Thèmes du lundi  |  du jeudi  |  du vendredi      

Lundi 15 Octobre 2012

En cette semaine sans stagiaires, nous entamons le cycle de nos réflexions sur les « représentations de l’alcoolique ». Je donne l’objectif : un prochain livre pour Bacchus, en prolongement de notre journée d’alcoologie du 14 décembre.

Ce thème concerne aussi bien les représentations successives de la société sur les mésusages de la consommation d’alcool que celles des alcooliques, de leurs proches, des chercheurs, des philosophes, des artistes, des soignants, des décideurs et des jeunes générations déjà acquises aux pratiques addictives et festives .

Pour cette première réunion, nous allons planter le décor en réfléchissant à l’évolution et à l’état actuel de nos « représentations de l’alcoolique ».

Deux brefs témoignages pour mettre en appétit.

1. Une correspondance électronique, tout d’abord.

> Je venais te dire que ton mail m'a touché réellement.

La réalcoolisation, excuses-moi, n'est pas un "privilège" et crois-moi, je sais personnellement de quoi je parle ...même après dix ans de "non boire" ... En fait c'est quoi le non-boire? Je crois le connaitre, mais la vie contient tellement d'impondérable, d'aléatoire...

> Ce que je sais et ai intégré c'est qu'il ne faut pas confondre "réalcoolisation" et" rechute". La différence se trouve dans la ...lucidité et le "savoir"; hors tu sembles consciente et tu as compris déjà beaucoup de choses. N'oublions pas l'essentiel : la sincérité, l'authenticité ...et, là, je pense que tu ne peux pas nier sans te renier que tu les possèdes au mieux!

> Ce que je sais, par expérience, et je ne dirais même pas hélas, c'est qu' une réalcoolisation ne doit pas réenclencher la culpabilité . Je l'ai vécue, pas si loin, sans aucune honte, car tel était ainsi mon chemin ....j'en ai même parlé brièvement à ma fille ... extraordinaire, elle aussi. Sa confiance en moi, au groupe et sa  dédramatisation  m'ont donné le droit à nouveau de " repartir". L'acquis fait le reste....en fait c'est comme le vélo ! Mais, il reste simplement encore du chemin (des cols, dirait HG) à parcourir.

> Tu peux, en effet, te sentir à ta place parmi nous, non parce que nous te l'avons "donnée" mais parce que tu te l'ais créée. Ta place de visiteuse attendra que tu la désires, la "veuille" bien car elle et toi, je crois sont compatibles, donc ...pleines d'avenir. A ton bon vouloir...

> Amitié et, si tu le permets, bises affectueuses

2. Une consultation

Ce n’est que la seconde pour cet homme. Dès la première, j’ai pris ses propos en une sorte d’entretien semi-dirigé, que j’ai mis en forme et donné sur le champ. Il était venu sans alcool et, sans avoir jamais fait la moindre psychothérapie, avait déjà beaucoup réfléchi à sa problématique. Détail : il m’avait entendu grâce à un clip présent sur Internet. Le propos l’avait convaincu que j’étais fréquentable.

Cet premier entretien reflétait remarquablement la psychogenèse présentée dans le Guide de l’accompagnement. J’avais l’impression, une nouvelle fois, d’une déclinaison particulière d’une problématiue clinique.

A ce second entretien, nous avons évoqué des pistes pour conforter son choix d’abstinence : l’usage du corps, l’exercice de sa créativité, inattendue a priori si on tenait compte de son emploi de commercial. J’ai insisté sur l’usage de la parole auprès de ceux qui peuvent comprendre. Il m’a alors confié qu’il n’avait jamais parlé de lui avant cette première consultation, phénomène qui m’a déjà été plusieurs fois signifié. Nous étions déjà dans les Clés et dans le livre sur les Groupes. Il n’avait toujours pas ouvert le Guide, étant très occupé. Je lui ai dit que j’attendais qu’il ait lu le Guide pour lui confier les clés

Personne n’est parfait

lundi 8 octobre 2012

La configuration de l’équipe de stagiaires me conduit à proposer deux thématiques symétriques à des fins d’inventaire, d’une part, et de correction de trajectoire de vie, d’autre part.  

Pour ce lundi, il est intéressant de voir aux différentes étapes de notre vie, les raisons pour lesquelles, des difficultés sont apparues, ont perduré, comment l’alcool a pris le pouvoir et pourquoi, le cas échéant, il le garde encore. Au-delà de l’arrêt de l’alcool, face à une difficulté persistante, pourquoi je n’avance pas mieux et plus vite ?

Un grand oral, en quelque sorte.

lundi 1er octobre 2012

Reprendre une vie normale, tel est le vœu d’un des stagiaires.

La normalité est décidément à la mode.

Je ne saurais définir ce qu’est une vie normale.

Je ne crois pas qu’on puisse faire l’équivalence entre une consommation normale d’alcool et une vie normale.

D’abord parce que je ne sais pas ce qu’est une consommation normale ; ensuite parce que je ne sais pas ce qu’est une vie normale.

Je ne reconnais le droit à personne de me dire ce qui est normal ou non.

Je peux entendre la Loi et ses interdits. Je peux écouter ce qui est normal pour une personne ou un groupe pour telle ou telle question d’usage mais je ne me sens concerné par la norme avancée que dans la mesure où je l’estime raisonnée et raisonnable.

J’ai toujours tenu pour suspect une personne ou un groupe qui essaierait d’influencer ma vie au nom d’une norme qu’il serait en situation de m’imposer.

Je ne me sens pas obligé de souscrire à ce que certains qualifient de vie normale. Ce qui d’ordinaire est avancé pour définir une vie normale ne me convient pas nécessairement.

Cela étant posé, on peut chercher à s’accorder sur le sens de l’expression « reprendre une vie normale » quand on est devenu dépendant de l’alcool ou que, manifestement, on se sait plus gérer sa consommation d’alcool. Soit dit en passant, je trouve anormal d’avoir à gérer sa consommation d’alcool.

Pour une personne alcoolique, reprendre une vie normale suppose d’écarter l’alcool, car je ne crois pas qu’on puisse dire qu’une vie gouvernée ou parasitée en permanence par l’alcool soit une vie normale.

Reste la question d’une vie normale sans alcool. Quel est son contenu ? Quels sont les principes qui la guident ?

S’arrêter de boire ne peut signifier seulement rentrer dans le rang, faire ce que les environnements attendent d’un abstentionniste.

Quelles sont les expressions que l’on pourrait préférer au terme de « vie normale » ?