Eugénie Bastié

Tracts n°46

Gallimard

3€90, 29 pages

sauverladifferencedesexes

Voici un Tract court qui justifie ainsi son nom. Gallimard autorise donc la défense d’une position condamnée par la Cancel. Peut-être aurons-nous la possibilité de rédiger un tract sur l’Homo Addictus au terme de notre effort de transmission ?

Il est presque drôle d’avoir à lire ce type de Tract, rédigé par une main féminine. Le sous-titre aurait pu être « Ne tirez plus sur l’ambulance ».

Les personnes alcooliques devenues lucides ont l’expérience du déni et de la dénégation. La Société libérale n’en n’est pas encore à ce stade.

Nous pouvons tous nous réjouir de l’évolution des mœurs, de la désacralisation du patriarcat comme du matriarcat, de l’effort d’acceptation des différences. De là à basculer dans le négationnisme des différences sexuelles, il y a un fossé que refuse Eugénie Bastié.

Son tract se lit facilement et, globalement, il constitue un retour au bon sens. Nous retrouvons un invariant du débat politique : l’opposition irréductible du bon sens au sens commun, c’est-à-dire à ce que l’Opinion, la nouvelle idéologie impose.

Je limiterai la présentation de ce tract, émanant d’une journaliste du Figaro (Oui, du Figaro, quelle horreur !) a quelques lignes significatives.

« Aux Etats-Unis, en Angleterre, et même dans notre pays, des hommes et des femmes sont chassés des universités, voient leurs conférences annulées, et parfois même, leurs livres brûlés, parce qu’ils ont osé affirmer qu’il n’existait que deux sexes et qu’on ne pouvait pas passer de l’un à l’autre. À Moscou, Pékin, Bamako ou Delhi, dans la partie non occidentale du monde on pense certainement bien différemment… Nous sommes la première civilisation qui se donne pour mission de déconstruire » la différence des sexes.

Madame Bastié précise qu’elle « n’est pas attachée à une division surannée des tâches domestiques, à des archétypes figés de la virilité et de la féminité ». Elle n’a pas davantage de « mauvaises dispositions à l’égard de personnes ne se reconnaissant pas dans leur sexe de naissance ». Elle se détermine à partir d’un effort de réflexion, indépendant de son sexe.

Elle donne des arguments pour expliquer sa réactivité.

Il lui est « insupportable de voir un mensonge aussi énorme – il n’y a pas deux sexes – prospérer dans le débat public, alors même que l’on proclame « le culte de la science et la chasse aux obscurantismes ». L’idée que le sexe serait une pure construction sociale lui semble une idiotie perverse.

Elle transforme la savoureuse anecdote de Freud à propos de la logique du chaudron : « Premièrement, la différences de sexe n’existe pas, deuxièmement elle n’est pas du tout menacée, troisième ce n’est pas grave si elle est menacée, car sa destruction serait un bienfait pour l’humanité ».

L’auteur rappelle, plus loin, les trois vagues féministes.

La première a été celle de l’égalité des droits (droit de vote, ouverture à tous les métiers, égalité des salaires, droits spécifiques). De mon point de vue, ce combat peut et doit être mené à son terme par les deux sexes, en tenant compte des spécificités liées à l’environnement affectif et éducatif dont ont besoin les enfants – ceux-ci n’ont pas accès aux débat public.

La seconde a été anthropologique. Elle a été centrée par la maîtrise de la sexualité et de la fécondité féminine. D’immenses progrès restent à accomplir en termes de violences subies par les femmes (toutes cultures et religions confondues). On peut considérer comme discutable l’équivalence absolue de la liberté sexuelle, de la fécondation et de l’avortement.

La troisième est idéologique, c’est la théorie du genre, qui suppose la destruction des différences naturelles, « la négation de toute norme extérieure à la subjectivité de la personne ».

Pour, pour avec réserve, résolument contre.

Vive les femmes et les hommes, sans oublier les enfants