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Lundi 24 juin 2019

 

L’intelligence logique se trouve très souvent en échec face à une personne en difficulté avec l’alcool. Les addictions ne sont certes pas seules en cause dans les déficits de discernement. Il se rencontre parfois des cas troublants de dissonance cognitive en l’absence même d’alcool.

 

Je reçois une dame du secteur social, apparemment ouverte. Je prends en note ses propos qui décrivent indiscutablement un gros problème d’alcool, objet de sa visite, à la suggestion de sa psychothérapeute. La consultation se passe normalement. J’ai l’impression d’avoir écouté et d’avoir été entendu. La dame part avec un de mes ouvrages, en gardant son chèque dans le carnet correspondant. Nous prenons rendez-vous pour un entretien d’histoire. Deux heures avant l’heure prévue, je reçois un mail agressif me reprochant d’avoir forcé la vente et d’avoir déformé ses propos. Je relis mes notes. Elles sont claires et précises, reprenant presque ses propos au mot à mot, sans interprétation.

Je me suis appliqué à formuler une réponse respectueuse, en lui proposant de me rendre les livres impayés. Un second mail a suivi. Le ton avait changé. Elle avait constaté qu’elle n’avait pas réglé… Elle m’a dit qu’elle me ferait parvenir ce chèque. Si c’est le cas, je lui ferai quelques recommandations de lecture supplémentaire, en laissant la porte ouverte.

Entre les dires et la lecture de mes notes, le déni s’était élevé comme une muraille et, avec lui, une agressivité à fond paranoïaque.

La clarté des propos ne suffit pas. La relation a besoin de la part du soignant d’un parfait contrôle émotionnel.

Ce genre d’incohérence n’est pas exceptionnel, en dehors même – je le souligne – de la problématique alcoolique. C’est d’ailleurs une raison pour laquelle, je privilégie les notes lors des premiers entretiens.

 

L’objet de cette contribution est de réfléchir aux procédés langagiers pouvant amener une personne, plus ou moins défensive, à plus facilement ouvrir les yeux sur ses comportements préjudiciables.

Dans l’éventail des ressources mobilisables dans un échange, certaines formes du discours méritent un détour pour évaluer leur portée thérapeutique. Nous discuterons plus précisément du paradoxe, de l’analogie, de la métaphore… Nous ferons probablement référence à d’autres histoires cliniques qui montrent l’intérêt d’échapper au discours de la Raison pour mieux y revenir. Les ouvrages de Pierre Bayard dont j’ai repris une lecture attentive peuvent apporter un matériel très intéressant à cette réflexion.

 

Le souci de rencontrer l’autre, de lui faire sentir ou comprendre ce que l’on croit vrai et utile pour lui, se heurte souvent à des résistances qui mettent à mal la logique. L’intelligence du sujet n’est pas en cause. Tout un ensemble de facteurs irrationnels concourt à maintenir ou susciter une surdité et une cécité psychique.

Par quel procédé est-il possible d’établir une relation féconde ?

Quels sont les ingrédients du langage, en faisant abstraction du cadre et du style relationnel, qu’il est possible de mobiliser à cet effet ?

 

Quelle place dans le discours de la relation d’aide, tant du côté du soignant que du patient, pour

  • le paradoxe,

  • l’analogie,

  • les métaphores,

  • les images,

  • les récits, les anecdotes, les associations libres,

  • l’humour et le rire, l’émotion,

  • les références,

  • les discontinuités, les digressions, les hors-sujets,

  • les silences ?

Cette séance nous aidera à préparer la conférence d’Octobre.