D’une Conférence à l’autre

Nous avons laissé la thématique des croyances et de la spiritualité, avec la satisfaction tranquille du devoir accompli. Gérard Ostermann a su capturer – captiver – un « public » attentif, un peu étourdi – hypnotisé  parfois, par la densité de ses références scientifiques et littéraires et de ses illustrations. Chacun retiendra ce qui aura fait écho en lui.

Cap, donc, sur les prochains objectifs.

Nous avons devant nous la troisième conférence de l’année sur Le déclin de l’Autorité, sous l’angle des addictions, avec Alain Eraly, sociologue et économiste. Plus compliqué, nous devons agréger, d’ici décembre, le cercle des décideurs (Clinique Rive-Gauche, groupements hospitaliers de ville, Assurance-Maladie – ARS), autour de notre façon d’appréhender la problématique alcoolique, à partir d’un dossier préétabli (Article 51) proposé aux innovations «efficientes», essentiellement ambulatoires. Dans cette affaire, le soutien explicite de la Société Française d’alcoologie est indispensable. C’est pourquoi, nous avons constitué un travail original sur le groupe intégratif, dans le cadre d’un concours proposé par la SFA.

Il n’est jamais simple de tenir sa place dans plusieurs compétitions à la fois. C’est pourtant le défi que nous avons à relever, en prenant en compte tout ce qui fait la vie des uns et des autres et que nous n’avons pas davantage le droit de négliger.

 

Ci-dessous, quelques photos prises lors de la conférence du 25 Octobre :

   

  

« Les médecins doivent rester les maîtres d’œuvre »

 

Tel est le titre d’un article de la Dépêche du Midi du 30 juillet 2018, relatant une interview du docteur Jean Thévenot, vice-président du Conseil Régional de l’Ordre des médecins. Le docteur Thévenot réagit à un rapport évoquant la perspective d’« établissements de santé communautaires ». Il oppose à cette orientation trois divergences que je me propose de commenter pour la pratique psy-alcoologique de ville.

La première est celle des ressources financières. Il n’est pas possible d’effectuer indéfiniment du bon travail en manquant d’argent et de professionnels. En second lieu, le fait que la nomenclature des actes ouvrant à une couverture sociale soit totalement inadaptée à une pratique alcoologique efficiente, ne signifie pas que la liberté du soin doive être soumise au pouvoir discrétionnaire d’une administration, fut-elle associative. Mon confrère souligne : « Les médecins doivent devenir les maitres de leurs projets médicaux et non les subir. Ils doivent rester les maitres d’œuvre ». Il continue par un vœu qui devrait cesser d’être pieux : « La priorité de la politique de santé devrait libérer les médecins des taches administratives pour qu’ils puissent se consacrer au soin et aux patients en confiant la gestion des papiers aux secrétariats ou aux structures administratives. Bref redonner du temps médical aux soignants ». Le fait que les actes professionnels les plus profitables ne soient pas reconnus et soumis à remboursement contraint les professionnels à dépenser du temps et une énergie folle à rédiger des dossiers de demande de subvention, la forme l’emportant sur le fond. Les Pouvoirs publics s’interdisent la méthode la plus simple et efficace pour aboutir : se mettre autour d’une table, dialoguer, chiffrer et, ensuite, rédiger le document contractuel.

Un paragraphe de l’interview concerne le recrutement des futurs médecins. Le docteur Thévenot ajoute, à propos de la pénurie extensive des praticiens que « le recrutement des médecins étrangers est un pansement que l’on met sur une plaie ouverte ». Ces considérations se vérifient avec une cruauté particulière en alcoologie clinique. Seules des consultations longues et complexes prolongées par une implication personnelle du professionnel au sein de groupes que nous avons appelés ‘‘intégratifs’’ pourraient constituer un commencement de réponse au désert actuel de l’accompagnement psy-alcoologique en médecine de ville.

Sous-payer ou ne pas payer des actes nécessaires, imposer un sous-effectif, faire appel à des professionnels insuffisamment qualifiés, faire négliger le cœur de métier au bénéfice de tâches qui n’ont rien à voir avec ce métier placent les médecins des disciplines les plus ingrates – dont la médecine générale – dans une situation proche du burn out et de l’écœurement. La conscience professionnelle et la passion du métier ne survivront pas à cette maltraitance.

 

La priorité de la période est de savoir comment transmettre ce que nous estimons efficient dans l’aide à apporter aux personnes en difficulté avec l’alcool et de faire en sorte que la recherche clinique appliquée continue. Nous avons à rédiger, dans le contexte d’une nouvelle tentative d’aboutissement, une lettre d’intention à l’intention des Pouvoirs publics – a priori plus ouverts que par le passé – pour leur exprimer ce que nous sommes capables de transmettre et de quelle manière, sous réserve de disposer des moyens adéquats. Nous verrons bien. La pérennité et l’effet-modèle sont en jeu. Ce que nous proposons pourrait être repris par des cabinets de groupe libéraux, y compris de psychiatres, en ville, avec psychologues, psychothérapeutes et aidants bénévoles. Ce modèle pourrait être repris dans des structures hospitalières publiques.

Nous vérifions, aujourd’hui, plus que jamais, la justesse terrible de l’adage : « A ne pas avoir les moyens de son ambition, on finit par avoir l’ambition de ses moyens ».

Dans l’attente de cette nouvelle tentative de « solution du problème » et jusqu’à la prochaine assemblée générale de l’AREA-C3A à la mi-septembre, nous allons rejoindre nos quartiers d’estive, lire, écrire et découvrir de bons films dans l’attente de la reprise. Les activités propres à l’AREA seront suspendues d’ici là.

Bel été !

Henri Gomez

 

Séparation, deuil, continuité et renouveau

 Après 16 ans de bons et loyaux services comme inspiratrice et psychothérapeute du groupe des familiers, Rosane a fait valoir ses droits à « la retraite ».

Depuis le commencement de l’activité, en 1989, nous n’avons eu que deux psychothérapeutes pour couvrir ce besoin. Catherine Dangelser s’apprête à prendre le relais.

Rosane, comme Georges, a toujours été là, constante et discrète. Elle avait été intervenante, avec Margot B, à nos journées publiques. Elle ne les manquait pas, comme auditrice. Elle a eu l’occasion de participer à des rencontres avec l’Agence Régionale de Santé qui s’appelait autrement, à l’époque. Parmi le florilège des encouragements dont nous avons bénéficiés, elle avait pu entendre, avec le sourire, une des responsables administratives, que l’Administration ne voyait aucun inconvénient au contrat d’objectifs que nous lui proposions, à la nuance près que nous n’aurions, de sa part, aucun moyen pour les atteindre. Par la suite, les choses ont un peu changé, l’ARS nous procurait un budget correspondant à un dixième environ des besoins financiers incompressibles. Elle témoignait ainsi de sa bienveillance à l’égard des personnes en difficulté avec l’alcool et de leurs familles.

Pour sa dernière séance, Rosane propose un thème de circonstance, riche de réflexions possibles : le deuil. Ce thème fait d’ailleurs écho à la thématique de la dernière réunion de Bénédicte : La séparation. Á bien regarder, la conclusion de « Vivre avec l’alcool, devenir acteur de ses choix », dont le texte a été remis à l’éditeur érès pour une mise à disposition à la fin Août, fait explicitement référence à la transmission. C’est à Catherine Dangelser de prendre à présent le relais.

Nombreux parmi les participants des autres groupes de parole, sont ceux à avoir eu des enfants qui ont souffert de l’alcool, qui ont été concernés à leur tour par des conduites addictives. Ils avaient eu à se positionner, étant enfants, par rapport à des parents difficiles, notamment alcooliques. Nous leur demanderons, une fois n’est pas coutume, de participer à cette réunion sur le deuil. La séance illustrera la transmission, tout en précisant les attentes et les besoins. L’AREA donne donc rendez-vous aux adhérents intéressés par les interactions intergénérationnelles et les enjeux familiaux, à la réunion du mercredi 20 juin à 18 heures.

Au revoir Rosane, un grand merci, et…bonjour Catherine !

 

Le printemps de l’AREA

 L’AREA a célébré le renouveau du printemps à sa manière avec cette nouvelle forme de débat ouvert à tous les publics, en soirée, comme équivalent, en temps, d’une sortie au cinéma.

 Cette séance sur le thème des terrifiants ‘‘pièges de l’empathie’’ a rencontré un écho très favorable dont nous nous réjouissons.

 Elle nous a permis de donner le nom de notre ami François Gonnet, co-animateur de la soirée avec Jean Thevenot, président de l’Ordre des médecins haut-garonnais, à notre structure d’accompagnement de proximité qui devient donc le C3A « François Gonnet ».

 Le travail de reprise des contacts effectué facilitera celui justifié par le second débat de l’année autour d’un thème spécialement dédié à ceux qui pensent être en capacité de « résoudre le modeste problème de la mort », sous reprendre le sous-titre d’un ouvrage récent de Mark O’Connell1, centré sur les réalités de la maladie d’Alzheimer et sur la pensée transhumaniste.

Retenez dès à présent cette date et l’intitulé :

SPIRITUALITE, CROYANCES ET PROBLEMATIQUE ALCOOLIQUE

 Jeudi 25 Octobre, à partir de 19h45

 Avec le Pr Gérard Ostermann de Bordeaux

Et Henri Gomez de Toulouse

Comme pour la soirée sur l’Empathie, un opuscule d’une quarantaine de pages, rédigé pour la circonstance, sera mis à disposition.

 En espérant que le Ciel attendra2 chacun de ceux qui découvriront cet éditorial en forme d’annonce, soyez assez prudents de réserver votre place, lors de l’ouverture des inscriptions.

 

  1. M. O’Connel « Aventure chez les transhumanistes, » L’échappée, 2016
  2. « Le ciel peut attendre » de Ernst Lubitsch, 1946

 

Quelques photos-souvenir…

Du bon usage de la philosophie politique

Il est, en définitive, facile de distinguer les sources des malheurs du monde actuel et, de dégager de ce fait, des pistes d’action alternatives.

Notre choix de pratique psy-alcoologique a été d’élargir l’approche réflexive de la problématique alcoolique à tout ce qui la détermine, en utilisant l’ensemble des grilles de lecture susceptibles de l’éclairer. 

Il n’est pas possible de comprendre les « problèmes d’alcool » sans utiliser les grilles de lecture psychopathologiques, systémiques et familiales, psycho-sociales, mais aussi les approches scientifiques, économiques, politiques et philosophiques. Les personnes qui renoncent à leur part de liberté en se conformant à l’addiction, sont assimilables à une sorte de prolétariat anesthésié, et de surcroît disqualifié par l’Opinion.

Différents intellectuels ont mis en exergue les plaies de ce que nous appelons, par euphémisme, la société hypermoderne.

Cette évolution a été voulue par l’oligarchie financière. Elle épouse de multiples formes : le pillage des ressources naturelles alors que leur mise en valeur pourrait constituer de vraies alternatives, l’absence de politiques locales autocentrées de mise en valeur écologique, économique et humaine, la multiplication et l’entretien des guerres localisées, l’exploitation et l’oppression croissante des « travailleurs », salariés ou non. La mise en avant des idéologies rétrogrades, religieuses, sécuritaires mais aussi matérialistes, la manipulation éhontée des masses par la mise en avant du sordide, de l’événementiel et de l’insignifiance, l’effondrement des bases éducatives et culturelles d’une réflexion pertinente, la politique de division et de haine entre les peuples, les ethnies, l’exploitation éhontée des fragilités humaines par l’extension de l’offre addictive, la mise en place d’une société de contrôle social par la bureaucratie numérique, la substitution des relations réelles par le nombrilisme des réseaux sociaux, l’hypocrisie érigée en Morale complètent cet état du Monde.

Notre pratique alcoologique s’inscrit dans une logique de refus de cet inacceptable crépusculaire et dans une recherche des progrès accessibles, sans exclure qui que ce soit a priori. Nous nous retrouvons dans une situation analogue à la fin des années 30. L’adversaire ne porte pas de petite moustache. Il ne gesticule pas. Il n’a pas d’uniforme. Il se situe d’abord en nous qui acceptons la dictature de l’argent et de ce qu’elle inspire. Nous refusons la violence. Nous lui préférons une philosophie politique, qui commence par la mise en question des addictions.