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Lundi 5 novembre 2012

Pour sélectionner deux thèmes appropriés à une équipe féminine, j’ai regardé dans ma bibliothèque.

L’ouvrage de Jean Maisondieu « Les femmes, les hommes, l’alcool » (Petit bibliothèque Payot, 2008) m’a paru un bon ancrage. En le feuilletant, j’ai capté une phrase connue « Je t’ai donné les plus belles années de ma vie ». La phrase s’applique bien à l’alcool. Je me suis dit alors que les « plus belles années » pouvaient être différées par rapport à l’âge, à certaines conditions que nous pourrons discuter.

J’ai parcouru le 4è de couverture :

Pourquoi les femmes et les hommes se sentent-ils souvent obligés d’avoir un verre à la main lorsqu’ils se rencontrent ? La dépendance à l’alcool est-elle vraiment la cause de l’alcoolisme ? De plus en plus d’hommes et de femmes sont contraints de se brouiller artificiellement l’esprit pour aller vers l’autre, aimer l’autre. Ils y sont contraints parce que la peur de l’amour caractérise notre société, qui privilégie la maitrise de soi, la raison et le pouvoir sur l’autre. Bref, ces femmes et ces hommes boivent trop pour l’unique raison qu’ils auraient voulu aimer et qu’ils en ont eu peur ».

Ces questions et ses affirmations m’ont parus justifier notre réflexion. Quelles sont les relations entre la peur de l’autre et l’amour ? Comment ne pas opposer raison et sentiments ?

 J’ai maintenu proches ces deux questions car il me semble qu’il existe un lien fort entre l’amour (sous toutes ses formes, y compris du travail) et les « plus belles années ». Quels sont les ingrédients autres que l’amour nécessaires aux « plus belles années » ? 

                                                                                                   Lundi 29 Octobre 2012

Lors de la dernière journée d’alcoologie, en décembre 2011, Michèle Monjauze lançait le mot de guérison comme objectif possible du soin. J’ai eu ces derniers jours à rédiger un commentaire pour conclure chacune des interventions de cette journée, en vue du montage que va réaliser le service multimédia de Paul-Sabatier.

Voici ce que j’ai rédigé, à ce sujet :

Concernant la notion d’une autre étape possible dans l’évolution des objectifs du soin, avec la notion de « guérison », il faut clairement s’entendre sur qu’on peut entendre par ce mot, a priori à écarter du langage soignant au même titre que « Plus jamais ».

La totalité des personnes alcooliques qui, à un moment, ont besoin de cesser durablement de boire, n’est certes pas vouée à une abstinence totale et définitive. En soi, cette vérité n’est pas nouvelle. Elle ne doit cependant pas fonctionner comme un miroir aux alouettes.

Cette possibilité ne découle pas d’une thérapie brève, soucieuse avant tout de faire taire ou de contenir le symptôme et, encore moins d’un médicament régulateur de l’envie de boire.

Si une consommation limitée, ponctuelle, se révèle sans danger, la possibilité d’une indifférence acquise à ce type de consommation doit aussi être admise. L’alcoolique n’a pas nécessairement été un amateur de vin. Dans ce contexte, une décision de poursuite de la non-consommation fondée sur l’évaluation des bénéfices et des risques ou inconvénients est difficilement contestable.

De nombreux patients, après une période de non-consommation suffisante pour endormir le circuit neurobiologique de la dépendance, peuvent connaître des épisodes d’alcoolisation brefs, aigus, parfois programmés, sans conséquence grave et sans reprise de la consommation destructrice antérieure.

En alcoologie clinique, la non-consommation n’est jamais qu’un moyen pour retrouver ou découvrir une vie plus maîtrisée et plus épanouie. L’alcoolique sobre éprouve souvent une peine à vivre qui justifie l’expression d’abstinence grise. Le chemin de l’abstinence épicurienne est long, difficile, aléatoire mais, somme toute, très épanouissant.

Il convient d’ailleurs de s’interroger sur les significations somatiques possibles d’une fatigabilité anormale. Par exemple, une apnée du sommeil peut intervenir très banalement en cas de tabagisme associé.

On ne peut pas dire qu’une personne alcoolique cesse de l’être. Sa structuration psychique peut plus ou moins évoluer, sous réserve d’un travail d’élaboration psychique. Il existe, selon les personnalités, une plasticité variable du psychisme. Plus la structuration psychique est fragile, moins le retour à une consommation épicurienne est réalisable.

Le défaut fondamental, la faille psychique par laquelle la dépendance a pu s’installer perdure, au moins virtuellement. La part alcoolique peut s’exprimer dans la créativité mais aussi glisser vers d’autres conduites addictives qu’il faudra interrompre ou contrôler.

La prise ponctuelle et limitée peut se voir à la période hors-alcool quand le verre est devenu un objet parmi d’autres pour l’inconscient. Cette possibilité ne mérite pas le qualificatif de guérison qui, d’ailleurs, en elle-même, ne signifie rien dans la mesure où l’alcoolisation est un symptôme en même temps qu’une solution qui devient problème.

Pour moi, la question n’est pas de « guérir » de l’alcoolisme. L’objectif est de dépasser la problématique alcoolique, c’est-à-dire d’amener un maximum de personnes concernées jusqu’au hors-alcool.

Loin des controverses formelles, nous aurons l’occasion d’échanger intelligemment sur ce devenir possible

I. Avant et lors de la démarche de soin 

Lundi 22 Octobre 2012

Nous poursuivons la réflexion sur les représentations de l’alcoolique avec ce thème des stéréotypes. Pour mon premier livre sur la problématique alcoolique, j’avais choisis le singulier − La personne alcoolique − pour désigner le buveur. Je suggérais ainsi que la relation de soin mettait un jeu une personne irréductible à un groupe ou à un stéréotype de buveurs. L’autre idée est que personna signifie masque en grec et qu’ainsi on pouvait comprendre qu’une personne singulière pouvait se cacher derrière cette identité réductrice constituée par la façon de boire de l’alcool.

Des stéréotypes, il y en a beaucoup. Établi par l’association d’une caractéristique et d’une alcoolisation problématique, ils font écran plus qu’ils n’éclairent. En même temps, ils expriment une petite part de la vérité par ce qu’ils montrent et par l’effet qu’ils produisent sur nous.

La réunion pourrait porter sur les stéréotypes du buveur, avant et lors des premières démarches de soin, quand la personne ne s’est pas encore lancée dans un choix thérapeutique.