Albert Camus

Discours de Suède

Gallimard, nrf

72 pages

 

discoursdesuede

 

Divers auteurs font référence, à notre époque troublée, au discours que prononça Albert Camus lors de l’attribution du prix Nobel de Littérature, en 1957. Nous étions alors en pleine guerre d’Algérie. Ce petit livre réunit le discours du 10 décembre et une conférence prononcée 4 jours plus tard.

Discours de l’attribution

Camus fait référence aux « autres écrivains, réduits au silence, en Europe, au même moment et à la situation que connaît sa terre natale. Il définit son écriture non au service de ceux qui font l’histoire mais « au service de ceux qui la subissent » (p14). L’écrivain doit endosser deux charges « le service de la vérité et celui de la liberté » (p15).

Écrire l’obligeait « à porter, tel que j’étais et, selon mes forces, avec ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l’espérance que nous partagions » (p16).

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne consiste à empêcher que le monde se défasse. » (p17).

« La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante. (p19)

Il s’agit de tenir la promesse que (l’artiste, l’homme libre) se fait à lui-même, dans le silence » (p21).

Conférence du 14 décembre

« La plus grande célébrité consiste à être admiré ou détesté sans avoir été lu. Tout artiste qui se mêle de vouloir être célèbre dans notre société doit savoir que ce n’est pas lui qui le sera, mais quelqu’un d’autre sous son nom, qui finira par lui échapper et, peut-être, un jour, par tuer en lui le véritable artiste » (p37)

« L’art peut être un luxe mensonger » (p41).

« La barbarie n’est jamais provisoire. L’art (peut culminer) dans un optimisme de commande, le pire des luxes justement, et le plus dérisoire des mensonges » (p51)

Un paradoxe prononcé par Balzac : « Le génie ressemble à tout le monde et nul ne lui ressemble » (p54)

« L’art n’est ni un refus total, ni le contentement total à ce qui est. Il est en même temps refus et consentement, et c’est pourquoi il ne peut être qu’un déchirement perpétuellement renouvelé » (p54)

« L’œuvre la plus haute sera celle qui équilibrera le réel et le refus que l’homme oppose à ce réel » (p56)

« L’artiste n’est pas juge, mais justificateur. Il plaide vraiment pour l’amour du prochain, non pour cet amour du lointain qui dégrade l’humanisme contemporain en catéchisme de tribunal » (p58)

« L’art ne vit que des contraintes qu’il s’impose à lui-même » (p62) Quand il s’épargne cet effort, il bascule dans « le nihilisme et la stérilité » (p62).

« Sans la liberté, nous ne réaliserons rien et nous perdrons à la fois la justice future et la beauté ancienne. La liberté seule retire les hommes de l’isolement, la servitude, elle, ne plane que sur une foule de solitudes » (p63)

« Il n’y a pas de culture sans héritage et nous ne pouvons ni ne devons rien refuser du nôtre » (p64)

« Toute grandeur a sa racine dans le risque » (p67)

« Tout mur est une porte » (Emerson), (p69)

« L’espoir est entretenu par des millions de solitaires dont les actions et les œuvres, nient les frontières et les plus grossières apparences » (p70).

Pas de commentaires à ajouter, sinon que nous pouvons, tous, chacun à notre place, partager les exigences vitales décrites pour l’artiste, ce solitaire en quête d’autres solitudes.