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Cohérente incohérence

 

Novembre 2020

À première vue, les prescriptions relatives à ce second épisode de confinement sont incohérentes. Dans quelle mesure il est possible de concilier les « impératifs économiques », mais également sociaux, et le contrôle de l’épidémie est une vraie question.

Les mois écoulés auraient dû permettre d’intégrer, en les adaptant à chaque situation, les gestes-barrières présumés efficaces. Les consignes prononcées à l’occasion du nouveau confinement montrent que l’expérience et le bon sens n’ont pas été davantage pris en compte qu’en février dernier.

Ainsi, le fait qu’un couple travaille conduit à la reprise des activités scolaires. La récupération et la garde des enfants exige l’intervention des grands-parents (donc une population donnée à risque) pour une cohabitation transitoire et répétée.

Dans les agglomérations, et à certaines heures, les distances ne peuvent être respectées dans le métro. Les Grandes surfaces peuvent fonctionner, alors que les petits commerçants chez lesquels les règles de sécurité sont faciles à appliquer sont dans l’obligation de fermer avec la perspective de mettre la clé sous la porte.

Une des caractéristiques révélatrices de ces mesures s’illustre dans le contraste entre la fermeture des librairies et les pleins pouvoirs donnés aux commandes virtuelles par le biais des GAFA.

En matière d’activités sportives, le principe de précaution a vidé les stades de leurs spectateurs, ruinant l’économie des clubs et détruisant ce lien social festif ; pourtant, nul besoin de se toucher ou de quitter son masque, assis sur une travée. L’interdiction du sport en campagne (marche, jogging, vélo) est proscrite alors que précisément ces exercices sont non seulement inoffensifs mais encore indispensables pour notre équilibre mental et notre santé physique.

Par ailleurs, le personnel soignant manifeste. Les recrutements et les équipements supplémentaires justifiés par le niveau très insuffisant d’immunité passive de la population (encore moins de 20% de la population contre 66% nécessaires), ne sont pas intervenus. Les experts n’ont pas cessé de mettre en avant la nécessité d’études contrôlées pour valider une approche thérapeutique, alors que le bon sens suffit à donner une solution ou à trouver un compromis acceptable entre la prudence, le risque et la nécessité de vivre.

Quelle cohérence trouver à cet assemblage hétéroclite d’incohérences ?

La grille d’interprétation politique se révèle la plus contributive. Tout se passe comme si le Pouvoir utilisait les conséquences économiques sociales et psychologique de la pandémie pour mettre en œuvre des mesures que la population n’aurait jamais acceptées dans une période normale.

Nous retrouvons, avec ce traitement incohérent de la pandémie les ingrédients présentés par Naomi Klein dans sa stratégie du choc. À la faveur d’un événement déstabilisant, le Pouvoir utilise à la fois la peur et l’incohérence pour neutraliser tout esprit critique dans la population, la soumettre et engager de façon accélérée des changements estimés nécessaires pour maintenir un rapport de domination et de contrôle sur la population, en des temps jugés difficiles. Le Pouvoir vérifie ainsi avec quelle facilité il peut obtenir la soumission du plus grand nombre.

Il est clair que la pandémie permet une accélération de la structuration économique à l’échelle internationale. Le discours sur l’indépendance économique n’est pas crédible face à la mondialisation économique et à la mainmise des géants du numérique sur les moindres aspects de nos vies. Dans ce contexte, l’intérêt général, les aspirations démocratiques et l’urgence de réinventer une économie et une vie collective prenant en compte les menaces de l’Anthropocène, peuvent être efficacement occultés. La fuite en avant se perpétue.

Pour ce qui nous concerne, nous allons nous employer à maintenir les activités d’accueil et d’accompagnement que nous estimons indispensables.

Nous proposons un sauf-conduit, signé et tamponné, qui permet, face aux contrôles de police, de justifier un déplacement pour des consultations, des entretiens ou des activités collectives indispensables, respectueuses des règles de sécurité validées par l’expérience (masque, respect de la distance pour les dialogues, nettoyage de la table en fin de séance, aération de la salle pendant quelques minutes).

Parallèlement, nous proposons une attestation de promenade en campagne à celles et ceux qui en tirent avantage pour leur équilibre mental.

Pour nous, le principe de précaution peut s’accommoder aisément de la sauvegarde d’une partie appréciable de la vie relationnelle. Ces diverses dispositions attaquent également la liberté de réunion. Il appartient à chacun de prendre ses responsabilités en faisant jouer esprit critique et devoir de solidarité.