18-05-2026

J’ai eu à réfléchir, ce jeudi matin, premier de quatre jours de « pont », à un thème de remplacement, car nous avons reporté à la semaine suivante le thème des « plaisirs de la table » pour faire découvrir le groupe aux diététiciennes de la Clinique Rive Gauche, disponibles ce jour-là. Elles ont eu la très bonne idée de s’investir spontanément auprès des personnes accueillies en HBA. Il nous a apparu important qu’elles découvrent l’alchimie du groupe-orchestre pour mieux se fondre dans la dynamique relationnelle des cinq jours. Notre idée est d’aboutir à une structuration exemplaire de ce moment de possible bascule dans le parcours de vie de personnes addictées. Nous verrons, ensuite, quel usage faire de cette exemplarité d’efficience.

Le thème des obstacles au discernement m’a paru d’actualité. Notre journal régional a fait un effort particulier en mettant en première page un cobra échappé, en gardant probablement en réserve des révélations sur la nouvelle pandémie, ou une image de notre porte-avion à proximité du Détroit d’Ormuz. Donald Trump est annoncé au prochain spectacle de Big Flo et Oli, mais la source n’est pas sûre. Un des obstacles au discernement pourrait bien être nos médias et revues, si soucieuses de nous informer et de nous expliquer la vérité vraie.

Nous sommes fascinés par notre nouveau jouet. Nous avons le plaisir trouble de tutoyer l’IA (il existe déjà l’IA des riches et l’IA des pauvres). Quel plaisir de l’entendre s’excuser quand nous contestons une de ses opinions ! Avec Google, nous savons tout. Avec Tik Tok, c’est encore plus facile, semble-t-il. Notre cerveau peut rester au repos.

Le cerveau a pourtant besoin d’exercice comme un muscle. À propos de cerveau, j’ai découvert le scanner de quelqu’un, longtemps intolérant et autoritaire. Il montre une atrophie du cortex, accentuée au niveau du lobe frontal. C’est très rassurant. Il dispose désormais d’une vision du monde détachée, euphorique même, quelque que soit la conjoncture. En plus, l’altération de la mémoire va effacer tout souvenir douloureux.

Il existe bien d’autres obstacles au discernement. La morale ambiante et le sens commun n’aident pas l’esprit critique. Une notion n’est pas juste par « essence ». Notre époque a un grand amour des étiquettes classantes.

Les individus et les groupes d’appartenance ont d’excellentes dispositions au déni, aux opinions catégoriques et catégorielles, à la mémoire ou l’amnésie sélective, Les sentiments de honte et de culpabilité sont des obstacles au discernement.

Une erreur largement partagée est d’utiliser de façon abusive une grille de lecture pertinente pour éclairer une partie du réel. Ainsi vouloir tout soigner avec la psychanalyse ou les techniques comportementales ou les médicaments ou par la seule hypnose ou le seul usage du groupe de parole… ou vouloir tout expliquer par la religion ou la science.

Il se distinguait la conscience de classe (sociale) et la position de classe. Celle-ci tend à établir en vérité ce qui n’est qu’un ensemble de convictions pour ne pas dire de constructions idéologiques véhiculées par le milieu d’origine. Sans recul, le réel est ignoré ou tronqué, la mémoire devient inutile ou sélective, l’esprit critique exclut l’autocritique. Il semble bien qu’en renforcement des subjectivités dogmatiques, la pratique des généralisations et des amalgames soit un obstacle efficace au discernement. Une bonne question de réfléchir de quoi est fait aujourd’hui l’idéologie dominante et quelles sont les modalités et les pratiques qui en découlent. Les idéologies concurrentes ne doivent pas être exemptées d’examen. Elles ne valent peut-être pas mieux et peuvent même se révéler pires. Il est possible de considérer qu’elles ne soient que des formes particulières et transitoires de l’idéologie dominante dont la finalité est de garantir le pouvoir des élites et sous-élites, où qu’elles soient.

Les addictions constituent, de ce point de vue, une arme de soumission et de destruction majeure, parallèlement à leur usage économique. Celui qui n’a pas pris conscience de cet aspect des addictions n’a pas compris grand-chose à son problème et aux solutions de sa résolution.

Quelles ont été et quels sont, aujourd’hui, les obstacles au discernement que vous identifiez en vous ?