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Les fiches livres

Il faut parfois trahir

Kamel Daoud

Il faut

Parfois

Trahir

Tracts Gallimard n°67

3€90, 63 pages

 ilfautparfoistrahir

Nous nous étions appliqués à proposer une analyse de Houris qui a valu le prix Goncourt à Kamel Daoud, en 2025. Notre travail pour ce Tract, qui prolonge la notoriété acquise par cet auteur de la maison d’édition Gallimard, en sera simplifié. Qu’apporte-t-il de plus ?

L’essai répète obsessionnellement une phrase inachevée, à usage contrasté : « Un arabe reste un arabe, même si… ». L’auteur revendique ainsi, de façon provocatrice, le qualificatif de traître, de traître à la cause algérienne et, plus particulièrement, à la cause islamiste que véhicule la bannière de l’identité « arabe ». Ben Bella, premier président de l’Algérie nouvelle, lança à la face de Bourguiba, le président tunisien progressiste de ce temps,: « Nous sommes arabes ; nous sommes arabes, nous sommes arabes », invitant ainsi à « l’enfermement identitaire » (p21). Il revenait d’Egypte, où il avait rencontré Nasser, le père du panarabisme.

Dans la même page, cette remarque : un « traitre peut s’avérer plus nécessaire à une religion qu’un Dieu » (p21).

Les chrétiens peuvent comprendre la justesse de cette observation, avec l’usage qui a été fait de Judas par la Sainte Eglise apostolique et romaine. La différence est qu’un chrétien se reconnaît dans ce Judas qui lui ressemble tant. Ce n’est pas tant parce que Judas est vénal – beaucoup le sont plus que lui, en moyenne, toutes hypocrisies sociales confondues. Judas a cru, en zélote (en activiste), que Jésus serait le chef charismatique de la rébellion contre Rome. Malheureusement pour les colonisés juifs de ce temps, Jésus était avant tout un rabbin ouvert aux stigmatisés. Il ne supportait pas l’esprit mercantile, la bonne conscience des « observants », les castes parasitaires des Sadducéens et de leurs scribes, les Pharisiens, spécialistes de la Loi, qualifiés de fourbes et d’hypocrites.

Daoud fait remonter son récit à un ancêtre présumé, un glorieux soldat de l’Armée française, à la poitrine couverte de médailles, le colonel Bendaoud, avant même la seconde guerre mondiale (ce soldat mourut en 1912). Une des légendes à son propos dit qu’il se suicida après avoir entendu cette sentence méprisante, prononcée par un supérieur blanc de blanc, un jour d’inspection : « un arabe reste un arabe, même si… ».  Le gouvernement algérien a en a fait un équivalent de Pierre Laval. Les politiques et les imans algériens diabolisent ainsi ; de nos jours, celles et ceux qui ne haïssent pas la France.  Certains islamistes ont même fait dire la phrase-sentence à De Gaulle, alors que le « traitre » était mort en…1912.  De Gaulle n’avait pas achevé Saint-Cyr. Il avait 22 ans…

« Aujourd’hui en Algérie, l’arabité réactivée en inquisition exclut la diversité, l’universalité, aggrave les communautarismes et ses aveuglements ». (p22). Ce que valide une pseudo-gauche qui fait sienne les travers qu’elle attribue aux autres.

Un théologien algérien, Larbi Tibsi, affirme hardiment : « La France est la mère des maux, que celui qui vit vive avec de l’inimitié contre la France, et que celui qui meurt emporte cette inimitié avec lui dans la sépulture ». (p22).

Daoud mentionne la mort de Rahid Minouni, « de désespoir, de lucidité et d’alcools » en février 1995, pendant la guerre civile (1992 – 2002 : entre 150000 et 20000 morts). Il cite le parcours de Malek Hadad, auteur remarqué d’un essai sur Paul Eluard (« Liberté, j’écris ton nom »). « Repenti », il préféra cesser d’écrire plutôt que continuer à publier des ouvrages en français.

« On questionne souvent le sous-développement en Algérie, le blocage de tout avenir progressiste, de tout pluralisme linguistique ou culturel, de toute tentative pour renouer avec sa propre histoire et le réel qui la perpétue » (p23).

Qu’est devenue l’Algérie depuis son indépendance, en 1961 ? Les européens, à l’œuvre depuis plusieurs générations, chassés sous la menace - « la valise ou le cercueil » - l’avaient fait passer à l’ère moderne. Il y avait un petit peuple laborieux d’origine européenne dans les villes. L’agriculture était superbe. J’en ai gardé des souvenirs émerveillés d’enfant, quand je quittais mon quartier à maisons basses et terrains vagues, pour accompagner mon père poser, avec un ou deux ouvriers, une charpente métallique de plus, en campagne. Les ressources minières, en gaz et en pétrole, étaient considérables. Les grandes puissances et leurs firmes les convoitaient.

Il n’y avait cependant pas d’intégration culturelle et religieuse, c’est-à-dire d’émergence d’une laïcité égalitaire, quel tant d’autres peuples, venus de divers horizons ont accepté, sans barguigner, dans leur propre intérêt. De ce point de vue, la politique française a été un échec inévitable. Il était sain que les routes se séparent.

J’avais été perçu comme un traître à cette époque, refusant la violence et l’inimitié, en ayant exprimé, ma préférence pour l’indépendance / séparation, en dépit de mon ignorance politique de lycéen.

Un ami de mon père avait dit à mon propos que « j’étais passé de l’autre côté », alors que j’étais en première année de médecine à Montpellier, subissant en silence, dans l’amphi, avant les cours, les propos bien-pensants à la cantonade des autres étudiants petits bourgeois qui restituaient les opinions d’un hebdomadaire progressiste. Je pensais, silencieusement, que nous avions mené à bien la modernisation de l’Algérie.

J’étais satisfait du départ sans retour vers ma patrie culturelle de toujours, la France, que j’avais eu la chance de découvrir et d’aimer, dès l’enfance. L’opposition entre les français de souche et les français de « désir » m’a paru, depuis, bornée et condescendante.

Je suis, depuis le cours préparatoire, en dépit de mon nom connoté, comme celui de Daoud, un français de langue, de culture et de paysages et d’histoire.

Je comprenais la douleur de mon père, le déraciné. Un de mes grands regrets est de ne pas le lui avoir exprimé. Je n’avais pas les mots, pas plus que lui. En avait-il besoin ?

Je n’ai cessé ensuite de « trahir » pour rester fidèle à ce que je croyais bon, tout en continuant à subir, à ma place, la loi du Marché, la lutte de classe en France, et le sort de ceux qui avaient opté pour le pas de côté.

Le choix alcoologique m’a donné les moyens de rester ce que je devenais. Je participe à la vie d’un groupe solidaire, pluriel, tolérant, uni par la réflexion critique, le souci de l’épanouissement individuel et de l’intérêt général.

Daoud dit la souffrance d’une stigmatisation croisée, d’une assignation identitaire. Il est reconnu, à présent. Il a rejoint, par son talent, ceux « d’en haut ». Tout le monde ne peut pas en dire autant.

Le combat continue, face aux réalités, chacun avec ses capacités, son éthique et ses rêves.

Qui veut encore des Professeurs ?

Philippe Meirieu

Qui veut encore des

Professeurs ?

Seuil / Libelle

5€90, 53 pages

 quiveutencoredesprofs

Une cinquantaine de pages pour traiter de l’état du système éducatif, c’est peu, mais mieux que rien puisque l’auteur de ce libellé (court extraits critique) est un professeur honoraire des sciences de l’éducation.

En parcourant les pages et en surlignant les phrases les plus signifiantes, dans une salle d’attente, j’ai eu la sensation douloureuse qu’il était question de notre propre pratique dans le champ des addictions.

Les petites phrases utiles

  • Le professeur « n’est pas le répétiteur d’une vérité toute faite » (p7)
  • La novlangue de « l’école efficace » et du « développement personnel » sature l’espace public. (p8)
  • Pour la plupart des parents, la scolarité est une course d’obstacles, aux règles opaques (à la recherche) des « bonnes » filières pour les « meilleurs » diplômes, quelques autres assurés de cet objectif, visent en plus les écoles « alternatives » pour le bien-être de leurs rejetons.
  • Le professorat n’en est pas au stade du baby-sitting; mais il s’en rapproche.

Contractuels ou vacataires n’ont pas à s’en faire, les nouveaux venus disposent d’une multitude d’instructions ministérielles, accompagnées d’un ensemble de protocoles, élaborés par les meilleurs scientifiques, ainsi que de quelques prothèses technologiques qui devraient leur permettre de gérer efficacement leur classe (p9).

  • Les professeurs subissent un déclassement financier et social (p10).
  • L’école reste une affaire de rencontres imprévisibles avec des sujets singuliers aux comportements souvent inattendus (p11).
  • L’idéologie des « bonnes pratiques » laisse entendre que nous aurions enfin trouvé les recettes miracles du métier (p13).
  • Ne manquent pas, « les partisans de l’Evidence Based Education: en s’appuyant sur les recherches en psychologie cognitive et en neurosciences, en expérimentant en laboratoire les différentes méthodes pédagogiques, en collectant et comparant les données émanant des évaluations, ils prétendent pouvoir élaborer des protocoles à vocation universelle prescrits aux enseignants du primaire les outils afin que leurs élèves apprennent non seulement à lire et à compter mais également à fixer leur attention, de mémoriser et à s’organiser (p14).
  • Une suspicion se précise à l’égard des « héros du quotidien qui « partent au front » tous les matins à la reconquête des territoires perdus de la République. Il y a doute sur leur niveau culturel moyen, doute sur leur capacité à télécharger les mises à jour des connaissances à faire connaître, d'autant que les élèves disent leur préférence pour écouter directement des vidéos (p15).
  • Il est temps de mettre fin à un dispositif scolaire mis au point par le réactionnaire Guizot, suppôt de l’immonde bo (p17)
  • L’enseignement mutuel n’est pas assez pratiqué, même s’il déplace l’esprit de compétition d’un individu à un groupe. (p17)
  • Le temps des start-up destinées à s’occuper des élèves dont les familles ont les moyens est arrivé depuis un grand moment. « Mais elles restent de modestes artisans face aux ambitions affichées des grands industriels du numérique ». Les GAFAM proposent des plates-formes de cours en ligne.

Chaque élève, du plus au moins doué, du plus travailleur au plus paresseux, peut « à son rythme, avec des entraînements à volonté et des tests réguliers, effectuer toutes les acquisitions nécessaires (p19).

  • Grâce à l’élaboration de « systèmes intelligents », il sera possible d’élaborer un programme et de réguler les apprentissages sans le secours d’auxiliaires humains » (p19).
  • Il restera à organiser des haltes-garderies pour enfants apprenants, (avec des robots parlants ? ) pour permettre aux parents de vaquer à leurs innombrables occupations. Soyons optimistes, il sera possible de dépasser les prévisions d’Aldous Huxley pour le « meilleur des mondes ». (p19)
  • « La songerie techniciste a une caractéristique extraordinaire : au nom même de sa foi dans les progrès de la science censés résoudre tous les problèmes, elle attribue toujours ses (monstrueux) ratés à son développement insuffisant. Comme les autres dogmes, le scientisme, en une fausse modestie cache une immense prétention, rien ne peut arrêter sa fuite en avant (p20,21).
  • Dans « l’école du futur », esquissée par l’occupant actuel de l’Elysée, il s’agit de « donner plus et mieux à ceux qui savent se vendre» et où se cultive l’entre soi » (p25).

Et, oui, une vingtaine de pages parcourues. Elles accumulent des formules critiques vigoureuses, et il est difficile de contenir un sentiment de colère à l’encontre de tous ces ânes (pardon pour l’animal), aussi prétentieux qu’hypocrites, qui manifestent leur soumission à tout ce qui ouvre au profit du capitalisme de plateforme.

Plus loin, cette référence à Paul Ricoeur (p36/37) : « Qu’est-ce que je fais ? Je parle. Je n’ai pas d’autre dignité. Chaque matière suscite une manière de parler ». « La matière du savoir n’est pas un objet inerte ; elle est une mise au travail intérieure du professeur (du soignant ?) sur laquelle les élèves (les patients, les participants) établissent leur propre mise en travail » (p37)

Une précision sur les salaires : (qui vaudrait pour les praticiens de base et tant d’autres) : « alors qu’en 1990, un professeur des écoles débutant percevait l’équivalent de deux fois le salaire minimum, le ratio est tombé à 1,2. (p47)

Les adolescents d’aujourd’hui (et d’hier ?) sont tentés « de se socialiser dans la transgression » (p49).  Ainsi se produisent, faute d’interlocuteurs et de perspectives, des faux-révolutionnaires et des vrais consommateurs compatibles avec le système deshumanisant.

Ce témoignage de souffrances professionnelles s’achève sans décrire de stratégie alternative accessible.

Nous savons qu’il est inutile d’attendre de bonnes réformes d’en haut.

La réponse, pour nous, est d’effectuer nous-mêmes, au quotidien, le travail nécessaire pour nous cultiver, écouter et ne cesser d’apprendre, développer les solidarités au-delà des appartenances tribales, partager les connaissances que nous croyons utiles, dialoguer avec ceux qui sont prêts à cet exercice.

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