et alcoolique. Il pouvait ainsi aller de cure de sevrage en établissement de postcure, sans autre bénéfice que des pauses dans son parcours malheureux. Par sa déclaration, il me signifiait une difficulté jusque-là masquée : son homosexualité latente. Les enfants qu’il avait eu ne changeaient rien à cette réalité, pour lui, honteuse. En bref, il avait raison d’estimer qu’il n’était pas à sa place.

Est-ce si évident que cela de se sentir à sa place dans le monde tel qu’il est, compte tenu de nos besoins élémentaires, tels, par exemple, qu’ils ont été hiérarchisés dans la pyramide de Maslow : besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance, d’estime, d’accomplissement.

Comment analysez-vous le thème-titre pour ce qui vous concerne ?