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Lundi 14 octobre 2019

 Une consultation d’un samedi après-midi – contrainte d’éloignement et urgence relative obligent – a abouti à cette thématique qui consiste à considérer l’alcool sous le prisme des différences de génération.

Motif de la consultation : Un homme de 26 ans s’alcoolise de plus en plus souvent massivement et met en péril sa santé mentale, son avenir professionnel et affectif, angoissant les parents mis au courant. Raison avancée : un viol avec violences physiques par un faux chauffeur de taxi, au terme d’une sortie alcoolisée en boite, avec une suspicion de l’impact de GHB, la « drogue du violeur » (il y a, en fait, de nombreux produits qui ont un rôle analogue, le simple abus d’alcool peut avoir les mêmes effets pour ce type de mise en danger). En poussant un peu plus avant dans l’histoire : une première relation amoureuse décevante sur le plan sexuel, source d’un doute durable sur les aptitudes de l’intéressé.

Le même jour, j’avais rendez-vous avec ma femme, à Tarascon, avec mes deux neveux et leur mère. Raison de ce voyage : la dispersion des cendres de mon frère, conformément à ses vœux, au sommet du col d’Agnès, en Ariège. Nous avons remonté la vallée du Vicdessos, une rivière de pierres, d’écumes et d’eau sombre. La route étroite du Port de l’Hers, au revêtement refait en raison du Tour de France, avait été découverte par mon frère, en ma compagnie. Il en avait fait une de ses zones de déambulation cycliste, ainsi que le col d’Agnès voisin, au-dessus de l’étang. C’est, en définitive, l’endroit qu’avait choisi mon frère, pour ses cendres, un jour d’échange souriant dans son lit de l’hôpital de Rangueil.  Il avait particulièrement souffert, m’avait-il confié, lors de sa découverte par Aulus.

Il y avait la calme Nature, le vert de l’herbe, le brun des bois, les nuages brumeux et le ciel bleu, le silence, les vaches à la robe rouge, un peu plus bas, des randonneurs et même de rares cyclistes solitaires qui achevaient l’ascension depuis Massat. Nous sommes montés d’une trentaine de mètres au-dessus du panneau du col. L’aîné des fils a dispersé méthodiquement les cendres de l’urne apportée par sa mère dans un arbuste vigoureux. Ma femme a cueilli des petites fleurs bleues et les a posées silencieusement sur le tas pointu de cendre, imitée par mes neveux et leur mère.

Auparavant, j’avais lu péniblement un cours texte de L’Ecclésiaste sur la vanité des choses et l’incroyable parabole sur la femme adultère dans l’évangile de Saint Jean, dans la continuité de la tradition familiale.

La sexualité, l’amour et la mort dans la même journée.

Après la consultation, je me suis rendu encore une fois chez Tonton et son pastis-au-mètre. En cet fin de samedi après-midi, les jeunes de Toulouse étaient dehors, serrés les uns contre les autres, assis en terrasse, debout dans des rues protégées par des barrières. La bière, partout. Que peuvent-ils se dire ? Trois écrans pour voir un Stade toulousain décevant, incapable de franchir la ligne d’avantage, battu sans peine par Brive. Une impression de fausse proximité dans ce bar. Quelques jeunes manifestement ailleurs, déjà.

Pour en revenir au thème qui se dégage de cette journée : les jeunes et les moins jeunes face à l’alcool et la difficulté à de démarquer face à la consommation d’alcool, quelques remarques.

La présence de l’alcool est très forte dans la vie collective et il est plus difficile de l’écarter pour soi au commencement de la vie d’adulte que par la suite.

Chacun a, cependant, l’impératif d’avoir un positionnement pragmatique face à l’alcool. Quand, à l’évidence, il est devenu synonyme de pertes de contrôle et de chance à tous niveaux, mental, affectif, relationnel, professionnel, il n’y plus de place pour les solutions de compromis.

Le travail sur les émotions, les représentations, les positionnements doit se faire alors à partir de l’abstention totale d’alcool pour très longtemps, jusqu’au moment où boire de l’alcool sera devenu un problème ni intéressant ni sérieux.

Contrairement à ce que laisse penser la position psychothérapique non spécialisée (régler les problèmes pour maîtriser la consommation d’alcool), c’est l’abstention d’alcool qui autorise un possible nouvel alignement des planètes. Pour un jeune en âge de créer un couple stable et structurant, éventuellement une famille, la priorité n’est plus de se fondre dans un groupe d’amis ou de relations par le biais de l’alcool. Le sens du collectif n’est pas la grégarité, la singularité n’est pas l’isolement.

Quelles différences faites-vous pour l’alcool selon l’âge et la façon de boire ?