Réalisation : Yilmaz Güney

Scénario : Yilmaz Güney

Date : 1983

Durée : 112mn

Acteurs principaux :

Sisko : enfant turc

Tuncel Kurtiz : le gentil gardien

Cafer : Ahmet Ziyrek

Isabelle Tissandier : la mariée

A/ HA

Mots-clés :

Prison – violences – dictature – abus sexuels - jeunesse

 le mur

L’enfer en prison

Les prisons sont rarement présentées comme une sinécure. Les prisons turques dans les années 70 ne l’étaient pas, à coup sûr !

La prison d’Ankara isole et sépare les hommes, les femmes et les adolescents. Pourquoi sont-ils prisonniers, nous l’ignorons. Une seule fois, le délit est énoncé, une femme confie avoir tué son mari à la hache ! Nous avons du mal à imaginer que la plupart des prisonniers soient de dangereux individus.  Ils n’ont pas les têtes d’assassin du film d’Abel Gance, M le maudit. Quand on considère les jeunes, dont certains ne sont probablement pas même pubères, on a du mal à imaginer une quelconque proportion entre la faute et la sanction. Et à considérer l’encadrement assuré par à la fois par des militaires et les gardiens, nous imaginons sans peine que le pays relève d’une dictature.

Nous savons aussi que Yilmaz Güney, le réalisateur, a passé plusieurs années de prison pour des motifs politiques.

Le film a d’ailleurs été tourné en France, dans l’aile aménagée d’une abbaye et les acteurs ont été principalement recrutés parmi les turcs d’Allemagne de l’Ouest. Le tournage aurait recréé les conditions psychologiques adéquates. Il avait été reproché au réalisateur, Yilmaz Güney, une conduite d’acteurs excessivement « démonstrative ».

Tout est violent dans ce film : le seul gardien faisant preuve d’humanité finit par être viré et se retrouve au chômage, après qu’un jeune garçon se soit échappé, abattu aussitôt par un soldat. Le petit garçon en question avait subi les attentions pédophiles d’un des gardiens haïs et redoutés, Cafer. Une des scènes les plus horribles du film correspond à la promenade nocturne de Cafer dans les couloirs du dortoir 4 à la recherche d’une proie. Les adolescents font semblant de dormir en espérant échapper à la désignation. Une autre scène répugnante est le mariage de deux détenus, habillés pour la circonstance, l’homme puis la femme étant successivement abattus alors qu’ils croient pénétrer dans la salle où va s’officialiser leur union.

Autrement, le film est bien filmé. Les acteurs jouent bien leur rôle. Les enfants sont attendrissants, les ados, également.

On se doute qu’il y a beaucoup de kurdes parmi les prisonniers, ce peuple multiconfessionnel, martyrisé et sans territoire. À un moment, un jeune aux traits délicats doit se déculotter face aux gardiens pour prouver qu’il est un garçon. Scandale c’en est un, mais il n’a pas été circoncis !

Et chez nous, comment cela se passe-t-il ?

Les échos que nous avons de nos prisons ne sont guère brillants., mais elles ne soutiennent pas la comparaison avec les prisons turques. Ce qui se passe en Iran et dans d’autres pays où des cinéastes téméraires se sont risqués à produire des films réalistes est, incontestablement, plus radical. Ainsi, pourvoyeurs et usagers de drogues, en Iran, sont passibles de la même sanction : la pendaison.

L’alcool conduit un certain nombre de personnes en prison. Quelques unes n’ont rien à y faire. La législation est dans l’ensemble sévère.

Les récidives sous produits correspondent, le plus souvent, à une comorbidité psychiatrique ou à des fautes associées passibles de sanctions pénitentiaires.

La prison a un pouvoir dissuasif indiscutable pour la plupart des personnes alcoolodépendantes plongées dans cet enfer, ce qui prouve de leur part une forme de bon sens et d’acceptation. Plusieurs patients ont cessé de boire, après ce traumatisme.

Nous n’aborderons pas la question des peines rattachées au narcotrafic ou à l’usage de drogues associé à des faits punissables. Nous sommes dans un tout autre registre.

Dans notre pays, il n’y a pas de prisonniers politiques. La mise hors jeu emploie d’autres moyens : dénonciations fiscales sélectives, affaires de mœurs.

Une société qui a besoin de plus en plus de policiers et de prisons est une société qui va mal. La question à se poser est celle des décisions politiques, éducatives et pénales qui pourraient éviter ou rendre efficace la solution pénitentiaire.