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Les fiches livres

Cyberpunk - Le nouveau système totalitaire

Asma Mhalla

Seuil

19€

200 pages

Cyberpunk Le nouveau systeme totalitaire

 

Asma Mhalla est une essayiste franco-tunisienne, née en 1984 (année remarquable de circonstance !), spécialisée dans l’analyse du Totalitarisme numérique.

Mieux vaut préciser d’emblée un point important de vocabulaire. Le concept de totalitarisme est de loin le plus pertinent pour analyser les pouvoirs systémiques antidémocratiques. Il permet de comprendre la matrice de l’ensemble des phénomènes de domination politique qui ont existé, existent et se développeront encore sur notre planète. Le terme de fascisme suscite des confusions et des distorsions de signification. Le fascisme se réduit, historiquement, au franquisme espagnol, avant tout anti-communiste et inféodé à un catholicisme réactionnaire, et au fascisme de Mussolini, un tantinet plus bouffon et nettement moins sanglant. Nous sommes redevables à Hitler et à sa bande du nazisme génocidaire, un modèle d’organisation tourné vers l’efficacité, via la propagande et la terreur.

Staline a inauguré les dictatures déporatrices au prétexte du marxisme-léninisme. D’autres ont instauré des dictatures se réclamant de Mahomet. Le totalitarisme peut se mettre en place, avec ou sans théâtralité.

Le contenu de l’ouvrage de Mhalla n’est guère engageant. Il décrit avec une précision convaincante, et beaucoup d’anglicismes, la collusion-confusion entre le pouvoir politique incarné par Trump et le pouvoir numérique illustré par Musk.

« Ceci n’est pas une crise de la démocratie mais le glissement vers un nouveau régime. Nous sommes confrontés à un Léviathan à deux têtes. L’une organise le show pendant que l’autre code le système. »

« Le futur est déjà là » déclarait William Gibson, auteur de science-fiction, appelé Cyberpunk.

En référence au monde d’Huxley : « la cage de fer technologique est omniprésente, quadrillant un monde surpeuplé, sur-pollué, où errent des individus désabusés et isolés dans des mégapoles désenchantées » (p19).

Ce qu’elle appelle avec d’autres le « techno-fascisme », consacréel’alliance entre le Big State et le Big-Tech. (sans oublier les médias main stream.)

On retrouve au passage un de nos concepts avec le « darwinisme sociétal » (p22).

La « monarchie des cinglés » se met en place.

« La Chine est le modèle : impérialisme + protectionnisme ». (p51).

Le rêve dérisoire et pathétique de l’immortalité de l’élite (p55).

Un nouveau régime attentionnel (p117): « La saturation comme nouvelle expression politique de la censure ».

Arendt distinguait deux types de vérités, les vérités factuelles (ce qui s’est réellement passé, et les vérités rationnelles (logiques et philosophiques) (p121).

Le DOGE (Department of Government Efficiency) a donné aux “élites” le pouvoir par des coupes budgétaires et des licenciements », en octroyant des marchés à ses propres entreprises et aux autres entités économiques amies. Les « agences luttant contre la désinformation, comme le Global Engagement Center, ont été fermées ». Le DOGE a rencontré peu de résistance (p133).

Quelques dizaines de jours ont suffi à « détricoter l’Etat » (p136).

« La dérèglementation massive et la politisation de l’appareil d’Etat participent à la privatisation du pouvoir politique au profit de quelques acteurs stratégiques privés ». Le politique s’hybride avec le pouvoir technologique et financier. (p141).

La capacité de collecte, de croisement des données sont bien supérieures à celles des polices secrètes historiques (Gestapo, Stasi).

L’explosion des maladies mentales sera proportionnelle à l’augmentation technologique des cerveaux. Le malheur du monde du « bas » est invisibilisé. Plus on technologise une société, plus on la rend vulnérable.

« Surveillance permanente, altération des perceptions, effacement des citoyens devenus instruments dociles (p153), plus on technologise une société, plus on la barbarise. (p151)

La conclusion du livre est d’un optimiste relatif, le nôtre.

« Dire non se révèle salvateur du reste, c’est le refus de l’abus, de la servitude, de l’esclavage, de la mort intérieure, du gâchis et de l’absurde.

Les réponses : la réflexion, l’observation, les rencontres, le nous qui s’impose aux « on », le refus silencieux d’obtempérer, l’amour de la liberté et le sens du fraternel.

L’essai s’achève par quelques définitions et références livresques utiles.

Les Deux Occidents

Mathieu Bock-Côté

La Cité

287 pages – 22€

 

Les Deux Occidents De la contre revolution trumpiste a la derive neosovietique de l Europe occidentale

Dans la série des auteurs avec lesquels il est difficile de s’accorder, figure Mathieu Bock-Côté, présenté comme un sociologue attaché à la philosophie libérale. Il est connu pour être chroniqueur politique pour une chaîne TV. Une fois, la lecture de cet ouvrage achevée, que pouvons - nous dire ?

Le titre pose un problème. Pourquoi Deux Occidents, pourquoi ces majuscules ? L’auteur ne définit pas, ce qui est dérangeant. Il aurait pu opposer plus clairement deux types de libéralisme, le néolibéralisme globaliste et le libéralisme protectionniste, soit deux conceptions politiques que les USA ont fait vivre, selon les périodes de l’histoire, depuis qu’ils sont devenus une grande puissance. On croit comprendre que ses préférences vont à ce qu’il appelle le « libéralisme libertarien », incarné notamment par Elon Musk, associé un temps à l’actuel président Donald Trump. La mainmise et les conséquences du numérique sur nos vies ne le dérangent apparemment pas.

Il s’en prend, à longueur de pages, à l’Etat-Providence. Je suppose, cependant, qu’il sait ou saurait faire un bon usage du système de santé français, en cas de besoin.

Mathieu Bock-Côté est québécois d’origine et favorable à l’indépendance de cette province du Canada. Qu’est-ce que cette aspiration signifie en termes de monnaie, d’indépendance économique et politique ? Quelles conclusions en retire-t-il pour notre pays ?

Son parti pris politique pose Giscard d’Estaing en défenseur du territoire français alors que ce président, européiste et libéral convaincu, a été celui qui a décidé du regroupement familial en France des familles d’algériens venus travailler en France. Son œuvre principale a été de susciter la Constitution d’une Europe transformant les vieilles nations en provinces. L’essai ne rend pas compte des différences entre nations européennes. Il n’existe pas davantage d’analyse structurelle des institutions européennes, des intérêts qu’elles servent et des raisons qui ont abouti à la situation actuelle, qui l’entretiennent et qui l’aggravent.

Nous sommes désormais habitués aux communicants disposant d’une mémoire sélective et polémique. Ainsi la bureaucratie est, selon lui, la marque du soviétisme, ce qui permet de faire rêver à la politique ultralibérale de Milton Fridman où les seuls fonctionnaires utiles seraient les policiers et les soldats.

Néanmoins, cet ouvrage contient de nombreux passages amusants, tel l’extrait d’intervention de J.D. Vance, membre du Gouvernement Trump, en février 2025, à Munich : « Car la menace qui m’inquiète le plus vis-à-vis de l’Europe n’est pas la Russie, ce n’est pas la Chine, ce qui m’inquiète c’est la menace de l’intérieur : le recul de l’Europe sur certaines de ses valeurs les plus fondamentales. » (p77). Il aura pu citer l’étrange comportement des pirates familiers des albums d’Astérix : quand le menace approche, les pirates préfèrent saborder eux-mêmes leur bateau.

 Nous pouvons rejoindre son analyse de « l’extrême-centre » acquise au globalisme économique. Il précise : « Une société intégralement déspiritualisée et déracinée, en sachant plus regarder le ciel et ne se reconnaissant plus d’ancrage, bascule dans l’instabilité psychologique, prélude à son effondrement psychique. L’extrême-centre tend () à psychiatriser à grande échelle sa population » (p137).

Nous pouvons le dire autrement, avec la référence aux addictions, l’Etat néolibéral, fort d’une bureaucratie numérisée et de médias évacuant tout sens critique, veille à anesthésier la population, à la mettre hors de portée de reprendre sa vie en mains.

« La guerre, ou simplement l’hypothèse de la guerre, sert toujours ceux qui la mènent, en disqualifiant la possibilité d’une dissidence intérieure, qui passe immédiatement pour une trahison ». (p 151).

« Nul doute, toutefois, que la transition énergétique aura aussi ses privilégiés, avec leur propre liberté de mouvement » (p156)

Yves Cochet, ancien ministre de Lionel Jospin a pu dire « Ne pas faire d’enfant supplémentaire, c’est le premier geste écologiste. Nous pouvons aussi adopter, limiter nos naissances nous permettrait de mieux accueillir les migrants qui frappent à nos portes » (p157).

Cette opinion d’un ministre de la Défense allemand : « La démocratie, cela ne signifie pas que n’importe qui peut dire n’importe quoi » (p84). Effectivement, quand on n’est pas n’importe qui, on peut dire n’importe quoi.

Cette charge contre « l’empire du milieu », nommé « l’extrême-centre » : « L’immigration massive a été en partie voulue par des intérêts catégoriels par l’oligarchie occidentale convaincue de l’interchangeabilité des populations et voyant dans l’afflux de ces populations une forme de subvention déguisée nécessaire pour le monde patronal et une petite bourgeoisie à la recherche de nouveaux domestiques et travailleurs à bas salaire. » p 243. Je ne suis pas certain que la petite bourgeoisie ait les moyens de s’offrir les services de domestiques ni que le « monde patronal » dans son ensemble ait le souci de rester sur le territoire pour produire français, à l’heure du globalisme.

A lire, comme un double exercice de l’esprit critique : pour ce qui est dit et pour ce qui n’est pas dit.

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