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Les plaisirs de la table en alcoologie

25-05-2026

S’occuper de notre alimentation est une façon de conforter notre souci d’aller vers les plaisirs accessibles, de faire vivre « l’épicurisme pragmatique ».

Dissocions les différentes étapes.

Faire les « courses » : le lieu, l’environnement humain, la programmation, car il n’est pas raisonnable de mobiliser trop de temps, trop souvent à cet exercice de rencontres et de choix.

Établir ses menus, en fonction du nombre, des moyens disponibles, de la saison pour les légumes et les fruits. Nombre de personnes, compte tenu de leurs difficultés financières, doivent privilégier les plats à base de pâtes et de riz. Il est possible de modifier l’accommodement. Préparer, inventer pour les doués.

Utiliser le temps du repas comme une séquence distincte, avec la tranquillité du matin et le temps de réflexion pour organiser sa journée, en fonction des priorités choisies, le temps du midi pour faire le point à la mi-journée, retrouver la tranquillité, la soirée, encore plus sanctuarisée, protégée des sollicitations intempestives. Pour cette raison, être injoignables dans ces moments.

Ces trois temps doivent être débarrassés de l’emprise des portables et des messages inutiles.

La composition et la préparation des repas sont une affaire de goût et de contraintes. À noter qu’une soupe de légume peut couvrir plusieurs repas. Il est possible de s’amuser à distinguer les différents légumes qui la composent, à la façon des tastevins.

Une table de sobriété doit veiller à associer la qualité des mets et la qualité des boissons. Certaines eaux sont excellentes, notamment en montagne. Pour l’ordinaire, chacun a ses préférences : eau plate, eau pétillante, parfumée ou non.

Pour échanger avec des amis, rien de tel que se retrouver à la terrasse d’un café, la tête à l’ombre et les pieds au soleil, autour d’une tasse de café ou d’une boisson fraiche et peu sucrée.

Si l’on reçoit simplement, le rituel de l’apéro est inutile. Si l’on met les petits plats dans les grands, un cocktail de jus de fruit sans alcool peut surprendre et si on réunit parents et alliés, une sangria sans alcool peut surprendre agréablement. Tout terrorisme serait de mauvais goût. Il est utile pour ces festivités, de choisir soi-même les vins qui feront parler les convives.

La qualité des partenaires de table intervient forcément. Si, par malchance ou nécessité, nous devons partager le repas avec des gens ennuyeux voire insupportables, l’écoute distraite est conseillée. Avec un peu de chance, il est possible de se concentrer sur le contenu de l’assiette.

Les erreurs sont trop connues pour se donner la peine de les détailler, ne pas respecter les horaires, négliger les rituels et sa propre tranquillité, grignoter, se gaver de chocolat ou de sucreries, imiter les américains avec leurs sandwichs à étages.

La teneur en calories des repas dépend de l’activité physique. Un sandwich amoureusement préparé et de l’eau fraiche récompensent l'effort lors d'une marche en montagne ou d’un effort cycliste, dans un cadre d’autant plus incroyable qu’il est découvert au prix d’un effort exigeant. 

La répartition des repas dépend des habitudes culturelles. Les anglo-saxons soignent leur petit-déjeuner du matin, allègent celui de midi, ne chargent pas celui du soir. Le travailleur de force a besoin d’une pause alimentaire durant la matinée, s’il se lève très tôt. La qualité du repas du soir n’est pas à négliger car la journée est finie, en général, et c’est le moment de se retrouver seul(e) ou accompagné(e).

L’alimentation ayant une valeur identitaire, découvrir les plats des autres cultures favorise d’utiles rapprochements.

Que dire de plus ? La table est-elle un plaisir pour vous ?

Les obstacles au discernement

18-05-2026

J’ai eu à réfléchir, ce jeudi matin, premier de quatre jours de « pont », à un thème de remplacement, car nous avons reporté à la semaine suivante le thème des « plaisirs de la table » pour faire découvrir le groupe aux diététiciennes de la Clinique Rive Gauche, disponibles ce jour-là. Elles ont eu la très bonne idée de s’investir spontanément auprès des personnes accueillies en HBA. Il nous a apparu important qu’elles découvrent l’alchimie du groupe-orchestre pour mieux se fondre dans la dynamique relationnelle des cinq jours. Notre idée est d’aboutir à une structuration exemplaire de ce moment de possible bascule dans le parcours de vie de personnes addictées. Nous verrons, ensuite, quel usage faire de cette exemplarité d’efficience.

Le thème des obstacles au discernement m’a paru d’actualité. Notre journal régional a fait un effort particulier en mettant en première page un cobra échappé, en gardant probablement en réserve des révélations sur la nouvelle pandémie, ou une image de notre porte-avion à proximité du Détroit d’Ormuz. Donald Trump est annoncé au prochain spectacle de Big Flo et Oli, mais la source n’est pas sûre. Un des obstacles au discernement pourrait bien être nos médias et revues, si soucieuses de nous informer et de nous expliquer la vérité vraie.

Nous sommes fascinés par notre nouveau jouet. Nous avons le plaisir trouble de tutoyer l’IA (il existe déjà l’IA des riches et l’IA des pauvres). Quel plaisir de l’entendre s’excuser quand nous contestons une de ses opinions ! Avec Google, nous savons tout. Avec Tik Tok, c’est encore plus facile, semble-t-il. Notre cerveau peut rester au repos.

Le cerveau a pourtant besoin d’exercice comme un muscle. À propos de cerveau, j’ai découvert le scanner de quelqu’un, longtemps intolérant et autoritaire. Il montre une atrophie du cortex, accentuée au niveau du lobe frontal. C’est très rassurant. Il dispose désormais d’une vision du monde détachée, euphorique même, quelque que soit la conjoncture. En plus, l’altération de la mémoire va effacer tout souvenir douloureux.

Il existe bien d’autres obstacles au discernement. La morale ambiante et le sens commun n’aident pas l’esprit critique. Une notion n’est pas juste par « essence ». Notre époque a un grand amour des étiquettes classantes.

Les individus et les groupes d’appartenance ont d’excellentes dispositions au déni, aux opinions catégoriques et catégorielles, à la mémoire ou l’amnésie sélective, Les sentiments de honte et de culpabilité sont des obstacles au discernement.

Une erreur largement partagée est d’utiliser de façon abusive une grille de lecture pertinente pour éclairer une partie du réel. Ainsi vouloir tout soigner avec la psychanalyse ou les techniques comportementales ou les médicaments ou par la seule hypnose ou le seul usage du groupe de parole… ou vouloir tout expliquer par la religion ou la science.

Il se distinguait la conscience de classe (sociale) et la position de classe. Celle-ci tend à établir en vérité ce qui n’est qu’un ensemble de convictions pour ne pas dire de constructions idéologiques véhiculées par le milieu d’origine. Sans recul, le réel est ignoré ou tronqué, la mémoire devient inutile ou sélective, l’esprit critique exclut l’autocritique. Il semble bien qu’en renforcement des subjectivités dogmatiques, la pratique des généralisations et des amalgames soit un obstacle efficace au discernement. Une bonne question de réfléchir de quoi est fait aujourd’hui l’idéologie dominante et quelles sont les modalités et les pratiques qui en découlent. Les idéologies concurrentes ne doivent pas être exemptées d’examen. Elles ne valent peut-être pas mieux et peuvent même se révéler pires. Il est possible de considérer qu’elles ne soient que des formes particulières et transitoires de l’idéologie dominante dont la finalité est de garantir le pouvoir des élites et sous-élites, où qu’elles soient.

Les addictions constituent, de ce point de vue, une arme de soumission et de destruction majeure, parallèlement à leur usage économique. Celui qui n’a pas pris conscience de cet aspect des addictions n’a pas compris grand-chose à son problème et aux solutions de sa résolution.

Quelles ont été et quels sont, aujourd’hui, les obstacles au discernement que vous identifiez en vous ?

Bienveillance et alcoologie

11-05-2026

Un de mes correspondants m’a livré un ensemble de définitions ironiques visant la bienveillance. J’en retiens quelques unes.

Étymologie :  Du latin bene volentia, « vouloir du bien », expression en usage dans les départements des ressources humaines.

Sentiment éprouvé par les personnes qui n’ont rien à vous proposer mais tiennent à ce que vous le sachiez chaleureusement. 

« Il me serra la main avec une bienveillance si appuyée que j’en comptais mes doigts. » (Talleyrand)

« Nous vous accompagnerons avec bienveillance dans votre transition professionnelle (Direction des Richesses Humaines, lors d’un licenciement.)

Disposition mentale, plus ou moins sélective, caractérisée par l’incapacité de formuler un jugement critique face à l’inacceptable.

Syn. : indifférence souriante. Exemple : manager avant l’annonce du plan social. Personne de pouvoir sollicitée.

Servie froide, la bienveillance prend le nom de « condescendance » ; servie chaude, celui de « prosélytisme ». 

Ne se conserve pas au contact prolongé du réel, produit alors du ressentiment.

Ne pas confondre avec la bonté, qui coûte quelque chose, ou avec la gentillesse, qui n’exige pas de séminaire à 800 euros la journée dans un château de la Loire.

Ses contraires : Franchise, lucidité, courage, relation égalitaire.

Equivalences : complaisance, compassion.

Jean de la Fontaine : Il est bon d’être charitable. Le point est de savoir avec qui. (Nous pourrions ajouter : Et pourquoi).

Cet exercice de défoulement accompli face à l’hypocrisie sociale et à l’absence d’empathie ambiante, que pouvons-nous dire à propos de la bienveillance dans le champ de l’alcoologie ?

Nous avions organisé une conférence sur « les pièges de l’empathie », il y a quelques années.

Nous avions souligné, au commencement de la relation de soin, la justesse de ce que l’on appelle la neutralité bienveillante, c’est-à-dire d’une attitude ouverte, aussi allégée que possible de préjugés.

Nous avions convenu de la nécessité de développer une alliance thérapeutique, propre à la relation d’aide. Cet objectif exige un certain nombre d’efforts de la part du soignant. Ces efforts demandent la connaissance de la problématique alcoolique et une réelle disponibilité.

Une difficulté est d’être confronté à des patients qui entendent ne pas abandonner leur addiction, parce qu’ils s’en croient incapables ou parce qu’ils n’ont pas envie de s’en priver, en dépit des déboires enregistrés : sanctions pénales, ruptures affectives, isolement relationnel, marginalisation sociale, ennuis de santé, mal-être croissant, anxiété, dépression, sentiment de dévalorisation. Il ne s’agit pas de masquer les réalités au patient, bien au contraire. La situation est habituellement pire que ce qu’il croit. Un message à lui faire passer est que la société s’attache, sans mot dire, à l’éliminer, après usage. Un message alternatif doit lui être proposé, facilité par l’exemple des aidants et la mise en jeu de ses ressources propres : il peut alors prendre plus aisément la mesure de son addiction, de donner un présent et s’ouvrir l’avenir.

La bienveillance envers soi et les autres est une avance d’estime, à justifier.  Elle rejoint le respect de soi, indissociable du respect des autres.

Pour ce qui me concerne, elle est acquise face à une personne alcoolique, à charge de la faire vivre dans le cadre de l’alliance thérapeutique et associative. Elle est moins spontanée face à une personne ayant pris l’option de l’usage de « drogues », face à des addictions comportementales.

Quelle est votre sentiment vis-à-vis de la bienveillance ? Comment la déclinez-vous au quotidien ?

Plus d'articles...

  1. Le concept de « contre-élite » en alcoologie
  2. Le vécu des maltraitances
  3. Transmission
  4. Culture et addictions
  5. Les différentes créativités comme alternatives aux addictions
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