11-05-2026
Un de mes correspondants m’a livré un ensemble de définitions ironiques visant la bienveillance. J’en retiens quelques unes.
Étymologie : Du latin bene volentia, « vouloir du bien », expression en usage dans les départements des ressources humaines.
Sentiment éprouvé par les personnes qui n’ont rien à vous proposer mais tiennent à ce que vous le sachiez chaleureusement.
« Il me serra la main avec une bienveillance si appuyée que j’en comptais mes doigts. » (Talleyrand)
« Nous vous accompagnerons avec bienveillance dans votre transition professionnelle (Direction des Richesses Humaines, lors d’un licenciement.)
Disposition mentale, plus ou moins sélective, caractérisée par l’incapacité de formuler un jugement critique face à l’inacceptable.
Syn. : indifférence souriante. Exemple : manager avant l’annonce du plan social. Personne de pouvoir sollicitée.
Servie froide, la bienveillance prend le nom de « condescendance » ; servie chaude, celui de « prosélytisme ».
Ne se conserve pas au contact prolongé du réel, produit alors du ressentiment.
Ne pas confondre avec la bonté, qui coûte quelque chose, ou avec la gentillesse, qui n’exige pas de séminaire à 800 euros la journée dans un château de la Loire.
Ses contraires : Franchise, lucidité, courage, relation égalitaire.
Equivalences : complaisance, compassion.
Jean de la Fontaine : Il est bon d’être charitable. Le point est de savoir avec qui. (Nous pourrions ajouter : Et pourquoi).
Cet exercice de défoulement accompli face à l’hypocrisie sociale et à l’absence d’empathie ambiante, que pouvons-nous dire à propos de la bienveillance dans le champ de l’alcoologie ?
Nous avions organisé une conférence sur « les pièges de l’empathie », il y a quelques années.
Nous avions souligné, au commencement de la relation de soin, la justesse de ce que l’on appelle la neutralité bienveillante, c’est-à-dire d’une attitude ouverte, aussi allégée que possible de préjugés.
Nous avions convenu de la nécessité de développer une alliance thérapeutique, propre à la relation d’aide. Cet objectif exige un certain nombre d’efforts de la part du soignant. Ces efforts demandent la connaissance de la problématique alcoolique et une réelle disponibilité.
Une difficulté est d’être confronté à des patients qui entendent ne pas abandonner leur addiction, parce qu’ils s’en croient incapables ou parce qu’ils n’ont pas envie de s’en priver, en dépit des déboires enregistrés : sanctions pénales, ruptures affectives, isolement relationnel, marginalisation sociale, ennuis de santé, mal-être croissant, anxiété, dépression, sentiment de dévalorisation. Il ne s’agit pas de masquer les réalités au patient, bien au contraire. La situation est habituellement pire que ce qu’il croit. Un message à lui faire passer est que la société s’attache, sans mot dire, à l’éliminer, après usage. Un message alternatif doit lui être proposé, facilité par l’exemple des aidants et la mise en jeu de ses ressources propres : il peut alors prendre plus aisément la mesure de son addiction, de donner un présent et s’ouvrir l’avenir.
La bienveillance envers soi et les autres est une avance d’estime, à justifier. Elle rejoint le respect de soi, indissociable du respect des autres.
Pour ce qui me concerne, elle est acquise face à une personne alcoolique, à charge de la faire vivre dans le cadre de l’alliance thérapeutique et associative. Elle est moins spontanée face à une personne ayant pris l’option de l’usage de « drogues », face à des addictions comportementales.
Quelle est votre sentiment vis-à-vis de la bienveillance ? Comment la déclinez-vous au quotidien ?