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Lundi 24 février 2020

 La question écologique tourne à l’obsession. En cette période d’élections municipales, tous les discours se colorent en vert. Que pouvons-nous en dire, du point de vue des addictions ?

Nous avions déjà abordé ce thème en septembre 2018. Notre réflexion ne fait que commencer à s’élaborer. « Les écologies » occuperont la trente-troisième et dernière place de la troisième partie d’ANESTHÉSIE GÉNÉRALE, juste avant la conclusion. Les chapitres accumulés en amont mettront en jeu les addictions dans le débat, tout en exerçant notre esprit critique.

Très peu d’addictions peuvent échapper à une critique écologique. Pour être juste, cette critique doit reposer sur l’ensemble des conduites addictives et de leurs déterminants. L’enjeu de cette troisième partie du livre - je le rappelle - est d’examiner les possibles, c'est-à-dire nos marges de progression à court et moyen terme.

Une première évidence écologique, chacun doit accepter d’exercer sa part de responsabilités pour se délivrer d’une addiction porteuse de préjudices pour soi et, en règle générale, pour ses proches. Il n’est pas question, ici, de s’attarder sur le défaut de lucidité, de prudence, ou de connaissances des innombrables personnes qui développent des addictions destructives. Nous ne savons que trop les forces convergentes, de toute nature, qui mettent une personne sur cette voie dangereuse. Nous pourrions défendre l’idée qu’une urgence écologique s’applique à chaque personne addictée, indépendamment des affects de honte et de culpabilité. Cesser l’addiction est un acte d’écologie politique. Chaque addicté qui, consciemment, trouve la force de surmonter sa dépendance se met en situation d’accroître sa part de liberté en mettant fin à sa dépendance. Il accomplit ainsi un acte écologique essentiel.

En cessant de fumer, de s’alcooliser ou d’user de substances psychoactives, le sujet fait du tort au commerce des dealers légaux et illégaux. Avec une baisse significative de clients, ceux-ci devraient se reconvertir. D’autres évolutions deviendraient possibles qui inévitablement perturberaient l’ordre établi. D’où l’intérêt de ne laisser aucune addiction dans l’ombre. Certaines sont efficacement occultées.

L’addiction au pouvoir et à l’argent, les pulsions et compulsions violentes qu’elles flattent et exacerbent ne sont pas décrites comme telles alors qu’elles sont la source de gâchis humains, écologiques et économiques incommensurables. Les aliénations numériques sont banalisées de diverses manières. Elles contribuent efficacement à la diffusion de la violence et de la délation. L’actualité met l’accent sur les pratiques sexuelles, pénalement sanctionnables, sur les enfants et les femmes . Si on en croit le journal régional, le psychiatre d’une Commission d’établissement avait demandé à un des chirurgiens d’un hôpital de Bretagne de démissionner pour ses agissements pédophiles. L’affaire revient au premier plan, aujourd’hui. Le chirurgien comparaît pour « viols et agressions sexuelles » sur des patients mineurs… tout au long de trente ans de carrière. Les instances officielles – l’Ordre des Médecins compris - ont laissé les choses se poursuivre. D’autres pratiques aussi peu respectueuses de l’autre sont passées sous silence – sur des adultes - au nom du « libre conditionnement ». Beaucoup d’enfants se fabriquent sans que leurs géniteurs aient conscience des responsabilités induites. Les parents BIO n’appartiennent pas à la logique écologique. Ils ont à aimer et éduquer, à se respecter et à se faire respecter.

Cesser l’addiction fait, pour commencer, gagner du temps et de l’argent. La santé est meilleure, les capacités intellectuelles et physiques se développent. Les comportements moutonniers régressent. Il va de soi que l’arrêt de l’addiction n’a de sens que si la personne essaie de voir plus loin, si elle aiguise son esprit critique au contact de ses réalités et de ce qu’elle apprend des autres. L’avenir peut alors s’ouvrir ou se rouvrir.

Quelqu’un qui cesse de boire en s’emparant de sa capacité critique n’est jamais un has been, quel que soit son âge et ses attributions. Même si, comme disait Heidegger, c’est un être-à-mourir, pris dans de multiples limitations de liberté, il devient une personne à part entière, éminemment fréquentable, qui ne se dérobera pas. Il peut diffuser un rayonnement bienfaisant, de toutes sortes de façons.

Libre à lui, ensuite, de mettre en pratique une conscience écologique plus ou moins aiguisée, sous réserve qu’elle ne soit pas un nouveau prêt-à-penser, une nouvelle forme d’Ordre Moral.

Avez-vous conscience de votre pouvoir écologique ? A quoi le rattachez-vous ?