lundi 27 février 2011

Vaste sujet que nous propose un jeune consultant ouvrier, sans alcool depuis des mois, bénéficiaire d’une augmentation appréciable de salaire, la plus forte de son entreprise : face à l’autre, très habituellement, et plus particulièrement face à la gente féminine qu’il souhaiterait à présent rencontrer, il « perd ses moyens ». Comme nous n’avons pas les moyens de lui offrir une psychothérapie individuelle rapprochée pour clarifier cette question relationnelle, je lui ai proposé de venir en réunion.

Dans quelles circonstances, une personne alcoolique peut-elle avoir peur de l’autre ? Il va de soi qu’il s’agit d’une peur a priori injustifiée.

On peut aussi concevoir des peurs relatives au statut d’alcoolique en exercice ou d’alcoolique abstinent.

La personne peut redouter une réaction d’agressivité, une moquerie, un échec, le ridicule, une fin de non-recevoir… Elle peut être habitée par la honte, un sentiment d’infériorité. Elle peut être impressionnée par la fonction, la façon de procéder de l’interlocuteur ou par l’enjeu… Il existe des phobies sociales. Le moindre regard porté sur soi dérange et perturbe. La peur est-elle plus ciblée ?

La culpabilité et le sentiment de la faute créent de la peur.

Existe-t-il des procédés qui permettent de réduire véritablement cette peur, de l’apprivoiser ? Est-ce l’état d’esprit qui faut changer ? Quel est l’état d’esprit le plus approprié pour ne pas avoir peur de l’autre ?

À chacun de méditer ce sujet et de s’exprimer.

lundi 20 février 2012

Un stage est-il une pause dans un parcours d’alcoolisation ou l’amorce d’un véritable changement dans l’itinéraire de vie d’une personne alcoolique ?

Entre le moment de la première démarche et celui où un vrai changement s’amorce, il peut se passer beaucoup de temps. Parfois même le changement n’intervient pas. Ce qui survient est dans la logique de l’alcoolisation : vie raccourcie, vie abîmée, vie dépourvue de sens, succession de pertes, de sanctions et de dommages, tant pour soi que pour ses proches. Parfois, le changement, c’est même la règle, va connaître des à-coups : des avancées, des stagnations, des reculs, avant de prendre une forme plus stable.

Il appartient à chaque alcoolique de raccourcir le temps perdu, le temps des dommages induits. Le stage s’efforce de donner un cadre, des repères, des orientations pour une vie nouvelle, qui vaille la peine d’être vécue. Sans doute, les difficultés sont là, présentes, parfois lourdes, comme un ciel chargé de nuages noirs, mais c’est le propre de l’homme de ne pas renoncer.

Un alcoolique ne peut espérer composer avec l’alcool. Sans doute, parfois, le considère-t-il, faute de courage, comme un moindre mal. Avec l’alcool, il a appris à se mentir, plus encore qu’à mentir aux autres. Cependant,  sous alcool, les jours meilleurs n’arrivent jamais, les opportunités de changer le cours des choses ne sont jamais saisies durablement. Souvent même, le sujet ne les voit même pas.  C’est le pire qui dessine l’horizon. Bacchus prend de plus en plus le masque d’une fatalité spectaculaire ou misérable.

Le sujet doit donc oser croire en lui, accepter l’aide qu’on lui propose, se mettre en question et au travail, cesser de se payer de mots ou d’émotions à la petite semaine. Son existence doit cesser d’être machinale et ennuyeuse. Il doit cesser d’être assisté et surveillé, refuser d’être moyen. Il doit devenir grand pour ne pas rester petit.

Cela fait beaucoup de « doit » mais l’alcoolique se doit beaucoup de choses.

Pas facile, sans doute, mais la partie vaut le coup : ceux qui ont avancé dans le chemin peuvent en témoigner.

lundi 13 février 2012

Ma promenade en Aquitaine m’a fait entendre Gérard Ostermann lancer l’idée d’une journée de congrès sur « Confiance et soin ». J’ai repris la balle au rebond, lui proposant par voie électronique mes services pour traiter le thème de la confiance en alcoologie. Nul besoin d’attendre sa réponse. J’en ferai le quatrième thème de l’ouvrage de Bacchus sur l’alcoologie au quotidien.

Pour lancer plaisamment le thème, je dirai, en préambule, que la confiance doit être combattue sans pitié dans les premiers temps de la relation soignante en alcoologie.

L’alcoolique a commencé sa carrière en accordant une confiance illusoire et destructrice en la dive bouteille. Nous avons, comme soignants, à lui prescrire la défiance comme principe de soin :

  • défiance dans la bouteille,
  • défiance à l’encontre des soignants, possibles ganaches mercantiles ou individus mal dans leur peau, attachés à soigner chez les autres ce qu’ils ne savent voir et soigner en eux,
  • défiance envers l’entourage, même bienveillant, à cause des bénéfices secondaires souvent rattachés à l’addiction en dépit des souffrances infligées,
  • défiance envers soi, au-delà de la notion passablement débile de « confiance en soi »,
  • défiance générale !

Surtout, donc, aucune confiance a priori, mais au contraire une défiance systématique, méthodique, rigoureuse, ouverte.

La confiance est d’abord une paresse de l’esprit. Elle équivaut au degré zéro de l’esprit critique, du discernement, du courage nécessaire. Elle rejoint la crédulité et la superstition.

L’alcoolique doit acquérir la défiance du renard des sables, à la différence qu’il est loin de disposer de son agilité et de sa résistance. L’apprivoisement est à l’ordre du jour. Il est réciproque.

Une difficulté propre à la dépendance alcoolique est que le sujet fait confiance à son ennemi, l’alcool, équivalent de « bonne mère », supplément de force, et aux alliés de celui-ci, la facilité, le conformisme… plutôt qu’à ses partenaires de combat potentiels. Sa dépendance psychique à l’alcool favorise une confusion permanente : il s’allie à ses adversaires, il écarte des alliés potentiels. Il surévalue ses forces. Il néglige les réalités. Il s’effondre aux premières difficultés, retrouvant sa bouteille ou, du moins, ses fonctionnements les plus stériles.

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