Réalisation : Ernst Lubitsh
Scénario : Melchior Lengyel, Edwin Mayer
Date : 1942
Durée : 99 mn
Acteurs principaux :
Carole Lombard : Maria Tura
Jack Benny : Joseph Tura
Robert Stack : Lieutenant Sobinski
Stanley Rudges : Professeur Siletsky
Sig Ruman : Colonel Ehrhardt
Felix Bressartt : comédien pour Shylock
Tom Dugan : Bronski, acteur pour Hitler
Henry Victor : Le capitaine Schultz
Maud Eburne : Anna, la camériste
A/ HA
Mots-clés : Acteurs – Guerre – Humour – Dérision – Burlesque

To be or not to be fait partie des chefs d’œuvre produits par le cinéma américain mobilisé très tôt contre Hitler et sa bande d’assassins. Comme Le Grand Dictateur de Chaplin, la politique antisémite du Troisième Reich était connue au moment de la réalisation du film, mais l’horreur des camps était encore ignorée, ce qui permet de comprendre le ton de comédie de ce film.
L’action se situe au moment de l’invasion de la Pologne, en septembre 1939, qui déclencha la seconde guerre mondiale. Varsovie envahie par l’armée allemande, la pièce de théâtre en répétition destinée à railler les nazis n’est plus de mise ! Elle est rapidement remplacée par Hamlet, lacélèbre pièce de Shakespeare. To be or not to be.
La question a pris une actualité brûlante. Que va-t-il advenir de la troupe et aussi de la Résistance polonaise à l’occupant ? Un jeune pilote de bombardier, Stanislas Sobinski est amoureux fou de l’actrice vedette, Maria Tura. Coquette et flattée, elle ne repousse pas ses avances., sans toutefois commettre l’irréparable. Arrivé à Londres pour combattre, Stanislas évente une manœuvre de contre-espionnage, conduite par un certain professeur Silesky. Ce dernier, imprudemment envoyé par l’espionnage britannique pour aider la résistance polonaise, ne connaît même pas l’existence de l’envoutante Maria, alors que l’image de l’actrice figure partout, y compris sur des paquets de cigarettes ! Stanislas est parachuté à Varsovie pour prévenir Maria. Stanislas a donné imprudemment un billet pour Maria à Silesky, comme d’autres de ses compatriotes aviateurs, soucieux de donner de leurs nouvelles à leur famille restée dans la capitale polonaise !
Toute la troupe va être embrigadée pour sauver la Résistance, tout spécialement Joseph, l’époux quelque peu vaniteux et, à juste titre, jaloux. Joseph va devoir se surpasser pour tirer Marie du piège dans lequel elle s’est volontairement laissée enfermer pour récupérer la liste des proches des aviateurs polonais, détenue par le perfide Silesky. Joseph a du mal à garder ses moyens d’acteur lors de la scène célébrissime. Quand il prononce l’existentiel « To be or not to be », seul en scène, le jeune lieutenant se lève pour rejoindre la belle Maria, dans sa loge d’actrice. Être ou ne pas être …cocu, telle est sa question. Au jeu des cocus, Joseph ne sera d’ailleurs pas le dernier, mais qu’importe puisque la Résistance polonaise pourra continuer le combat !
Quelles leçons retirer d’un tel film ?
Les bons aryens en costume militaire apprécient le cognac et le champagne, mais là n’est pas la question., Lubitsch les avaient bien connus puisqu’il était allemand, immigré aux USA, dès 1922, à l’époque de la République de Weimar.
L’humour et le sang froid sont d’une grande utilité en période troublée et conflictuelle. Cependant, ils n’ont aucun effet préventif sur la barbarie.
Aujourd’hui, l’antisémitisme est revenu à la mode, l’anti-anti-sémitisme aussi. Le racisme et l’antiracisme ont des symétries qui n’aident aucunement la résolution des problèmes. Quand deux blocs veulent l’affrontement, cultivent la peur et la haine, il n’y pas de place pour des compromis intelligents et encore moins pour l’humour. À la fin de l’histoire, un acteur a l’occasion de se lancer, face à des soldats allemands, dans la tirade de Shylock, l’usurier du Marchand de Venise, pour affirmer que les juifs sont des humains comme les autres, avec peut-être l’humour en plus, tant qu’ils ne se considèrent pas au-dessus des autres.