Réalisation : René Clair
Scénario : Geoffrey Clait, René Clair…
Date : 1936
Durée : 165 mn
Acteurs principaux :
Robert Donat : Murdoch Glourie
/ Donald Glourie
Jean Parker : Peggy Martin
Eugène Paltte : Monsieur Martin
Ralph Bunker : Ed. Bigelox
Elsa Lanchester : Miss Shepperton
A/ HA
Mots-clés : clans – capitalisme US – publicité – fantôme - whisky

1936 : c’est aussi le Front Populaire, la semaine de 40 heures et, plus encore, les congés payés pour les ouvriers et la population laborieuse. Curieusement, ce film est – analogiquement – hors du temps, avec son histoire de fantôme écossais, embarqué avec les pierres d’un château pour être rebâti en Floride.
Au commencement, deux clans écossais qui préfèrent se combattre plutôt que s’opposer à l’envahisseur anglais. Le patriarche de l’un deux, Glourie, se désespère du comportement hédoniste de son fils Murdoch. Ce séduisant jeune-homme préfère fréquenter les jeunes bergères que combattre les ennemis de son père. Il obtient le gage d’un baiser des jeunes bergères qu’il rencontre par une devinette, qu’il répète :« Quelle est la différence entre un chardon dans la bruyère et un baiser dans le noir ? »
Quand Murdoch se décide à combattre, il est malencontreusement tué par un boulet de l’unique canon… écossais, qui fait exploser le baril de poudre derrière lequel il s’abritait. Dans l’intervalle, son père, grand amateur de whisky, est décédé. Murdoch ne pourra retrouver son père dans les nuées que lorsqu’il se sera imposé face à un membre du clan Mal Laggen. En attendant, son fantôme traînera son ennui en se promenant au douzième coup de minuit, à travers les murs, les pièces et les remparts du château. Rien à voir avec la ligne Maginot.
La solution viendra des USA, par la grâce de la jeune et jolie Peggy Martin, arrivée au volant d’une longue décapotable. En dépit de la vétusté du château, elle s’emballe pour les vieilles pierres mais aussi pour le séduisant descendant des Glourie, le gentil Donald. Elle saura convaincre son père, un self-made man fortuné qui voit dans le déplacement du château en Floride le moyen d’une formidable publicité pour son commerce. Donald fera partie du voyage pour assurer la bonne réalisation de cette opération. Petite scène de la vie quotidienne en Floride, ce sont des ouvriers noirs qui alignent les vieilles pierres du château.
Comme tout est bien qui finit bien, Murdoch le fantôme aura la possibilité d’affirmer la supériorité du clan des Glourie sur un descendant des Mac Laggen, Bigelow, rival commercial du papa de Peggy. Il jouira enfin du repos éternel et Donald, son descendant, touchera le jackpot, grâce à son élégance toute britannique.
Derrière la comédie, le pouvoir de l’argent au service de la vulgarité
Le papa Martin a joué un rôle analogue dans un film de Lubitsch, Le ciel peut attendre, celui d’un insupportable enrichi, inculte et stupide. Donald s’en trouve folklorisé. Sa politesse et son élégance tranchent avec la grossièreté de celui qui deviendra son beau-père. Les Ecossais de l’histoire sont fauchés à l’image des créditeurs de Donald. Ils essaient d’économiser à tout va, tout en réclamant leur dû à Donald. Celui-ci en vient à organiser une réception en les transformant en domestiques le temps du repas donné en l’honneur de l’acquéreur américain. Le concurrent de Martin, Bigelow, bien qu’écossais de naissance, a réussi sa mutation comme américain. Il sait parler dollars. Donald est un égaré. Il n’a plus sa place. Par chance, il a plu à Peggy.