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Réalisation et scenario : Nicolas Pariser

Date : 2019 / France

Durée: 105 mn

Acteurs principaux:

Fabrice Lucchini : Paul Théraneau, le Maire

Anaïs Demoustier : Alice, la normalienne

Léonie Simaga : Isabelle, le chef de cabinet

Alexandre Steiger : Gauthier : l’ancien ami

Maud Wyler : Delphine, son épouse écolo

Pascal Reneric : L’ami des vieux livres

Nora Hamzawi : l’amie au sein du Cabinet

Antoine Reinartz : Le responsable de la “Com”

Thomas Chabrol : Le conseiller en “Com”

SA/HA

Mots clés : Politique – Communication – Culture – Accompagnement– Modestie

 

 

Lyon est le cadre de cette histoire. Son Maire, après 30 ans de mandat, est usé par la routine de ses fonctions, lassé de son rôle. Il est à la croisée des chemins : poursuivre son mandat ou prendre la tête du Parti socialiste dont il est membre et briguer la fonction présidentielle, à moins de …choisir la porte de sortie. Pour l’heure, il est question de lancer la campagne municipale, avec un slogan que le moindre observateur distancié pourrait estimer immodeste sinon ridicule : « Lyon 2500 ». En panne d’idées nouvelles, le Maire a l’idée de s’attacher les services d’une jeune femme, Alice, ancienne normalienne, enseignante à Oxford, pour disposer d’un autre regard que ceux des conseillers en communication.

 

La politique, la culture, la communication

 

Nicolas Pariser s’est servi de la personnalité de Fabrice Lucchini pour donner un éclairage sur le petit monde de la politique à l’heure de la ‘‘Com’’.  Le nom choisi pour le maire de Lyon, Théraneau, est l’anagramme de celui d’un politicien de L’Homme sans qualités, le roman fleuve inachevé de Robert Musil. La littérature est très présente, comme il se doit, dans les échanges entre le Maire et Alice. Dans la dernière scène du film, elle lui offre un recueil de nouvelles d’Herman Merville, dont Bartleby, le scribe schizophrène.

Ce parti-pris d’opposer le vieux monde de la politique, du livre et de la musique classique à celui ô combien superficiel de la Communication en images et formules creuses n’est pas le moindre des attraits de ce film. À l’évidence, Paul Théraneau n’est plus de son temps. Le personnage qu’incarne Lucchini n’est pas inspiré, de ses propres dires, de Gérard Collomb, le Maire de Lyon devenu Ministre. Il figure plutôt un moment de fracture dans la désignation des responsables politiques. Alice a préparé pour le candidat à la présidence du Parti un discours résolument offensif et clairvoyant, aux formules saisissantes. Las ! L’appareil du Parti choisit au dernier moment de désigner son candidat à la présidence sous forme de Primaires. Dès lors, le discours destiné à réunir les suffrages des militants du congrès n’a plus de raison d’être. Le destin de Paul Théraneau est scellé.

Cette évocation renvoie à l’effondrement des deux principaux partis qui se disputaient le pouvoir en France : les Républicains et les socialistes. L’innovation ambigüe d’une désignation par des électeurs supposés partisans est un exemple de fausse bonne idée démocratique. Elle a détruit les Partis politiques. Le Verbe n’a plus de prise en politique, pas plus que les réalisations concrètes. La communication fait exister le néant et manipule des réalités qu’elle rend incompréhensibles.

L’heure est aux représentants des Banques, missionnés pour occuper les postes de responsabilité. Ils sauront faire bon usage des Médias et du tout numérique à leur service. Dans le discours qui ne sera pas lu émergent des formules dont la justesse est glaçante.

Ce sont les meilleurs élèves de la République qui délaissent les métiers altruistes, garants de la cohésion nationale et d’un universalisme humaniste : l’enseignement dont celui de la littérature et de la philosophie, la médecine, une science, une économie, une organisation orientée vers l’utilité sociale. Ils mettent leurs capacités au service de la finance et de l’économie apatride, en se conformant docilement à la nouvelle marche du Monde.

L’histoire illustre la rencontre entre deux générations qui ne parviennent pas à changer le cours prévisible des choses. En dehors des fantoches et des pantins, personne, toutes générations confondues, n’est à sa place.

Alice est une sympathique héroïne, bien de son temps, mais très décalée de par sa formation littéraire et philosophique. Quel sera son devenir ? La solitude est très présente dans une culture opératoire où l’esprit critique devient une incongruité.

Quel enseignement tirer pour la problématique alcoolique ? L’assurance que la nouvelle classe politique ne prendra d’aucune manière en compte les réalités d’une société rendue addictogène par la désespérance et l’absurdité qu’elle distille. La solidarité doit s’organiser entre ‘‘résistants’’ au désordre institué, quels que soient la place, le rôle et l’âge des opposants à la Normalisation générale. L’épouse écologiste de Gauthier, l’ami fraternel d’Alice, à l’évidence maniaco-dépressive, est placée en psychiatrie. Comme s’interroge son époux : Est-ce la lucidité qui l’a rendu folle ou est-ce la folie qui a inspiré sa lucidité ?