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Réalisation : Alessandro Blasetti

Scénario : Une douzaine de professionnels ont participé au scénario de ce film, aux côtés d’Alessandro Blasetti

Date : 1966

Titre original : IO,IO,IO et gli Altri

Durée : 95 mn

Acteurs principaux :

Gina Lollobrigida :Titta

Silvana Mangano : Silvia

Walter Chiari : Sandro

Vittorio De Sica : Commendatore Trepossi

Marcello Mastroianni : Peppino Marassi

Vittorio Caprioli : un politicien

SA

Mots clés : machisme – égoïsme – apparences – médiocrité - bêtise

 

 

Alessandro Blasetti a été un des promoteurs de la comédie italienne des années 60. Il est aujourd’hui moins connu que d’autres réalisateurs italiens, probablement par la qualité irrégulière de ses œuvres mais également par le fait qu’il a été un des rares cinéastes de la période mussolinienne. Il n’a pas récusé son engagement fasciste pendant de nombreuses années. Il a expliqué son retrait en raison de la politique colonialiste de l’Italie fasciste lors de l’envahissement de l’Ethiopie. Il a contribué à révéler des acteurs tels que Marcello Mastroïanni. Il était soucieux d’être proche des réalités, comme Rossellini. Il finira d’ailleurs sa carrière en produisant des documentaires.

L’intrigue de « Moi, moi, moi et les autres » se déduit aisément du titre. Le film est dépourvu de logique de progression par l’effet des trop nombreux scénaristes impliqués. Sandro, le héros, semble avoir au moins deux vies : l’une matrimoniale aux côtés de Gina Lollobrigida, ravalée au rang de coquette bourgeoise, l’autre comme soupirant manipulé d’une future star jouée par une Silvana Mangano, carriériste prête à tous les accomodements. Blasetti s’applique à illustrer le titre sur le mode comique. La critique morale des mœurs de la classe moyenne aisée de la société italienne se révèle courte, même si elle fait rire.

Le rire serait-il de « droite » ?

On peut se demander pourquoi un tel film à saynètes est produit aujourd’hui ? Il est, certes, représentatif d’une époque inconsciente, mais qui peut dire que la nôtre ne l’est pas tout autant, en pire ?

Il décrit avec un effet de grossissement lié au décalage (1966) le machisme italien et son complément : les habiletés manœuvrières des femmes d’une bourgeoisie superficielle. Les plus réactionnaires des messieurs d’aujourd’hui conviendront du bien-fondé de la contestation des femmes à être autre chose que des potiches apprêtées. Il est facile de relever que dans cette lutte des sexes d’un autre temps se retrouve la solitude fondamentale qui fait suite à l’absence d’élaboration de liens affectifs profonds. Aujourd’hui, la logique consommatrice est mieux partagée. Elle est aussi triste, une fois le rire dissipé.

Certaines scènes se dégagent d’une trame décousue. Le décodage des prières individuelles est exemplaire de petitesse. Sur le même registre, la confession d’un détournement de l’argent de la Sécurité sociale est très originale. La fervente gratitude de Vittorio de Sica échappant aux exécutions des anciens alliés nazis ne laisse place à aucune illusion sur son altruisme chrétien.

La superstition aurait-elle disparu aujourd’hui, à l’époque des paris en ligne ? Le préposé aux wagons-lits avoue sans honte à Sandro « qu’il ne pense qu’à ça », dans le couloir qui le sépare des dormeuses, mais qu’en est-il des amateurs des sites X ?

L’égoïsme d’un voyageur va jusqu’à vider les écuelles de fromage en poudre pour son plat de pâtes, au restaurant du train. Un politicien adopte des mines de circonstance selon la couleur politique des députés qu’il rencontre, pas après pas, après l’annonce de la mort d’un de ses rivaux. Une des séquences les plus cocasses est celle qui voit Sandro se désespérer de n’exprimer aucun chagrin à la mort de son cher ami, Peppino, qu’il a toujours méprisé en son for intérieur. Il lui faut un instant se mettre visuellement à la place du mort dans le cercueil encore ouvert pour s’émouvoir enfin. Sa récompense est immédiate : l’ensemble des femmes présentes, de la plus jeune à la plus rangée semble prêt à tout faire pour le consoler.

Le film a le mérite de nous mettre en garde contre les idéologies et les postures. Le rite qu’il provoque est sans recours et, de ce point de vue, l’absence de toute compassion, de toute espérance, peut le classer « à droite ». Peut-on le rattacher à l’alcoologie ? Certainement. Il suffit de considérer le niveau d’imposture, d’aveuglement et de bêtise, à l’échelle des individus et des soignants présents dans le champ de l’alcoologie. Il suffit de retourner le projecteur. A chacun de faire le tri, ensuite, et de dégager des attitudes et des pistes alternatives.