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Edgar Morin

INSEP – Cherche midi

10€, 58 pages

 

L’homo ludens – le joueur – la composante ludique de notre personnalité, notre aptitude à pratiquer des jeux, vaut le détour. L’opuscule signé Edgar Morin a le mérite de nous mettre en appétit en nous laissant sur notre faim.

Un de ses mérites est d’avoir mis l’accent sur un éditeur, le Cherche midi, du nom de la rue qui accueille encore cette maison d’édition. La taille réduite de l’ouvrage est une particularité récente de l’Edition : un nom connu, l’équivalent d’une dissertation plus ou moins inspirée et rigoureuse, passablement hors-sujet et le tour est joué. Le prix est à la hauteur de la notoriété de la signature. L’on s’étonne qu’il soit demandé tant de temps à un auteur pour lui signifier une réponse. Le Cherche midi annonce, en effet, son délai : six mois. Comme cette maison d’édition autorise l’humour, nous nous sommes employés à envoyer notre manuscrit.

On constate que la même collection propose un ouvrage de l’inévitable Boris Cyrulnik : « J’aime le sport de petit niveau ».

L’INEP est l’institut national du sport, de l’expertise et de la performance. Cela ne s’invente pas. Il prône « le décloisonnement des disciplines et la compréhension des multiples déterminismes qui fondent la pratique sportive ».

Que pouvons-nous grapiller de ces pages inspirées ?

Elles commencent par un hors-sujet : L’action échappe à la volonté de l’acteur et entre dans le jeu des inter/rétroactions sociales. En 1789, l’aristocratie avait demandé la convocation des États-Généraux pour retrouver des privilèges, ce qui a suscité un processus en chaîne non prévu par ses promoteurs, le vote par tête, avec pour résultat ultime le raccourcissement d’un certain nombre de têtes.

« Naviguer au gouvernail exige de connaître sa destination ». Nous pouvons ajouter que la destination sert, au moins, à prendre le chemin qui donne lieu à des rencontres, des apprentissages, des actes créatifs… Nous naviguons souvent à vue, faute d’un horizon suffisamment dégagé.

Sur le sport, ce poncif : imposer son jeu, faire déjouer l’adversaire.

Inclure simultanément dans sa réflexion le court, moyen et long terme, privilégier l’un ou l’autre… Banalité qui se vérifie dans la descente d’un col pour ne pas rater le virage. Est rappelé une opinion d’Höderlin, un poète du XVIIIème siècle : « Là où croît le danger croît aussi ce qui sauve ».

« Les règles permettent aux antagonismes de s’exprimer sans dégénérer en violences ». Il pleut des vérités premières, dirait Courteline.

« L’idée de perdre son pouvoir de séduction est quelque chose de terrible », surtout pour les adeptes du jeunisme.

Morin oppose l’accomplissement de soi et le dépassement de soi. N’est-ce pas aussi par le dépassement de ses limites que l’on progresse et que l’on s’accomplit » ?

Quelques bonnes lignes pour souligner l’autonomie partielle du sport des contraintes économiques qui s’exercent sur le sport médiatisé. Sur le terrain, le jeu prend la première place : les combinaisons, les passes, les initiatives. Le «sauter plus haut » s’accompagne de l’art de sauter ».

Nous échappons de peu à la « glorieuse incertitude du sport » pour finir par le nationalisme rattaché au sport. Du temps de Morin, « on devenait français en apprenant l’histoire de France ». Pour les « rejetés » « être français n’est qu’une affaire de papiers ». On peut se sentir français à partir de la culture et du plaisir de jouer ensemble. L’ennui avec l’hymne national, c’est qu’il est figé à jamais. Certains chants nationaux sont plus poétiques et chaleureux que d’autres, notamment du nôtre où il est question de « sang impur » et du « mugissement des féroces soldats ». Et que dire du Haka plutôt rigolo des All Blacks ?

À tort, peut-être, J’éviterai, désormais, ce genre d’essai de célébrités.