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Réalisation : David Roux

Scénario: David Roux et Julie Peyr

Date : 2018 / F

Durée : 93 mn

Acteurs principaux : Jérémie Régnier (Simon, pneumologue) ; Marthe Keller (sa mère malade) ; Maud Wyler (Julia, sa sœur) ; Alain Libolt (Sylvain, le père) ; Zita Hanrot (Agathe, l’interne)

 SA

 Mots-clés : Médecine – Acharnement – Acceptation – Ambivalence − Proche

 

 

Simon est un pneumologue hospitalier. Sa mère est admise en urgence pour une septicémie. Cette complication infectieuse signe la récidive d’un cancer de l’ovaire. La malade fait savoir qu’elle ne veut pas engager de nouveaux traitements. Elle a compris que la partie était perdue. Elle a assez subi. Elle estime que sa vie peut s’arrêter sans inutiles et pénibles prolongations. Son attitude bouleverse son fils médecin, habitué à lutter par tous les moyens et le plus longtemps possible face à la maladie grave. Son père, très attaché à son épouse, a du mal à comprendre la situation. Julia, la sœur de Simon, vient de décider, sereinement, de divorcer du père absent de ses deux jeunes enfants. Une jeune interne est attirée par Simon…

Qu’est-ce que l’éthique médicale ?

 Ces dernières années, le cinéma particulièrement en France, s’est plusieurs fois donné la médecine comme objet de scénarios. « L’Ordre des Médecins » - rien à voir avec l’institution éponyme - fait porter l’éclairage sur le changement de position du médecin quand il passe de sa fonction professionnelle à celle d’un proche confronté à la maladie grave d’un être aimé, à savoir ici sa propre mère. La thématique du film reprend celle de Mia madre de Nanni Moretti, dans une approche plus conventionnelle.

Au fond qu’est-ce qu’un médecin et comment définir l’éthique médicale ? Fondamentalement, la profession confronte à la souffrance, au handicap, à l’irresponsabilité, à la finitude et à la mort. Même s’il existe des disciplines moins anxiogènes ou déprimantes, les beaux résultats d’aujourd’hui préparent les échecs de demain, puisque toute histoire individuelle a une fin. Le métier de médecin est une invitation permanente à l’humilité, à l’altruisme, à l’acceptation, à la mise en question. La médecine est-elle pensable amputée de sa dimension philosophique ?  Comment l’éthique individuelle d’un médecin peut-elle se dégager des représentations sociales, tout en tenant compte de la législation ? Il n’est pas sans danger de mettre en jeu son éthique personnelle dans nombre de situations cliniques. L’Ordre des Médecins, en tant qu’institution, signifie le cadre normatif strict dans lequel la liberté du médecin peut s’exercer.

Il est toujours tentant de s’en tenir strictement à sa fonction technique, jusqu’à en abuser, dans le domaine médical mais, plus largement, dans tous les corps de métier sociaux régis par les règles relationnelles. C’est ce qui se passe habituellement face à la maladie grave. Des protocoles validés sont mis en route, poursuivis, alors que l’issue ne laisse aucune place au doute : ce sont des prolongations qui vont se jouer, avec un coût de souffrance élevé pour le malade, pour ses proches qui peuvent être marqués à vie par la façon de mourir de l’être aimé, avec un coût financier parfois exorbitant. Qu’opposer à ces situations banalement dramatiques ? La dimension éthique doit forcément intervenir. De quelles manières ? Le principe du « Ne pas nuire », fondamental, n’est pas toujours facile à décliner. Un dialogue respectueux et empathique doit pouvoir être assuré avec le patient pour l’aider à exprimer ses désirs, sans les influencer. Il y a, en lui, un part de libre-arbitre, à côté de ses peurs et de ses défenses. Il faut pouvoir l’accompagner, en mettant en jeu l’acceptation de ses propres limites comme professionnel, en sachant se protéger des malveillants et de la Loi. Dans One million dollar baby, Clint Eastwood, le manager de sa championne devenue tétraplégique après un coup déloyal de sa rivale de combat, met en œuvre la volonté d’en terminer de la morte-vivante. Ce cas limite n’est pas si exceptionnel dans les fins de vie. C’est alors notre responsabilité individuelle de professionnel et/ou de proche qui est convoquée. Il se trouve que ces moments douloureux sont souvent perturbés par la subjectivité des proches et par le défaut d’implication rationnelle et éthique des professionnels.

Dans cette histoire, Simon se retrouve souvent seul dans les dédales obscurs de l’hôpital, seul ou avec un ami médecin. Il a besoin de cette tranquillité. Il prend le temps de maîtriser ses émotions, ses refus. Il peut évoluer vers une forme d’acceptation de la volonté de sa mère. Sa fin ne sera pas volée par l’abus des technologies et des protocoles inutiles.

Il n’y a pas de médecine sans éthique personnelle, sans risque d’erreur, sans souffrance maîtrisée, sans réflexion, sans prise de responsabilité. Le fait que la profession soit de plus en plus dévaluée, compartimentée et corsetée, ne change rien à sa dimension éthique. Malheur au médecin qui néglige de philosopher.