Jean-Marie
Schaeffer
MYTHOLOGIE
WEB
Moteurs de recherche,
Réseaux sociaux
Intelligence artificielle
Tracts Gallimard n°72
3€90, 58 pages

Pour Roland Barthes, chaque civilisation possède sa mythologie (Roland Barthes, Mythologies, 1957).
Le paysage médiatique a changé. Les médias de masse, y compris le cinéma, sont marginalisés au profit du Web (Web = ensemble des données et des connexions assurées par Internet).
WEB 1. 0 vaut pour moteurs de recherche, pour les sites et les groupes de discussion et les blogs (site reproduisant régulièrement des commentaires)
WEB 2.0 se rapporte aux réseaux sociaux.
WEB 3.0 désigne l’Intelligence Artificielle.
L’auteur effectue une analyse critique des trois facettes d’Internet.
WEB 1.0 Les moteurs de recherche
Une première illusion est de croire que Google sait tout, comme la bonne qui voit tout. En réalité, les données sont incluses à partir de mots-clés et de titres de textes. Ce qui crée plusieurs biais.
Nous avons essayé de faire connaître notre pratique par Wikipédia, les obstacles et les incompréhensions ont été tels que nous avons laissé tomber.
Si par exemple dix articles disent que tel homme politique est un âne et qu’un seul, documenté et pondéré, dit qu’il n’est pas si mal, le moteur de recherche va établir qu’en fait, c’est un âne. Le fait que personne sauf nous ne parle d’alcoologie relationnelle ou de groupe de parole intégratif ne permettra pas de faire connaître ces deux concepts. Et il ne sera dit, nulle part, qu’un séjour en cure classique est inutile ou contreproductif. Le moteur de recherche peut fournir une synthèse de sources de rigueur inégale.
Un moteur de recherche fournit une base de données indexée à partir de mots-clés. « Dans cette banque de données, l’expertise est voisine de l’ignorance la plus crasse, le vrai côtoie le faux » etc… (p12).
- Il me semble qu’une culture de base aide à trier.
Le WE 2.0 Les réseaux sociaux et le mythe égalitariste
Je ne les fréquente pas. Je rapporte ce qu’il en est dit.
La phrase qui tue « J’ai fait ma recherche ». (p14) : « You can trust me, I have done my research ! ». La lecture des messages sur Tik Tok, Instagram, Face Book est édifiante. Nous naviguons sur des océans de certitudes et de révélations. Le pire de ce type de recherche est que ceux qui ne partagent pas mon opinion sont vécus comme des menteurs et des manipulateurs.
Le complotiste reproduit la rumeur qui a toujours existé. Internet lui donne une amplitude inégalée. Via Internet, une information, vraie ou fausse, se propage à toute vitesse et touche la multitude des « followers ».
La brièveté des messages est essentielle. Ils doivent être percutants. Il convient d’être catégorique ! C’est à cette condition que la « contagion virale » se produit.
To twitter se traduit par : « pépier, caqueter, gazouiller » (p24). Bref, twitter c’est enfoncer les portes ouvertes, parler pour ne rien dire.
Quand on pense à toutes ces célébrités, connues et inconnues, qui gazouillent chaque jour…
Twitter consiste à « converser à distance en temps réel » (p25). Depuis qu’Elon Musk a racheté Twitter, il ne cesse de proposer des référendums sur des thèmes variés.
L’auteur rappelle que les réseaux sociaux appartiennent à des groupes financiers. Ils font partie du groupe de tête des capitalisations boursières et leurs propriétaires ou actionnaires se situent dans le peloton de tête des fortunes mondiales » (p29).
Plus les messages sont nombreux, plus la plateforme attire la publicité et plus elle vend chèrement ses espaces publicitaires.
« Les réseaux sociaux sont des marchés d’opinion » (p31) et nos sociétés font preuve d’une grande tolérance à leur propos.
Je me suis toujours demandé comment les gens, habituellement si pressés, acceptent de passer du temps à ce genre de pratique. Mais peut-être se pressent-ils pour twitter ?
III. Le WEB 3.0. L’intelligence artificielle
Les positions vis à vis de l’IA sont contrastées et passionnées : l’Apocalypse ou le Paradis réalisé.
La création met une intention en actes. Elle est susceptible d’évoluer et de modifier le processus engagé. L’IA fournit tout, tout de suite.
Le générateur de textes le plus connu est ChatGPT. Il apporte à une vitesse record des réponses crédibles à n’importe quelle question. Il produit des textes d’une complexité qui laisse pantois. Il donne l’impression d’interagir. Il répond aux objections, s’excuse d’avoir exprimé une opinion. Il donne l’impression d’être un interlocuteur humain toujours bien disposé. Ce qu’il exprime n’est que le résultat d’algorithmes de bases de données. « Il cause très bien sans avoir la moindre idée de ce dont il cause » (p45). La difficulté est que la base de données comporte des contre-vérités. Les réponses privilégient les opinions les plus partagées.
L’IA est un outil remarquable pour de nombreux secteurs liés à la technologie.
Elle ne prend pas en compte « ce qui relève de l’intelligence pratique, de l’intelligence créatrice, de l’intelligence sociale, de l’intelligence machiavélique » (P53).
Parmi les industries, celle de l’Armement a énormément profité des progrès de l’IA.