12 Janvier 2026

L’intitulé résonne comme un titre de film. Il fait penser au refrain d’une célèbre chanson italienne. Il porte en lui la force de l’ironie.

Nombreuses sont les personnes qui ne se supportent pas longtemps seules. Ainsi, certains ados à qui le portable est retiré. Cependant, un proverbe nous rappelle qu’il vaut mieux être seul(e) que mal accompagné(e).

La séance peut aider à citer les contextes où l’on ressent une solitude éprouvante. Au hasard :

  • Au milieu d’une bande joyeuse (je ne me sens pas des leurs), ou véhémente (même si ça peut être drôle). Ainsi une manif contre la décision de garroter des basques rebelles par Franco et l’exhortation du pape de l’époque à épargner les indépendantistes. J’avais chanté, au milieu des drapeaux rouges : « Franco, salaud, le pape-aura-ta-peau ». C’était très musical.
  • En compagnie de personnes armées de certitudes, qui décideraient volontiers pour vous.
  • Face aux parodies de dialogue, face à des personnes incapables d’écouter.

La solitude peut être merveilleuse quand elle ne dure qu’un moment, comme les plaisirs d’amour de la chanson. On peut chanter, seul, se parler gentiment, même à haute voix, dialoguer avec un autre soi (comme dirait Pierre Bayard). Quel plaisir d’échanger avec quelqu’un qui comprend, ne juge pas, qui se donne la peine de réfléchir, de chercher avec vous la solution à un problème.

La solitude permet le temps qu’elle dure de se dispenser de s’adapter aux autres, de travailler à ce qui intéresse, aux priorités que l’on se donne.

La solitude peut être habitée par les absents. Leur présence aide à garder le cap, à rester relié(e). Nul besoin de gazouillis (de tweets) ou de « comptes ».

Une personne normalement cultivée peut choisir des amis, toujours disponibles : tel livre, tel film. Truffaut était capable de voir plusieurs fois au cours de l’année les films qu’il préférait. Elle permet de faire ce qui plaît, y compris pour d’autres.

En définitive, en dehors d’un sentiment d’insécurité difficile à gérer du fait de l’angoisse et des incertitudes, la plupart des personnes souffrent moins de solitude que d’isolement, que de sentiment d’inutilité et d’inexistence pour les autres. Ils ont la sensation de ne servir à rien, d’être en trop, d’être encore là pour consommer ou pour donner aux autres un sentiment de supériorité. C’est la fameuse blague des trois rabbins : Le plus vieux s’écrit, saisi par une douleur existentielle ou métaphysique : « Je ne suis rien ! », le second poursuit – un peu fayot ? – « Alors moi, je ne suis rien de rien ! », avant que le plus jeune enchaîne : « Et moi, dans ces conditions, je ne suis rien de rien de rien ! ». C’est alors que le conducteur noir de la limousine qui les conduit à un symposium de rabbins à New-York se retourner et dit : « Et moi, je suis quoi alors ? ». Et les trois rabbins de s’écrier : « Pour qui se prend-t-il ? »

Le sentiment de solitude s’atténue par l’identité, le rattachement à une cause, ou à un groupe d’appartenance. Cela peut aboutir, faute de discernement, à rejoindre des tortionnaires, à la façon de « Lacombe Lucien », des terroristes ou des dévots de tout acabit.

Le fait de se diriger et de faire des choix, surtout quand ils en impactent d’autres, peut faire éprouver un sentiment de solitude pénible.

« Je suis puissant et solitaire », gémit le Moïse d’Alfred de Vigny, « laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre »

Comment faire de votre solitude un état bienfaisant ?

Comment vous y prenez-vous pour rompre le sentiment d’isolement ?