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16 Mars 2020

Le besoin de reconnaissance est extrêmement présent dans les problématiques addictives même si celles-ci n’en ont pas le monopole. Nous avons toujours souligné sa proximité avec le sentiment d’abandon. Être reconnu est d’abord un besoin affectif. Nous avons besoin d’être aimés. À la manière de la congruence proposée dans le cadre du soin par Carl Rogers, nous avons besoin d’un soutien affectif inconditionnel. Cette facilité permise, en principe, par le soin est loin d’être toujours retrouvée dans la vie.

Le manque de reconnaissance peut se retrouver à l’origine de toutes sortes de dysfonctionnements qui compliquent la situation. Le besoin d’être reconnu s’exprime également au niveau intellectuel et par rapport à nos actes. Nous avons besoin d’être compris et appréciés à partir de ce que nous faisons. Ce naturel besoin de reconnaissance peut buter sur l’indifférence et l’hostilité. Le défaut de reconnaissance se vérifie quand le sujet fait l’objet de pitié ou à l’inverse, d’une complaisance aveugle.

La reconnaissance ne peut se limiter aux apparences physiques ou vestimentaires ou encore au statut social. Pour être reconnu, il faut se connaitre soi-même. Les regards bienveillants ou aimants peuvent nous aider à avoir une meilleure estime de nous-mêmes et à faire vivre des ressources personnelles dont nous n’avions pas pleinement conscience. La reconnaissance intime est un phénomène profond et singulier qui l’emporte sur la reconnaissance sociale, sur la réputation.

Le besoin de reconnaissance a un aspect pratique : sans reconnaissance, comment poursuivre une action ?

Êtes-vous porteur de ce besoin de reconnaissance ?

Vous a-t-il joué des tours ?

Êtes-vous capable de le satisfaire chez les autres et à quelles conditions ?

 

09 Mars 2020

Le hasard d’une consultation aboutit à la proposition de ce thème.

La position sacrificielle peut s’exposer ainsi : une personne choisit une option de vie qui va à l’encontre de ses intérêts manifestes sans que cette option ait une chance sérieuse de changer la situation, à court, moyen ou long terme.

Qu’est-ce qui est à l’origine d’une telle attitude ? Comment l’identifier ? Comment la justifier ?

Qu’est-ce qui est à l’origine d’une telle attitude ?

Comment l’identifier ? Comment la justifier ?

Comment l’écarter ? Par quoi la remplacer ?

Cette avalanche de questionnements peut nourrir la réflexion de chacun, sans pour autant la limiter.

Si nous reprenons ce qui s’est écrit pour la définir, nous butons sur une première expression : « ses intérêts manifestes ».

Qui désigne les « intérêts manifestes » ? Nos intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ce qui nous est proposé comme « intérêts ». Nous pouvons, par exemple, décider que la réussite sociale ne nous intéresse pas ou que le « festif » nous insupporte, tout comme les grands sujets de société dont on nous rabat les oreilles. Nous pouvons choisir d’être indifférents à ce qui nous est proposé pour être admirés, reconnus, célébrés, aimés… Nous pouvons élaborer nos propres critères de choix, nos propres priorités, en acceptant les risques et les inconvénients qui s’y rattachent. Nous pouvons respecter telle ou telle personne sans être d’accord avec sa façon de penser ou de se comporter.

Quelqu’un qui choisit son combat, à l’encontre de ses intérêts manifestes, des intérêts socialement admis comme légitimes, peut subir toutes sortes de désagréments. Il peut susciter le dénigrement, la délation, l’incompréhension, l’injustice et la haine. Que lui importe si ce qu’il fait est conforme à ce qu’il croit bon et nécessaire ? S’il reste assez prudent ?

Dans la position sacrificielle, il y a une quête excessive de reconnaissance, la crainte du jugement ou des représailles, un souci de conformité, une défaillance de l’esprit critique et de la volonté.

La position sacrificielle semble liée à la problématique de l’image mais également à une forme de masochisme : pour vivre, je dois souffrir.

Le refus de se vivre comme bourreau peut conduire au choix inconscient d’un destin de victime. Dans ce cas, c’est la crainte du sentiment de culpabilité qui peut devenir le moteur de l’action. C’est une éventualité devenue rare.

Il n’est pas rare que la victime présumée porte elle-même les stigmates de la stupidité et de la perversion. Elle n’est responsable de rien. A l’en croire, elle n’a fait que subir et qu’être abusée. Elle n’a rencontré que de mauvaises personnes. Elle n’a connu que des situations funestes. Son bon cœur a été trompé. En même temps, c’est elle qui a permis les agissements de celui qu’elle dénonce.

Petite vignette clinique : une toute jeune femme arrive à la consultation accompagnée de sa mère. Sa sensibilité lui interdit d’évoquer directement ses traumatismes. Elle les a consignés dans la mémoire de son téléphone portable. Elle peut l’envoyer sur la messagerie et le donner ainsi à lire. Son papa a abusé d’elle. Ses premières relations l’ont entrainée vers le chemin des drogues. Elle n’a surtout pas fait d’études ni suivie de formations qui pouvaient lui donner une consistance sociale et une pensée personnelle. Elle squatte l’appartement de sa mère et le transforme en chambre d’injection d’héroïne. Elle attend d’être admise en Clinique psy et l’admission se fait attendre. La maman se pose également en victime : la vie avec sa fille est un enfer. Bientôt, la fille pourra retrouver des semblables dans l’enceinte psychiatrique et tout continuera comme avant.

Si ma famille ou mon groupe d’appartenance pense faux, de mon point de vue, pourquoi devrais-je prendre fait et cause en sa faveur ?

Si quelqu’un ne me respecte pas, pourquoi et au nom de quoi devrais-je subir son attitude ?

Si une cause me tient à cœur, si j’estime qu’une situation me demande d’intervenir, pourquoi m’en priverais-je ? Inversement, si ce qui m’est présenté comme cause ou comme situation de danger équivaut, pour moi, à une imposture, à la manifestation d’une idéologie que je vomis, pourquoi devrais-je y consentir ?

Rien n’a été souligné pour laisser chacun libre de prendre ou de laisser l’argument. Voilà de quoi alimenter notre échange…

 

02 Mars 2020

Le rêve d’un citoyen pacifique serait de pouvoir débattre des questions qui l’intéressent, en connaissance de cause, en faisant abstraction de l’esprit partisan. Cette disposition d’esprit bien difficile à mettre en œuvre dans la vie courante, est déjà plus que ce que recouvre la notion d’apolitisme.

Quand j’étais petit, j’entendais un de mes proches manifester souvent son rejet de la politique. Dans son activité professionnelle, il faisait preuve de compétence et de loyauté. Il ne se prenait pas au tragique ni même au sérieux. Bref, il était normal, tout en étant farouchement attaché à son indépendance. Je crois avoir bénéficié de son effet modèle. Cependant, le spectacle du monde m’a conduit à m’intéresser à la politique, sans jamais m’imaginer en faire un métier. Aujourd’hui, la réflexion politique n’a pas bonne presse et c’est bien dommage. L’information véhiculée par les médias crée l’illusion d’une opinion politique personnelle, alors qu’elle est en fait très largement déterminée par la position et les origines sociales ainsi que par « l’air du temps ». Le désintérêt pour la politique fait intervenir de nombreux phénomènes. Le premier d’entre eux est certainement la conviction que l’essentiel des décisions se fait à notre insu, le plus souvent contre l’intérêt général et nos besoins légitimes. Nul doute que la politique soit un art difficile. Il y a cependant une marge entre ce qui est proposé et ce vers quoi il faudrait tendre, à partir de la prise en compte des réalités et d’une capacité prévisionnelle. L’habitude aujourd’hui est de confronter chacun d’entre nous à des problèmes planétaires, de susciter des émotions, des indignations et des inquiétudes, sans que jamais, véritablement, nous soyons considérés comme des citoyens intelligents, responsables, acteurs de leurs choix.

L’alcoologie et l’addictologie nous offrent un champ de réflexions et de pratiques où la politique a constamment un impact. Le seul fait d’avoir un problème d’addiction devrait favoriser le développement d’une conscience politique aiguë. Il n’est guère possible, en effet d’examiner un aspect de la problématique addictive qui ne mette en jeu la politique familiale, le vivre-ensemble, l’offre de soin, la prévention, l’économie, la publicité, les représentations sociales et les connaissances notamment scientifiques…

Ne pas se reconnaître aujourd’hui dans l’offre politique actuelle ne nous autorise nullement à être « apolitiques ». L’apolitisme est la religion que nous proposent nos Maîtres. Pour reprendre une formule de Talleyrand : avoir un problème d’addiction et être apolitique est plus qu’un crime, c’est une faute !                 

Qu’en pensez-vous ?