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La stratégie du choc

La montée d’un capitalisme du désastre

Naomi Klein

Babel Essai (2008)

13€70, 860 pages

 

Vous l’aurez compris, en considérant le comparatif du prix, 13,70€, et l’épaisseur du parallélépipède, 860 pages : vous avez affaire à un best-seller mondial, écrit par une journaliste de haute-volée, Naomi Klein, qui a préféré prendre la nationalité canadienne plutôt que rester citoyenne des Etats-Unis d’Amérique ! Le volume des notes et des références, en fin d’ouvrage, de l’ordre d’une centaine de pages, montre le sérieux universitaire sous-tendant le concept de « stratégie du choc » explicité par l’ouvrage.

Nous faisons référence à l’auteur dans « Anesthésie générale ». Comme sa publication se fera attendre encore plusieurs mois, il nous a semblé utile, sans plus tarder, de présenter quelques bouquins qui aident à comprendre la situation que nous vivons. Le confinement se prête à de longues et méthodiques lectures…

Que faut-il entendre par « stratégie du choc » ? Et, auparavant, quel en est le génial promoteur ? Nous devons cette théorie appliquée, à un petit bonhomme qui ne dépassait guère 150 centimètres : Milton Friedman. Il est difficile de trouver d’économiste davantage acquis à un libéralisme pur et dur. De son point de vue, tout ce qui peut ressembler à un état solidaire relève d’un socialisme irresponsable, à combattre par tous les moyens. Pour Friedman, l’État a comme seule mission de protéger la liberté des « citoyens » du pays correspondant contre leurs ennemis extérieurs et contre ceux qui, à l’intérieur, seraient source de désordre. Pour résumer « il s’agit de fournir les policiers et les soldats ». Tout le reste, y compris l’éducation publique, n’est qu’ingérence au sein des marchés.

La stratégie du choc consiste à tirer profit d’un désastre provoqué ou naturel, telle qu’une guerre ou une catastrophe naturelle, pour imposer des dispositions anti-sociales qui n’auraient pas manqué d’imposer d’importantes résistances dans une situation ordinaire. L’événement n’est pas créé de toutes pièces. Il est amplifié par les médias, de telle manière qu’il efface tout esprit critique véritable et toute résistance organisée. Le ressort de la stratégie du choc est double. La peur en est la première nourriture : peur du présent, peur de l’avenir, peur des autres, peur de l’Autre, qu’il soit armé et cagoulé, ou invisible, comme un virus propagé.

L’autre ingrédient indispensable pour obtenir les effets souhaités est la systématisation de l’incohérence. De ce point de vue, les médias jouent un rôle essentiel.

Après un an de pandémie, des informations contradictoires circulent. Ainsi une personne guérie du Covid est-elle ou non immunisée ? Devient-elle fréquentable ? Est-elle un moyen d’enrayer l’épidémie par l’immunité passive ?

Les décisions qui affectent la population sont arbitraires et le plus souvent absurdes. Elles ont force de loi sans que la moindre étude n’ait prouvé leur bien-fondé.

Au nom de quels arguments interdire les promenades solitaires ou en couple, à pied ou à vélo, dans la Nature ? À partir du moment où le port du masque ou l’absence de contact physique est une règle respectée, au nom de quoi interdire l’activité économique dans des secteurs où la discipline nécessaire est facile à obtenir, comme par exemple une librairie ou un petit commerce ? Est-ce anodin de privilégier la vente par Internet ?

En allant plus loin pourquoi interdire les tribunes des stades aux spectateurs pour lesquels les gestes barrières seraient un inconvénient incomparablement plus léger que la perspective de regarder les matchs, en prenant l’abonnement à des chaines de télévision.

Comment interdire une vie collective qui respecterait les gestes barrières alors que l’espace familial autorise tous les risques avec les repas partagés ?

Naomie Klein nous aide à voir plus loin que nos émotions. Qui peut croire un instant que la planète fonctionne comme « le manège enchanté », et les nombreuses autres séries d’animation conçues pour occuper les enfants ?

Pour contourner les blocages au sein des sociétés rien de tel qu’une bonne stratégie du choc. En quelques mois, de six à neuf, le gouvernement en place peut susciter des bouleversements économiques technologiques et sociaux de grande ampleur.

L’ouvrage abonde d’illustrations incontestables. Le livre de Klein se lit comme une suite de démonstrations historiques du « capitalisme du désastre », selon l’expression de l’auteur.

Nous laissons le lecteur découvrir ce superbe récit documenté, antidote au bourrage des crânes et aux intimidations à répétition auxquelles nous sommes soumis comme citoyens.

 

 

 

 

 

Charles X

Le naufrage de la monarchie

Pierre Dauga

Editions de l’Onde

23€, 438 pages

hors références bibliographiques.

 

Il existe au moins deux façons de s’intéresser à l’Histoire : se passionner pour des anecdotes en abandonnant un temps ses préoccupations et les informations obsédantes ou se confronter aux faits rapportés et tirer des leçons pour la période que nous vivons. Un livre d’Histoire réunit habituellement ces deux fonctions. Charles X, le naufrage de la monarchie, l’illustre à merveille.

En ces temps de sédentarité forcée, pour se reposer de nos écrans, la lecture est un passe-temps accessible.

Côté anecdotes, l’auteur croque avec un plaisir manifeste les innombrables personnages qui ont gravité autour du comte d’Artois, le dernier des trois, après Louis XVI et le comte de Provence, l’énorme mais cependant habile Louis XVIII. L’écriture est acérée et provoque l’amusement. Le dépaysement est assuré.

Le récit couvre la vie de Charles X, de la période prérévolutionnaire à l’apparition d’Adolphe Thiers qui joua un rôle décisif pour remplacer Charles X par Louis-Philippe, le roi des bourgeois. Il permet ainsi de relier les événements les uns aux autres, avec des apparitions successives comme celle de Cadoudal, sans parler de l’omniprésence de « l’insubmersible » Talleyrand, qui a justifié ce qualificatif autant sinon plus qu’Andreotti dans l’Italie moderne.

Une double lecture de l’histoire est possible : attribuer la colonisation à rebours de notre pays aux trois coups de chasse-mouches du Bey Hussein sur le visage du Consul de France, Derval, ou apprécier le rôle des prétextes et arrière-pensées dans les opérations de grande envergure.

Nous n’en dirons pas plus pour laisser aux lecteurs le plaisir de découvrir cette fresque d’une soixantaine d’années, que Pierre Dauga nous fait vivre, comme si nous y étions.