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Christian Thorel

Gallimard, Tracts, n°26, 2021

3€90, 61 pages

 

Cette fois, c’est Christian Thorel le créateur d’Ombres Blanches qui prend l’initiative, dans la collection Tracts , d’un rappel historique sur le devenir du livre et des librairies.

À l’évidence, un des acquis les plus précieux, à ce jour préservé, de la vie intellectuelle a été le prix unique du livre décidé en 1982 par le ministre de la Culture, Jack Lang. Le prix unique, inscrit sur la quatrième de couverture, a empêché les Grandes surfaces de mettre en œuvre leur stratégie commerciale de « prix cassés ». C’eut été la fin des libraires, des librairies et la liquidation des maisons d’édition qui s’efforcent de préserver une forme d’indépendance et de diversité éditoriale. La menace d’une emprise d’Amazon et consorts sur le secteur de l’édition a été déjouée. Pour combien de temps ?

Dans ses jeunes années, Christian Thorel a assisté à la fermeture d’un certain nombre de librairies rattachées aux maisons d’éditions autour de la Sorbonne et des quartiers avoisinants de Paris. Des maisons comme Gallimard ou Le Seuil ont résisté, donnant les meilleures assurances aux auteurs qu’elles accueillent. Parallèlement « le confort donné par les techniques nouvelles de composition et d’imprimerie profite à un grand échiquier de maisons », pour le meilleur et pour le pire.

Thorel ajoute plus loin : « L’histoire d’un livre procède d’un ensemble d’étapes, de médiations depuis la réclusion solitaire de son auteur jusqu’à la silencieuse solitude de son lecteur ». Il voit avec méfiance la naissance d’une autoédition récupérée par le e-commerce. Le développement du commerce en ligne est une menace qu’il n’est pas possible de sous-estimer.

En attendant, Ombres Blanches reçoit chaque jour plus de 150 titres nouveaux, près de 200000 titres différents chaque année, soit une multiplication par trois des livres mis à disposition. Difficile, dans ces conditions, de faire connaître un livre nouveau par son contenu.

La tendance est à la diminution du prix public des livres, à l’augmentation continue du nombre de livres au format de poche. L’acquisition de livres en est facilitée. Cependant, il serait intéressant de savoir ce que lisent les différentes catégories d’âge, les différentes catégories sociales, à l’heure des mass médias.

Comme le souligne l’auteur, la lecture nous oblige à prendre du temps. Elle représente un pas de côté, un temps suspendu. Le livre comme objet matériel incomparablement maniable fait de la résistance.

Il a fallu attendre prés d’un an de confinement pour que le ministère de la santé déclare essentiel le commerce des livres, des DVD et des CD.

Notons, pour faire un hors sujet, 14 mois après le début du confinement, que la liberté de se promener à vélo dans la campagne est encore soumise à sanction. Peut-être un jour, dans un an ou deux, aurais-je la possibilité de rédiger chez Galimard un texte intitulé « Essentielles bicyclettes ».