AREA 31 AREA 31 AREA 31
  • Accueil
    • Actualités
  • Association
    • Qu’est-ce que l’AREA ?
    • De l'AREA au C3A
    • Henri Gomez
    • Pourquoi adhérer ?
    • Etudiants
  • Méthode de soin
    • L'offre de soin et le sevrage
    • L'aide aux familles
    • Les psychothérapies individuelles
    • L’hospitalisation brève
  • Réunions et ateliers
    • Thèmes du Lundi
    • Les groupes de parole
    • L'atelier cinéma
    • L'atelier de relations interpersonnelles
    • Recherche en alcoologie
    • Conférences
  • Librairie et cinéma
    • La librairie
    • Les fiches cinéma
    • Les fiches livres
  • Videos
  • Contact
    • Formulaire de contact
    • Plan d'accès AREA et C3A
  • Partenaires

Les fiches cinéma

Moi, Daniel Blake

Réalisation : Ken Loach

Scénario : Paul Laverty

Date : 2016 / GB - France

Durée : 100 mn

Acteurs principaux : Dave Johns (Daniel Blake), Hayley Squires (Katie), Briana Shann (Daisy, fille de Katie), Dylan Mc Kiernan (Dylan, le fils de Katie), Nathalie Ann Jamieson (l’employée du Jobcenter), Micky Mc Gregor (Yvan, le surveillant de la superette)

SA / HA

Mots clés : Bureaucratie – Numérique – Précarité – Refusant− Solidarité

 

Daniel Blake est un ouvrier menuisier de presque 60 ans. Il est confronté à deux contraintes inconciliables : retrouver un nouvel emploi, attendre d’être suffisamment remis d’un problème cardiaque pour avoir une chance d’assurer effectivement ce travail. Pour la première fois de sa vie, il a demandé une aide financière auprès de la Société d’Assurance rattachée à son entreprise. Contre toute logique, son dossier a été rejeté. Blake a été jugé apte, en dépit de l’avis de ses médecins ! Le recours promet d’être très long. Le voilà sans ressources, avec l’obligation supplémentaire de souscrire aux diverses exigences du Pôle Emploi britannique, le Jobcenter. Notre ouvrier, si habile de ses mains, se trouve brutalement confronté à l’ordinateur dont il ignore le maniement. Des demandeurs d’emploi plus jeunes l’aident, tout comme une des salariées du job center. Blake se heurte quand même aux bugs et à la durée limitée pour cocher les items qu’il fait défiler. C’est ainsi qu’il est possible de passer d’un savoir faire professionnel à la précarité numérique. En face à face, la relation n’est pas meilleure. Blake doit essuyer les menaces d’un cerbère en jupe qui le menace des pires sanctions s’il ne présente pas un CV aux normes de l’écran et s’il n’apporte pas la preuve qu’il a démarché suffisamment d’employeurs dans l’intervalle de deux versements de ses indemnités. C’est au sein de ce lieu de désarroi et d’humiliation publique, que Blake découvre une jeune femme, Katie, avec ses deux jeunes enfants, une fillette, nommée Daisy et un garçon encore plus jeune, passablement agité, Dylan, nés de deux pères différents. A elle aussi, l’aide dont elle devrait bénéficier a été administrativement refusée : elle a eu le tort de changer de ville pour trouver un loyer moins cher.

Vous pouvez penser : c’est du Zola à la mode Thatcher ou à la sauce Ken Loach. Certainement, sauf que c’est ce que nous voyons quotidiennement dans nos consultations. Les spectateurs découvriront ce film qui n’entrera sans doute pas dans les préférences des élites.

L’enfer au quotidien

En quoi Moi, Daniel Blake concerne t­-il la population alcoolique ? La misère sociale peut, certes, se développer indépendament de tout problème d’addiction, comme dans cette histoire. Cependant, l’alcoolisme et certaines toxicomanies accélèrent énormément le processus de glissement.

Une des principales menaces à la dignité des humains est représentée, de nos jours, par les agissements d’une bureaucratie aux ordres de la loi du profit et du chacun-pour-soi. Se distinguent ceux qui sont du bon côté de la barrière, conformes, disciplinés et sans état d’âme, et les autres, forcément suspects de paresse, de prodigalité et de détournement de l’argent des contribuables. Nous retrouvons cette logique de défiance, de mépris et d’indifférence dans nos relations avec les Pouvoirs publics, pour l’alcoologie, sous une forme atténuée, mais cependant très prégnante.

L’agence du Jobcenter fréquentée par Blake, Katie et tant d’autres, accueille des salariés capables d’une discrète sollicitude. Il nous est arrivé d’en rencontrer. S’ils sont pris en flagrant délit de bienveillance, c’est aussitôt pour se faire réprimander : des cadres assistés d’hommes en chemises blanches et cravates veillent à la soumission du troupeau des demandeurs d’emploi. La hiérarchie est bien en place pour maintenir cette soumission. Le rôle assigné aux alcooliques est du même ordre : qu’ils s’écrasent, honteux, qu’ils ne fassent pas d’histoires et encore moins d’esclandres, qu’ils ne s’avisent pas de se prendre pour des citoyens en réclamant des soins correspondant à leurs besoins ou en dénonçant la connivence objective de l’Etat et des alcooliers. Peu avant la fin, Blake écrit sa colère sur un mur avec une bombe à peinture. Les applaudissement de la foule s’effacent à l’arrivée de la voiture de police. Serait-il pertinent qu’une association proteste à la façon de cet exclu ? Ce type de protestation abonderait dans le sens de cette culture de la gesticulation médiatique et du buzz.

Même s’ils apportent un réel soulagement, les actes d’amitié et de solidarité, bien présents dans l’histoire mais aussi dans le petit monde de l’alcoologie associative, sont insuffisants pour changer la donne. Dans une période où les instances représentatives − partis politiques et syndicats − apparaissent pathétiquement déconnectés des réalités, il appartient à chacun, comme Daniel Blake, de se rappeler qu’ils sont aussi des citoyens. Ils ont la liberté de se constituer en « refusants », selon le terme proposé par Philippe Breton, dans son ouvrage éponyme. Il leur est possible, collectivement, de remettre en cause une soumission qui les détruit et qu’ils ont pourtant intégré, ne serait-ce qu’en choisissant l’alcool comme boisson. Les refusants de cette histoire finissent par se retrouver dans la salle prévue pour la célébration des défunts. Triste consolation !

Dans notre pays, il existe encore la possibilité de mutualiser des ressources en utilisant celles, légales, de l’association d’utilité générale. Le cadre juridique permet d’assurer un financement par la défiscalisation d’une partie des cotisations ou par les dons. Les soignants peuvent participer eux-mêmes au financement de l’outil collectif, tout en mettant les Pouvoirs publics, les Mutuelles et les Assurances face à leur responsabilités pour assurer un soin choisi par ceux qui en relèvent. Il existe des réponses concrètes au naufrage social en refusant l’esprit de soumission. Refuser de faire son propre malheur exige d’abandonner sa position de victime et de consommateur en adoptant une logique de refusants organisés, reconvertis en résistants pacifiques.

 

Copyright © 2016 area31.fr - Tous droits réservés
AREA 31 - Association de Recherche clinique et d'Entraide en Alcoologie

Zorba le Grec

Réalisation : Michael Cacoyannis

 Scénario : Michael Cacoyannis d’après le roman éponyme de Nikos Kazantzakis

 Date : 1964

Durée : 142 mn

Acteurs principaux : Anthony Quinn (Zorba), Alan Bates (l’écrivain, « Patron »), Irène Papas (la jeune veuve), Lila Kedrova (Mme Hortense, « l’hôtesse », alias Bouboulina), Sotiris Moustakas (l’innocent du village)

A/SA/HA

Mots clés : Mœurs – violence – sexualité – cultures- Dérision

 

Un homme jeune en pardessus, encombré de valises et de livres, sur les quais du Pirée à Athènes. Il questionne en anglais. Quelqu’un lui répond qu’il doit attendre que la tempête se calme pour prendre son bateau pour la Crète. Un peu plus tard, dans la salle de transit où les passagers sont entassés, un homme, exubérant et volubile, surgit. Zorba – c’est ainsi qu’il se nomme − est grec et sans attaches. Les deux hommes font connaissance. L’Anglais est écrivain. Il a cependant comme projet d’exploiter une mine de lignite abandonnée, héritée de son père. Zorba le convainc de le prendre à son service, car il sait tout faire. L’anglais accepte de devenir son « patron ». L’aventure peut commencer…

Cette histoire en noir et blanc a une tonalité sombre. Elle confronte un occidental sans élan ni inspiration, bien élevé, aux mœurs d’un village insulaire. L’unique lieu d’accueil est tenu par une ancienne prostituée, Mme Hortense, qui a échoué là, après avoir pris et donné du bon temps à des marins de toutes origines. Les hommes du village – quant à eux – sont obsédés par une jeune veuve en habits noirs, à la beauté tragique.. Le fils d’un de ces hommes entre dans un état second dès qu’il aperçoit la veuve au regard angoissé. Un simple d’esprit, au sourire édenté, bénéficie de la gentillesse de cette femme. Il n’a rien d’inquiétant, à la différence des autres.

Notre jeune écrivain apparaît très vite débordé par la remise en route de la mine, son attirance informulée pour la veuve au regard profond, et les initiatives de son factotum. Une pseudo idylle prend corps entre l’hôtesse décrépite et Zorba… Ce dernier la surnomme affectueusemment « Bouboulina ». Avec un tel énergumène, la vie de l’écrivain, poli, timide et raisonnable, a changé de dimension…

 

Retour aux moeurs barbares

En quoi cette histoire nous concerne t-elle ?

Le constraste entre les mœurs archaïques et violentes de ces villageois − hommes, d’un côté, vieilles femme habillées de noir, de l’autre – et de l’Anglais peut faire réfléchir au choc des cultures et au déclin de la civilisation occidentale. Athènes, berceau de la philosophie au Vème siècle avant notre ère, a fortement inspiré la culture européenne. Son influence, dans ses propres territoires, n’a pas survécu à son effondrement. La Crète de cette histoire abrite des mœurs barbares.

L’exacerbation refoulée des pulsions sexuelles rend compte d’une violence latente mais constante. La haine de la beauté, tant célébrée par la culture athénienne, et l’interdiction faite à une femme de disposer de son corps comme elle l’entend, explique la scène de lapidation biblique et le meurtre de la jeune veuve. Celle-ci est coupable d’avoir excité le désir des hommes, aux yeux des femmes de l’île, et de s’être donnée à un étranger, en la personne de l’écrivain, aux yeux des hommes. Se retrouve l’alliance méditerranéenne des hommes imbus de leur prérogatives sexuelles et de leurs mères, garantes de l’inégalité entre les sexes.

La religion, illustrée par les moines orthodoxes, pas plus que la Loi, n’adoucit en rien la violence des mœurs. L’exécution de la jeune femme intervient pendant l’office religieux qui conclut le suicide par noyade de l’amoureux transi. La religion n’a pas davantage d’effet sur le pillage de la maison de l’ancienne prostituée. Après tout, elle se signe à l’envers : ce n’est qu’une catholique! Les vieilles femmes du village sont les premières à organiser la curée, à la manière d’une compagnie de corbeaux, à l’affût du dernier souffle de l’agonisante Bouboulina.

Que cette histoire finisse par une danse sur la plage réunissant Zorba et son maître, après l’effondrement du dispositif de transport du minerai, conçu par l’incontrôlable serviteur, suggère que la dérision peut être une réponse aux naufrages.

L’alcool est socialement intégré. Au même titre que la musique, il peut avoir un rôle de soupape ou de levée d’inhibition, quand le quotidien est trop pénible, terne, ou lorsque survient un événement heureux. Champagne aidant, Zorba dilapide une partie de l’argent de son maître dans une folle soirée de cabaret. Rien n’a d’importance pour Zorba le compatissant, en dehors de l’alcool, des femmes et du Sirtaki, qui résument son bon plaisir.

Ce film est daté. Il ne rend plus exactement compte de la réalité vécue par les crétois. Divers régimes politiques se sont succédés et, à présent, le peuple grec connaît la dictature de Bruxelles, payant la folie d’avoir rejoint plus fortuné que lui. Sa trame concerne notre actualité d’envahis, par les plus regrettables effets de la mondialisation.

Zorba le grec, magistralement incarné par Anthony Quinn, peut faire réfléchir à l’antagonisme des moeurs, à l’effacement complaisant de la culture occidentale, à la violence, à l’alliance machiste entre les fils et les mères, au sexisme à l’encontre des femmes dans les autres pays mais aussi dans le nôtre.

 

Copyright © 2016  area31.fr - Tous droits réservés
AREA 31 - Association de Recherche clinique et d'Entraide en Alcoologie

INTERSTELLAR

 

 Réalisation et scénario  Christopher Nolan
 Date  2014 / USA
 Durée  169mn
 Acteurs principaux  Matthew McConaughey (Cooper), Jessica Chastain (Murphy, adulte), Mackenzie Foy (Murphy, enfant), Anne Hathaway (Amelia Brand), Michael Caine (Pr Brand), Casey Affleck (Tom), Matt Damon (Dr Mann)
AA/SA  
Mots-clés Relations familiales – Abandon - Déni – Amour – Résilience

 

Histoire

Dans un futur proche, le mildiou ravage les récoltes, provoquant des pénuries alimentaires. Les tempêtes de poussières déclenchent des maladies dans la population, les individus meurent de plus en plus jeunes. Les habitants de la petite ville continuent à vivre leur quotidien en se voilant la face. Ils baignent dans l'illusion collective que ces perturbations écologiques prendront fin. Ils ne veulent pas réaliser que l'humanité est en train de périr. Les enseignants inculquent de nouvelles valeurs aux jeunes générations. Ils modifient les livres d'histoire et incitent les jeunes à choisir un métier d'agriculteur, d'ouvrier ou d'intérimaire afin de subvenir aux besoins de la communauté.

Cooper ne raisonne pas comme le reste des habitants. Il ne souhaite pas que ses enfants se conforment aux besoins de la société. Il entend les inciter à cultiver leur esprit critique et à poursuivre leurs aspirations. Pour son fils, Tom, il est trop tard. Le garçon a déjà intégré la pensée unique et ne veut pas se remettre en question. Il est d'ailleurs adultisé par son père. Quant à Murphy, elle possède de grandes capacités de curiosité, de créativité, et d'intelligence sensible. Elle préfère se fier à son intuition qu'à sa raison. Elle cultive son imagination et se passionne pour l'astronomie.

Cooper souffre de réminiscences d'un traumatisme. Il a perdu sa femme et son travail de pilote d'avion, deux sources d'étayages dont il a du mal à faire le deuil. Il sait que le contexte environnemental actuel annonce la fin prochaine des êtres humains. Cooper apprend à sa fille qu'ils doivent s'adapter, alors qu'il a lui-même bien des difficultés à le faire. Il s'offre comme un modèle paradoxal pour sa fille, qui l'admire et voudrait lui ressembler moralement. Il demeure un idéaliste dans un monde de pragmatiques. Il encourage Murphy à découvrir la vérité derrière les apparences trompeuses, à ne pas se laisser brimer par la société, à marcher dans les pas des pionniers.

Lors d'une tempête de poussière, la force gravitationnelle a créé des traces sur le sol de la chambre de la jeune fille. Elle interprète ce phénomène comme une tentative de communication de son fantôme. Cooper comprend que c'est un langage binaire indiquant des coordonnées. Cette découverte conduit les deux personnages à une base militaire top secrète. Ils rencontrent le professeur Brand et sa fille, Amelia, qui leur apprennent que les scientifiques de la NASA travaillent sur une solution contre les ravages environnementaux. Ils apprennent également qu'un trou noir est apparu en même temps que les perturbations gravitationnelles. Cooper est invité à participer à la mission Lazarus, qui vise l'exploration d'exoplanètes viables où pourraient s'établir les hommes. « Nous ne sommes pas destinés à sauver le monde mais à le quitter. » L'humanité est née sur Terre, mais elle n'est pas destinée à y périr.

Cooper est prêt à renoncer à tout ce qu'il possède pour entreprendre son rêve de voyager dans l'espace. Il s'embarque dans un long voyage spatial, accompagné d'une équipe de scientifiques dont Amelia fait partie. Il ignore quand il reviendra sur Terre. Si jamais il revient un jour. Cette expédition périlleuse entraîne des pertes humaines et matérielles. Cependant, les astronautes persévèrent dans leur mission. Jusqu'à ce qu'ils rencontrent le Dr Mann, un scientifique de la première équipe de la NASA envoyée dans l'espace. Ce dernier est devenu fou suite aux longues années d'isolement, et détruit la station spatiale. Cet incident décide Cooper à retourner vers sa fille. Il traverse le trou noir et atterrit dans un endroit étrange, où il parvient à communiquer indirectement avec sa fille dans le passé.

Pendant les longues années qui se sont écoulées sur Terre, Murphy est devenue astrophysicienne aux côtés du professeur Brand et a réussi à découvrir la solution pouvant sauver l'humanité. Cooper retrouve enfin sa fille, qui est à présent une femme très âgée. Les générations sont inversées. Chacun peut se séparer sans en souffrir et suivre son propre chemin. Cooper décide alors de partir à la recherche d’Amélia, qui est demeurée dans l'espace.

Intérêt en alcoologie : La relation père-fille

 

Interstellar met en avant la relation père-fille, une relation tour à tour fusionnelle, conflictuelle, puis adaptée et apaisée. Au début du film, nous comprenons que les deux personnages possèdent un rapport au savoir commun relatif au domaine scientifique, qui constitue la base solide de leur lien. Cooper transmet à sa fille son savoir, ses rêves, ses aspirations. Son humour cinglant aussi. Il tente de la préserver de l'inévitable confrontation à la réalité brute et désenchantée du monde rationnel. Cooper boit de l'alcool pour oublier le triste constat que « nous avons oublié qui nous sommes. » Il est déçu par l'attitude de ses pairs, véritables normopathes sur-adaptés à leur environnement, qui préfèrent le déni à l'affrontement de la réalité. Personne ne semble partager son point de vue, si ce n'est sa fille.

Murphy cherche souvent son regard bienveillant et étayant, elle recherche peut-être sa valeur dans les yeux de son père. En effet, lorsqu'elle demande à son père pourquoi il l'a nommée ainsi, ce dernier lui explique que les lois de Murphy signifient que, quoi qu'il puisse arriver, cela arrivera. Il souligne que ce n'est pas forcément quelque chose de négatif, puisque la naissance de sa fille constitue un événement heureux dans sa vie.

Seulement, lorsque Cooper décide d'entreprendre la mission spatiale, Murph se sent coupable de son départ et très en colère. Cooper tente de lui expliquer qu'il ne sera qu'un souvenir, qu'il appartient à son futur et ne représente pas son présent. La séparation est nécessaire, ils ne peuvent continuer à entretenir une relation fusionnelle. Tout parent doit laisser ses enfants devenir indépendants et autonomes, mêmes s'ils ne se sentent pas prêts à se passer de leur protection et de leur soutien inconditionnel. À ce moment-là, Murphy décrypte un message du fantôme : RESTE. Sa projection fantasmagorique incite le père à demeurer à ses côtés.

D'une certaine manière, on peut penser que l'enfant fait preuve d'intelligence sensible quand il voit un de ses parents tomber dans l'alcool. Car si on établit une analogie avec la problématique alcoolique, on peut considérer le départ de Cooper comme le début de son parcours alcoolique. Le père ignore la détresse de sa fille, il n'a pas suffisamment de lucidité pour comprendre les implications que ses actes entraîneront. Il a beau lui promettre de revenir, mais combien de temps durera son absence ? Quand retrouvera-t-il sa liberté et s'affranchira-t-il de son addiction ?

Il est intéressant de constater que, à partir du moment où Cooper se retrouve dans la station spatiale, seuls les terriens peuvent envoyer des messages aux astronautes. De même, la communication avec l'alcoolique est unidirectionnelle. Le soignant, ou le proche, parle au sujet alcoolique sans être certain que son message sera entendu. Si la part alcoolique est trop prégnante, le sujet ne peut pas répondre, ou du moins pas de manière adaptée, aux conseils d'autrui. Il est comme absent de la relation. Il est utile de noter que la temporalité de Cooper et de ses enfants diffère. C'est le temps de l'alcool, forcément différent de celui de l'entourage.

Le fils de Cooper continue à envoyer des transmissions, jusqu'au jour où il décide de faire son deuil : « je dois te laisser partir. » Tom se comporte comme l'entourage de l'alcoolique, il demeure incompréhensif face à la souffrance de son père, il perd espoir. Quant à Murphy, elle ne peut se résoudre à accepter la perte de sa figure paternelle. Elle s'est clivée entre une partie rigide qui garde une rancune tenace envers son père qui l'a abandonnée, et une partie en détresse qui souhaite que son père revienne. Elle n'est en mesure d'envoyer qu'un unique message à son père, pour lui annoncer durement qu'il n'a pas tenu sa promesse.

D'un autre côté, elle tente de maintenir un lien imaginaire avec son père en choisissant la voie de l'astrophysique, participant activement aux recherches du professeur Brand. Ce dernier représente une figure paternelle substitutive pour Murphy. Elle investit ce lien dans une tentative de garder contact avec son père, bien qu'il ne puisse lui répondre. La situation de ces deux personnages est inversée : Cooper et Murphy se sont séparés de manière conflictuelle, tandis que le professeur Brand et sa fille ont accepté la séparation. La jeune Murphy se sent à nouveau trahie et abandonnée par cette deuxième figure paternelle. Le professeur Brand lui annonce qu'il n'avait plus d'espoir pour l'humanité, qu'il a envoyé sa fille Amélia et Cooper dans une mission suicide. Murphy fait alors preuve d'une remarquable capacité de résilience en mobilisant ses ressources internes et toute son énergie dans la résolution de la formule scientifique pouvant sauver l'humanité.

Dans la temporalité de Cooper, les accidents sont nombreux. On remarque que le danger vient soit de l'intérieur, les astronautes manquant de prudence ce qui conduit à la perte de l'un d'entre eux, soit de l'extérieur, lorsque le docteur Mann met l'équipe en danger en voulant poursuivre ses intérêts personnels. Le docteur Mann peut représenter une autre figure de l'alcoolique. Il s'est enfermé, isolé, pendant tellement longtemps, qu'il ne peut plus exercer correctement ses facultés de discernement, d'esprit critique et d'empathie. Il préfère manipuler les autres plutôt que de leur faire confiance, il ne peut plus établir de relations saines avec autrui.

Si l'on se réfère à l'analyse transactionnelle d’Éric Berne, le personnage de Murphy peut personnifier les trois enfants qui figurent les instances du moi. La jeune fille a toujours su faire dialoguer son enfant spontané et son enfant rebelle. En devenant adulte, elle a davantage laissé la place à l'enfant adapté. Ce n'est qu'en équilibrant harmonieusement l'interrelation entre ces trois enfants qu'elle parvient à renouer le contact avec son père. Et il en va de même pour ce dernier. Murphy se fie à nouveau à son intuition plutôt qu'à ses théories aveuglantes. Elle retourne dans sa maison. Elle est dissociée entre l'enfant qu'elle était et l'adulte qu'elle est devenue. Elle reconnecte son intelligence scientifique avec son intelligence créative. Elle comprend que les actions de son père n'étaient pas une preuve de désaffection, mais une preuve d'amour. Elle a acquis la maturité nécessaire pour pardonner à son père et se réconcilier avec lui à travers le temps et l'espace.

Il s'avère que le fantôme qu'elle imaginait était en réalité son père qui communiquait avec elle à travers d'autres dimensions. D'ailleurs, si Cooper a pu surmonter les épreuves qui ont ponctué son chemin, c'est parce qu'il s'accrochait à ses souvenirs de Murphy comme un étayage positif. Il ne peut modifier son passé. Il doit vivre avec ses erreurs et les blessures qu'elles ont causées. Tout comme pour la personne alcoolique, dès lors qu'une prise de conscience mène à la démarche de soin, le vrai travail psychique peut commencer. La traversée du trou noir peut correspondre à ce temps de réflexions et d'apprentissages, afin d'atteindre une meilleure connaissance de soi et avoir des relations interpersonnelles de meilleure qualité. Ce film nous apprend donc que l'amour est une autre dimension, transcendant le temps et l'espace. C'est finalement la seule dimension à laquelle on puisse se fier entièrement lorsque nous perdons nos repères habituels, même si on ne la comprend pas toujours.

 

Copyright © 2016 area31.fr - Tous droits réservés
AREA 31 - Association de Recherche clinique et d'Entraide en Alcoologie

 

 

Plus d'articles...

  1. Julieta
Page 68 sur 69
  • Démarrer
  • Précédent
  • 60
  • 61
  • 62
  • 63
  • 64
  • 65
  • 66
  • 67
  • 68
  • 69
  • Suivant
  • Fin

Copyright © 2026 area31.fr - Tous droits réservés - Mentions légales
AREA 31 - Association de Recherche et d'Entraide en Alcoologie, en addictologie et en psychopathologie