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Réalisation : Michael Curtiz

Scénario : Michael Curtiz et William Kheighley

Date : 1938 / USADurée : 90 mn

Acteurs principaux :

Errol Flynn : Robin de Locksley

Olivia de Havilland : Lady Marianne

Basil Rathbone : Sir Guy de Gisbourne

Claude Rains : Le prince Jean

Patrick Knowler : Will l’écarlate

Eugene Pallette : frère Tuck

Alain Hale : Petit Jean

Melville Cooper : Le shérif de Nottingham

Ian Hunter : le roi Richard

SA

Mots clés : héros – légende– témérité – stéréotypes – bonne humeur

Avec le temps, les légendes évoluent, des personnages apparaissent, d’autres disparaissent. Qui fut véritablement Robin de Locksley ? Un chef de voleurs dans une Angleterre aux mains mal assurées des Normands ? Pouvait-il être partisan de Richard, cœur de Lion, le roi aventurier, lui le saxon ? Qu’importe la véracité historique lorsqu’on est un enfant. Les identifications s’effectuent sur un modèle simple, binaire, les bons et les méchants, les généreux et les cupides…

Une chose est certaine, la figure de Robin des bois fait partie de l’imaginaire anglais. Dans la forêt de Sherwood, un chêne pluri-centenaire est rattaché à la légende. Il figure même dans une scène d’Orgueil et Préjugés de l’emblématique Jane Austen de Jo Wright.

Avec le retour dans les salles obscures, Utopia a visé le retour d’un public éclectique. Deux à trois rangées d’enfants occupaient le devant de salle. Signe des temps, ils furent étonnamment silencieux avant, pendant et après la séance. A l’opposé, dans un coin, deux réellement vieilles dames. Qu’étaient-elles venues retrouver ? L’athlétique Errol Flynn, encore indemne de l’usage d’alcool et de tabac ? La douce mais courageuse Marianne ? Leur propre enfance, quand tout était encore simple ?

L’incorporation d’une figure héroïque

 Mieux vaut sans doute incorporer des figures héroïques dans son imaginaire d’enfant que subir, malgré soi, des traumatismes ou avoir son esprit façonné par des chiffres, les conditionnements consuméristes et l’idéologie ambiante.

Alors que les addictions semblent être devenues notre horizon indépassable (20% pour la seule variable alcool et combien en plus si nous effectuons le cumul des autres addictions illégales mais également numériques et psychosociales ?), la figure du héros mérite considération.

Le héros refuse le (dés)ordre établi par une minorité. Il refuse les règles du jeu quand elles s’éloignent de l’équité, de la justice, de l’aide à apporter aux plus défavorisés. Il est fondamentalement désintéressé et peu soucieux de son image, si ce n’est comme moyen.

Il met en jeu son esprit critique. Il fait preuve de courage, de persuasion, de ténacité. Il a une capacité charismatique d’entraînement. Il a un sens de l’organisation, des habiletés tactiques au service d’une stratégie.

Chaque époque a ses héros. Le personnage de Robin est assurément simpliste. Le duel mortel qui l’oppose à sir Guy de Gisbourne, enfermé dans sa logique de caste et ses ambitions, ressemble à un combat de basse-cour entre deux coqs.

Nous pourrions (nous) interroger : « Dis-moi qui sont tes héros, je te dirai qui tu es ou du moins à quoi tu aspires ». L’incorporation de figures idéales a, dans une certaine mesure, valeur de prescription. Nous devenons ce que nous souhaitons être, avec la pondération parfois cruelle du réel.