Réalisation et scénario : Greta Gerwig,

D’après le roman de Louisa May Alcott

Date : 2019 / USA

Durée : 135 mn

Acteurs principaux :

Saoirse Ronan : Jo(éphine) March

Emma Warson  : Meg March

Florence Puch : Amy March

Elisa Scanlen :  Beth March

Meryl Strep : Tante March

Laura Dern : La mère

Timothée Chalamet : Laurie

 SA/ HA

 Mots clés : Fratrie – Féminisme − Famille – Écriture – Loi du père

 

Un roman familial dans l’arrière-plan d’une guerre

Deux œuvres de femmes ont rendu compte de la société nord-américaine au temps de la guerre de Sécession : Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell, et Les filles du Docteur March, de Louisa May Alcott. La version de « Little women » mise en scène par Greta Gerwig est la huitième au cinéma.

La guerre de Sécession a été une crise de croissance fratricide. Elle a été décisive pour la constitution des Etats-Unis en grande puissance économique. La culture protestante choisissait le salariat contre l’esclavage. Le père, contrairement à la suggestion du titre, est un pasteur, comme le père d’Alcott et d’Austen, et non un médecin comme dans le roman.

Un film écrit comme un livre

Le film est subtil, intelligent et fin. Certaines répliques justifieraient d’être mémorisées. Le sous-titrage passe trop vite et il faudra attendre la version DVD pour les arrêts sur image. Le récit est alerte pour une histoire familiale conventionnelle. Le montage de séquences de temporalité différente déconcerte jusqu’à ce que le spectateur trouve ses repères. C’est un film conçu pour décrire l’écriture d’un livre. De nombreuses scènes illustrent les étapes de la production d’un livre. Le choix de dérouler l’histoire en la centrant sur Jo, la sœur la plus « rebelle », l’indépendante, le « garçon manqué », l’écrivaine, s’impose, de ce fait. Le personnage de Jo est remarquablement joué par l’actrice de Lady Bird, Saoirse Ronan, le précédent film de Greta Gerwig.

Des réminiscences

Ce film s’inscrit dans une double continuité anglaise, littéraire et cinématographique. Il est, à l’évidence, soixante ans plus tard, imprégné de l’œuvre de Jane Austen. Plusieurs séquences du film renvoient aux meilleures transpositions au cinéma des livres d’Austen, le Orgueil et préjugés de Jo Wright, le Raisons et sentiments d’Ang Lee, dont Emma Thompson, la scénariste du film, disait qu’il s’était révélé plus anglais qu’un anglais. Certaines scènes suscitent d’autres réminiscences pour des films plus récents. La scène finale « sous le parapluie » n’est pas sans évoquer le happy end de « Coup de foudre à Nothing Hill ».

Quatre filles face à leur condition

Le roman d’Alcott est le roman familial d’une fratrie de filles. L’histoire illustre le passage de l’enfance à la vie adulte. Elle se nourrit de la vitalité de la jeunesse. Les quatre sœurs sont, dans l’ordre, Meg (Margaret), Jo (Joséphine), Beth (Elisabeth), et Amy, la plus jeune. L’unité de la fratrie de filles résiste aux différences de caractère et aux rivalités amoureuses. Le mélodrame est évité, malgré la mort de Beth. La condition féminine de l’époque est évoquée sans outrance, en distinguant les différences de fortune.

Au final, Jo March, pourra tirer avantage du legs inespéré de sa tante March pour créer une école. L’époux de Jo et son beau-frère pourront y exercer leurs compétences d’enseignants, tout comme elle. Le poids de l’argent n’est pas escamoté. C’est aussi pour gagner de l’argent que Jo écrit. Les échanges entre Jo et l’éditeur, sur le partage des bénéfices à venir, ne manquent pas de saveur.

Le sens du collectif ou « loi du père »

La Loi du père dont il a été si souvent question dans le langage lacanien prend ici sa signification symbolique. Le sens du Collectif – autre expression plus exacte que la « Loi du Père » – est incarné aussi bien par la mère que par les sœurs. Le père s’est porté volontaire, en dépit de son âge. Il est donc absent, inexistant. Il n’y a ni patriarcat ni matriarcat, en dépit de la présence attentive de la mère. Les mêmes valeurs sont partagées. Elles épousent le logique libérale et le désir de promotion sociale. L’unité familiale ne s’affirme pas contre le reste de la Société. La générosité existe : aide de la famille March à une famille de miséreux, sans père ; don d’un piano par le vieux châtelain James Laurence à Beth ; don de la propriété de la tante March pour finir à Jo, l’héroïne. L’altruisme est présent dans les cœurs et les actes.

Un féminisme intégré

Ce sont les femmes qui assurent la continuité en ces temps de guerre. Elles le feront plus encore lors du premier conflit mondial. Elles doivent gérer la pénurie. Les sœurs March s’aiment, aiment et respectent leurs parents. Elles surmontent leurs différences de personnalité. Elles peuvent affronter solidairement le malheur. La mère, Mary, assistée d’une domestique, assure le fonctionnement de la maison et la cohésion de la famille. Elle donne du temps pour porter assistance aux soldats nordistes.

Le féminisme de cette histoire ne se constitue pas contre les hommes. Ces derniers s’écartent des stéréotypes et des caricatures qu’ils justifient trop souvent aujourd’hui. Théodore, « Laurie » Laurence manifeste sa fantaisie et sa vulnérabilité de garçon abandonné par ses parents. Il a tendance à abuser de l’alcool. Amoureux de Jo, il deviendra l’époux d’Amy, la douée en dessin, manifestant ainsi une forme de versatilité. James Laurence ; son grand-père, le vieux châtelain, est inconsolable de la perte de sa fille. Il exprime son transfert d’affection sur Beth, pianiste comme sa fille. Le percepteur de Laurie, John Brooke, est de « condition modeste ». Il tombe amoureux de Meg, l’aînée, et l’épouse. Il respecte sa liberté quand elle achète un tissu de robe au-dessus de leurs moyens. Frédéric, aperçu au début et à la fin du film, fait l’honneur à Jo de sa franchise de lecteur, écorchant sa susceptibilité. Il sera choisi – à la fin – par l’héroïne, poussée par les siens à laisser s’exprimer ses sentiments.

Avoir osé ce film

La surprise, en définitive, vient d’avoir osé ce film, à notre époque. Serait-il possible de s’intéresser aujourd’hui encore à la famille, à un féminisme qui ne diabolise pas les hommes, à la qualité du langage, à des relations humaines excluant le sordide ?

 

Quels enseignements pour les addictions ?

Nous pouvons tout d’abord relever la remarquable absence d’addiction dans cette histoire. Seul Laurie manifeste son penchant pour l’ivresse afin d’atténuer son mal-être.

Sans doute, pourrions-nous relever la place de l’argent dans la vie de la tante March ? Il ne s’agit pas d’une addiction. La fortune de cette veuve est la garante de son indépendance. Elle fait elle-même la comparaison entre le mariage et la prostitution, compte tenu de l’inégalité d’accès aux métiers lucratifs entre les femmes et les hommes.

La passion de l’écriture que manifeste Joséphine relève d’un besoin vital, à caractère addictif. Il serait mal venu de lui en tenir rigueur. Les romancières de cette époque l’ont démontré : l’écriture est le seul moyen dont elles disposaient pour exprimer leur intelligence et leur vision du monde. En cela, l’écriture manifeste le besoin d’exister des femmes et au-delà, des personnes non reconnues.

Le collectif, tout en tenant compte des singularités de chacun et des différences de condition, n’est jamais oublié. Il trouve sa raison d’être dans l’amour partagé, et non dans la recherche de la domination des uns par les autres ou de la coexistence d’individus sans appartenance, narcissiques, pervers ou infantiles. Le peuple américain est en cours de gestation. Sa mythologie illustrée par la filmographie d’un John Ford ou d’un Frank Capra est encore crédible. Elle alimente l’estime de soi et la foi dans l’avenir.

Les combats d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que ceux d’hier ou d’avant-hier. Ils ne pourront cependant être menés qu’à partir des valeurs incarnées par la plupart des personnages de cette histoire : le courage, le souci de l’autre, le sens du collectif, le goût de l’effort, l’humilité, une forme d’optimisme, associés à l’acceptation de ce qui ne peut être changé.

 

Réalisation et scénario : Terrence Malik

Date : 2019 / USA / Allemagne

Durée : 173 mn

Acteurs principaux :

August Diehl : Franz Jäggerstatter

Valérie Pachner : Franziska, sa femme

Marie Simon : Rezie, sa belle-soeur

Franz Rogowski : Waldan, l’ami en prison

Nicolas Reinke : le père Moericke

Bruno Ganz : le juge Lueben

Mathias Schoenaerts : le capitaine Herder

Tobias Moretti : Ferdinand Fürthauer

Ulrich Matthes : le Maire

SA/HA

Mots clés : Refusant – Famille – Obstination – Dictature − Sacrifice

 

Le film de Terrence Malik relate l’histoire d’un opposant à Hitler, Franz Jäggerstatter, de 1939 à 1943. Franz fait vivre sa ferme à proximité du village de Saint Radegund, près de Salzbourg, au flanc des Alpes autrichiennes. Le cadre naturel est splendide, entre rivières, champs cultivés, forêts et montagnes abruptes. Les conditions de travail sont rudes mais Franz vit heureux avec Franziska, son épouse et ses trois petites filles. Il est parfaitement intégré dans sa communauté. Mais, à présent, l’Allemagne a annexé l’Autriche. Le troisième Reich a son Guide, sa doctrine folle et ses boucs émissaires. Les convictions catholiques et la sensibilité de Franz interdisent qu’il porte allégeance au Führer. Il s’obstine dans son refus et c’est le début d’une tragédie qui s’achèvera par sa décapitation, le 9 août 1943.

 

Les ombres d’une position sacrificielle

Nous laisserons aux spectateurs le plaisir de découvrir la beauté des images et l’élégance des cadrages, le sens du détail du réalisateur, l’originalité du montage, la lenteur du final qui restitue si bien la suppression du temps en prison et le caractère angoissant des étapes ultimes.

L’alcool est absent dans ce film. Pour autant, le héros de cette histoire n’est pas dépourvu d’intérêt sur le plan de la psychologie que l’on retrouve dans la problématique alcoolique.

La posture que prend Franz face à la fidélité imposée à tous les sujets du Reich se situe entre la figure du refusant et celle du résistant. Le refusant est celui qui n’accepte pas de pratiquer un acte pour des raisons qui lui sont propres, sans référence à une foi religieuse ou à des convictions préalablement réfléchies. Le résistant est celui qui, pour des raisons politiques ou idéologiques, décide de combattre ce qu’il désigne comme ses oppresseurs ou une menace pour les valeurs qui lui tiennent à cœur.

Le cas de Franz est intermédiaire. Il a des convictions religieuses. Il refuse d’obéir à une injonction dépourvue de conséquences concrètes. L’entêtement qu’il manifeste jusqu’à la mort fait intervenir sa conscience en tant que telle. Sans aucune autre considération, il maintient son attitude jusqu’au bout. Les incitations à composer avec la réalité ne manquent pas. Elles émanent de personnes bienveillantes telles que le prêtre de son village ou l’avocat lors de son procès. D’autres, comme celle du Maire acquis à l’idéologie nazie ou plus opportunistes, sont d’un autre ordre. Franz écarte toute suggestion, d’où elle vienne, susceptible de préserver sa vie. Il n’hésite pas à faire de sa femme une veuve, de ses petites filles des orphelines, de sa mère une femme terrassée par la perte de son unique enfant. Il est indifférent à l’opprobre et au rejet qui frappent sa famille au sein de sa communauté. Ceux de son village peuvent avoir la conviction qu’ils ont été trahis, déshonorés ou qu’ils sont jugés par un des leurs qui a choisi la Vertu. Il laisse à sa femme, seulement assistée de sa belle-sœur, la responsabilité écrasante de la ferme et de leurs enfants. L’intransigeance de Franz pourrait évoquer l’aveuglement passionné de la personne alcoolique sacrifiant tout à la poursuite de son addiction.

Franz a été par la suite distingué comme martyr par l’Église catholique. N’y a-t-il pas une logique de drogué dans la rigidité morale du héros ? Le Christ, lui, n’avait ni femme ni enfant à charge. D’autre part, n’est-ce-pas accorder une importance excessive à un geste dont la signification répond à une symbolique généralisée. L’adhésion à 100% d’un peuple pour quelqu’un ou un programme perd toute crédibilité. Franz n’a pas de sensibilité politique qui l’aiderait à relativiser son refus. Nous pourrions le trouver orgueilleux. Il manque surtout d’humour et de capacité à prendre du recul. À. un moment, il se trouve prisonnier de son personnage. Il est contraint d’aller au bout de sa décision. L’expérience humaine nous apprend que la force des convictions doit tenir compte de l’adversité et qu’il existe quelque prétention à vouloir avoir raison tout seul, particulièrement quand son attitude est source de malheur humain. L’entêtement à boire doit aussi s’effacer devant la réalité de la dépendance et de ses conséquences pour le présent et l’avenir. Franz adopte une attitude qui n’est pas sans évoquer celle des bellicistes qui n’hésitent pas à susciter des massacres d’innocents, vêtus ou non d’uniformes militaires.

La position sacrificielle s’apparente à une forme de suicide. N’y a-t-il pas une force d’autodestruction chez l’alcoolique qui persiste dans son addiction ?

Nous pouvons penser que les meilleurs des humains doivent plutôt avoir le souci de faire vivre leurs capacités dans une vie préservée, si terne soit-elle. Le bonheur est trop précieux et fragile pour le balayer par besoin de satisfaire une croyance – boire comme tout le monde – ou par entêtement – boire avec modération. L’alcoolique devenu sobre apprend souvent à apprécier le bonheur d’une vie affective partagée, d’un travail investi et d’un cadre naturel respecté. Fort de son expérience personnelle, il a acquis le sens du relatif.

 

Réalisation : John Huston

Scénario : Ray Bradbury, John Huston, d’après le roman d’Herman Melville

 Date : 1956                USA/GB

Durée : 115mn

Acteurs principaux :

Gregory Peck : le capitaine Achab

Richard Basehart : Ismaël

Léo Genn : Starbuck, second du Péquob

Orson Welles : le Pasteur Mapple

Friedrich von Ledebur : Queequeg

Harry Andrew : Stubb

Tom Tomelty : Peter Coffin, l’aubergiste

A/SA

 Mots clés :  Vengeance – Puritanisme – Métaphore – Chasse à la Baleine – Œuvre

 

Ismaël, un jeune homme épris d’aventure, choisit de s’embarquer à bord du Péquod, un baleinier, commandé par le Capitaine Achab. Il est accompagné d’un harponneur tatoué, Queequeg, dont il a fait connaissance dans une taverne du port. Il devient rapidement évident que le Capitaine Achab est habité par sa soif de vengeance contre un grand cachalot blanc, Moby Dick, qui l’a amputé d’une jambe. Malgré l’opposition du second du Péquod, Starbuck, Achad va entraîner l’équipage dans sa quête, au détriment de sa mission : chasser les baleines pour le compte des armateurs…

Quand la vengeance devient folie

  • « Moby Dick » est, à présent, considérée comme une œuvre majeure, représentative de l’histoire des USA, au même titre que la filmographie de John Ford pour la conquête de l’Ouest. Herman Melville connut l’insuccès de son vivant, le public boudant ses œuvres. Son roman se nourrit à plusieurs sources. Melville embarqua comme matelot sur un baleinier. Il rencontra, par la suite, le fils d’un marin qui avait relaté l’éperonnage d’un baleinier par un cachalot. Dans les années1830, une baleine blanche, appelée Moby Dick avait attaqué plusieurs baleiniers. Elle parcourait l’Océan bardée de harpons. Le roman dispose donc de bases historiques véridiques.
  • La chasse à la baleine : À l’époque, personne ou presque ne se souciait de préserver les espèces animales ou de règlementer la chasse des baleines. Melville, à sa façon, posait le problème. La chasse se concentrait sur la côte nord-est des USA mais les baleiniers partaient très loin, dans des expéditions qui pouvaient dépasser 12 ou 18 mois. L’huile de baleine était considérée alors comme un produit irremplaçable pour l’entretien des machines, pour l’éclairage, la confection de savons et de produits cosmétiques. De nombreux objets étaient sculptés dans des os de baleine ; dont des prothèses après amputation ! Le dépeçage de la baleine s’effectuait dans les règles de l’art, à bord, jusqu’à l’obtention de l’huile remplissant des barils entassés dans les cales du baleinier. Chaque baleine était pourchassée par des canots mus par des rameurs et tuée à coups de harpon. L’activité était donc très dangereuse. Une des premières séquences se déroule dans le temple, dont les murs sont décorés de plaques commémoratives de marins et d’équipages ayant fait les frais de la chasse à la baleine. Le film, comme le roman, a donc une valeur documentaire.
  • Le film apparaît également comme une gigantesque métaphore du Bien et du Mal, reflet de la culture puritaine qui entourait les marins. Le sermon du pasteur Mapple, incarné par Orson Welles, accédant à la chaire de sa modeste église par une échelle de corde, est d’une emphase aussi obscure qu’impressionnante pour les fidèles. Quand les marins montent dans le bateau, une dame en noir remet à qui veut la prendre, une Bible. Le second, Starbuck, est un quaker, un représentant de ce courant dissident de la religion anglicane qui suivit les mouvements de colonisation britannique. Excellent marin, il est conscient de sa mission économique et lucide sur la folie d’Achab. Pieux et réaliste, il condamne le principe même de la vengeance sur une bête dont l’agressivité n’est qu’une réponse de survie. Une ambiance crépusculaire entoure l’avancée du navire. Achab refuse d’aider un autre capitaine à retrouver des hommes perdus en mer. Peu après, un de ses hommes tombe à l’eau du haut d’un mât et disparaît. Des jours entiers, le bateau est immobile car il ne bénéficie pas du moindre souffle de vent puis il affronte une tempête d’une violence inouïe. Achab exerce un ascendant irrésistible sur l’équipage. Le Dieu de l’Ancien Testament s’exprime et annonce le châtiment proche par cette tempête. Quand l’affrontement final survient entre Achab et Moby Dick, la démesure, la haine – l’opposée de l’esprit de Justice – est incarnée par Achab. Celui-ci entraînera tous ses hommes dans la mort. Ses dernières images montrent son corps fixé contre le corps de la baleine par les cordes des harpons, peu avant que celle-ci ne se retourne contre le Péquod jusqu’à le briser. La violence a engendré la violence. Achab a péri – et ceux qu’il a entraîné avec lui – car il a défié Dieu dans sa folie de vengeance.
  • Quelles leçons tirer pour la problématique alcoolique ? Quelle métaphore peut se révéler opérante ? Achab et sa soif de vengeance, l’aveuglement qu’il manifeste du fait de son obsession, au mépris de son entourage et du bon sens, évoque le sujet dépendant qui ne vise que la satisfaction de son besoin de boire, sans se soucier des conséquences. Il accepte de trahir ses responsabilités, de persister dans son aliénation liquide, alors même que les signes avant-coureurs d’une catastrophe se multiplient. Achab ressemble à un possédé que rien n’arrête, sinon la mort, ce qui est le lot de dizaines de milliers d’alcooliques en France, chaque année. Le cétacé géant peut figurer le monstre froid de l’indifférence. Achab nous montre la différence radicale entre la persévérance non violente, indispensable pour convaincre, et l’obstination irresponsable, d’où qu’elle vienne.