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Réalisation : Luigi Comencini

D’après l’œuvre de Carlo Collodi (1881)

Scénario : L. Comencini ; Suso Cecchi

Date : 1972-1975/ Italie

Durée :135mn

Musique : Fiorenzo Carpi

Acteurs principaux :

Andrea Balestri : Pinocchio

Nino Manfredi : Geppetto

Gina Lollobrigida : La fée Turquoise

Ugo d’Alessio : Maître Cerise

SA/A/HA

Mots clés : Conte – enfance – normes – paternité – pauvreté

 

 

Le film de Comencini est une adaptation pour le cinéma d’une courte série pour la RAI. Il utilise la trame du célèbre conte de l’anarchiste Collodi pour rendre admirablement l’esprit d’enfance dans ce qu’il a de plus spontané : indiscipliné, n’en faisant qu’à sa tête, menteur pour se protéger des injonctions dérangeantes, plein de vie et de naturel. Tout commence par un tronc d’arbre à la voix d’enfant qui refuse d’être découpé. Maître Cerise, son propriétaire s’en débarrasse en l’offrant à Geppetto, un pauvre menuisier d’un village de Toscane, veuf de surcroît. La fée Turquoise transforme la marionnette qu’il a confectionnée en petit garçon incontrôlable, malgré les promesses d’être sage. C’est le début d’une série d’aventures que Comencini traite avec un souci de greffer la poésie de l’histoire dans le concret de conditions de vie dures, où manger est la première préoccupation. Pinocchio n’arrête pas de courir et de s’écrier qu’il a faim.

 

L’enfant spontané et l’éducation

Le film de Comencini est très attachant dans la mesure où il permet aux enfants comme aux adultes de s’identifier pleinement.

Un enfant normalement constitué est à l’image de Pinocchio, avant que ne s’abatte sur lui le rouleau compresseur des conditionnements éducatifs et, aujourd’hui, du numérique pour les jeunes consommateurs. Pinocchio n’est addict qu’à la vie et aux découvertes. Il n’est pas dépourvu d’affects filiaux mais il est, avant tout, indépendant, se fiant d’abord à ses envies.

Sur le plan symbolique, la fée Turquoise, incarnée par la sérieuse Gina Lollobrigida, est un équivalent maternel. Elle est bienveillante mais normative. Pinocchio doit être sage, propre et bien travailler à l’école, sinon gare ! Le petit garçon rechute en marionnette. N’est-ce pas un paradoxe de l’histoire : quand l’enfant est lui-même il devient une marionnette ? Quand il se comporte en marionnette, respectueux des règles, il garde son apparence d’enfant !

Geppetto est un modèle de père, aimant, affectivement dépendant de ce fils inespéré mais fugueur, courant après lui, au risque de sa vie, pour le retrouver. Geppetto c’est Joseph, menuisier comme le père de l’Evangile, dépassé par sa condition de père d’un enfant incontrôlable, perdu dans un monde dur, où il a du mal à exister, tant il est pauvre. Il dit explicitement à son fils qu’il aimerait autant rester à l’abri dans le ventre du « monstre ». Il n’est pas fait pour un monde violent. Comme dans l’Evangile, c’est son enfant qui prendra l’initiative pour l’inciter à utiliser les services d’un gros thon et retrouver le monde sans empathie des humains.

La critique de l’éducation est facile à identifier : la fée Turquoise est pénible avec ses alternances de suave persuasion et de sanction transformatrice. Elle convoque deux professeurs qui pérorent sur la bonne attitude éducative. Pinocchio semble avoir le choix entre devenir une marionnette de chair s’il obéit et de marionnette en bois s’il s’écarte du droit chemin, avec les mauvaises rencontres du chat et du renard, sans parler du mauvais garçon Lucignolo. L’histoire montre que s’éloigner du chemin, en suivant aveuglément ceux qui incitent aux plaisirs et à la facilité, peut devenir dangereux et très triste aussi.

La toxicomanie, de ce point de vue, comme choix d’exister par la transgression, fait courir des risques graves aux anticonformistes, à ceux qui n’intègrent pas la loi du père qui peut être aussi une loi d’amour, de tolérance et d’humilité, confrontée à la rudesse des rapports sociaux et à la misère sociale. La fête à laquelle sont conviés Pinocchio et les autres enfants, de futurs ânes, pourrait évoquer les rave-parties. À la question du métier de Geppetto, Pinocchio répond abruptement : Pauvre !

 

 

Réalisation : Pietro Germi

Scénario : Pietro Germi et collaborateurs

Date : 1966

Durée : 115 mn

Acteurs principaux :

Virna Lisi : Milena

Gastone Moschin : Osvaldo Bisigato

Nora Ricci : Gilda Bisigato

Alberto Lionello : Toni Gasparini

SA / HA

Mots clés : mœurs – faux-semblants – ridicule – dérision - médiocrité

 

On peut préférer « Séduite et abandonnée » à « Ces messieurs-dames » comme satire des mœurs italiennes par Pietro Germi, même si ce dernier a reçu la Palme d’Or au Festival de Cannes de 1966 pour ce film. Ne boudons pas le plaisir de cette découverte des mœurs débridées, maquillées de bienséance et de franche camaraderie, de la classe moyenne de cette ville de Vénétie. Les habitants de Trévise en ont, paraît-il, beaucoup voulu à Germi d’avoir fait leur portrait.

Le réalisateur choisi de décrire les mœurs de la bourgeoisie provinciale de la Vénétie dans un style plus enlevé et drôle que les films de Claude Chabrol, presque tous consacrés à la critique de cette couche sociale qui s’est beaucoup renouvellée depuis cette époque, tout en restant aussi peu fiable. Le film commence par une sauterie débridée, orchestrée par le docteur de la bande. Les péripéties successives seront découvertes par le spectateur. À la différence d’à présent les gens savaient se moquer des autres et d’eux mêmes.

On peut rire de tout, pas avec n’importe qui

Le microcosme citadin et accessoirement rural mis en scène se moque beaucoup des autres. Chaque personnage est tour à tour l’objet de dérision, ce qui établit une sorte d’égalité.

Que peut-on retirer de ce type de film pour l’accompagnement en alcoologie ?

Le premier enseignement est de ne jamais être dupe des apparences, qu’il s’agisse du buveur avec ou sans alcool, des proches et des soignants eux-mêmes ou encore de l’offre de soin. L’esprit d’observation, la prudence, le dialogue sont de rigueur, sans dégager des conclusions hâtives.

Le soin ne doit pas faire une place démesurée aux « passions tristes » ou ce que l’on peut appeler également les ressentis négatifs. Germi les met en évidence de façon caricaturale, parfois bouffonne. Derrière la respectabilité apparente, la médiocrité humaine se manifeste sans retenue, dès que l’occasion se présente. Et l’histoire racontée montre que les personnages excellent dans l’art de se créer des occasions, quitte à s’exposer à certaines déconvenues.

Au passage, nous reconnaîtrons l’ineffable Peppino, le séducteur moraliste de Séduite et abandonnée, en tenue de policier.

Ce film nous montre la force thérapeutique du rire face à l’hypocrisie générale.

 

 

 

Réalisation : Christopher Monger

Scénario : Ivor Monger

Date : 1995

Durée : 99 mn

Acteurs principaux :

Hugh Grant (Reginald Anson), cartographe

Ian Mc Neice : George Garrad, cartographe

Tara Fitzgerald : Betty, l’employée

Colm Meaney : Morgan, le patron du bar-hôtel

Kenneth Griffith : le révérend Robert Jones

Tudor et Hugh Vaughn : Thomas Simplet I et II

Robert Pugh, Williams le garagiste

Wyn Roberts Dafffyd : Tommy deux-temps

 

SA / HA

Mots clés : Identités – cultures – humour – Lien social - Imagination

 

 

L’Anglais qui gravit une colline… est une histoire farfelue mais charmante. Elle prend la forme du récit d’un grand-père à son petit fils. Les faits se seraient déroulés en 1917, dans un village du pays de Galles. A l’époque, en pleine première guerre mondiale, les particularismes nationnaux sont vifs. Quand deux Anglais cartographes, le condescendant et néanmoins rubicond George Garrad et son jeune assistant, Réginald Anson, débarquent dans le village pour mesurer une colline possiblement montagne, si elle dépasse 300 m. , ils sont accueillis avec les réserves d’usage. Lorsque, à la consternation des habitants, la hauteur est scientifiquement évaluée à moins de 300 mètres, une forme de séquestration s’organise. La voiture des Anglais tombe en panne. La gare ne délivre plus de billet de train. Le révérend John et le cabaretier Morgan dépassent leurs oppositions idéologiques pour transformer la colline en montagne, en mobilisant tout le village. Nous ne saurion nous substituer au grand-père et au réalisateur pour résumer les délicieuses péripéties qui conduiront au succès de cette folle entreprise.

L’imagination au sommet

 L’histoire évoque un conte pour enfants. Elle manifeste une force de créativité et d’imagination peu commune. La vitalité dont font preuve les habitants de ce village, leur pittoresque et leur liberté d’esprit font plaisir à voir. La rigueur des cartographes sera balayée par les complicités qui se nouent au-delà des différences entre les habitants. La combativité galloise aura raison du conformisme anglais. Le cartographe en chef, Garrad, aura comme consolation le plaisir de se saouler. Le plus jeune, Anson, se laissera séduire autant par Betty, la servante mandatée pour lui tourner la tête, que par l’énergie manifestée par les inoubliables héros de cette transformation géographique.

Pour la problématique alcoolique, les leçons sont faciles à tirer. Plutôt que l’attitude du cartographe Garrad, son sérieux conventionnel et son penchant pour la bouteille, mieux vaut miser sur la créativité, l’entraide, l’enthousiasme, la bonne humeur et le politiquement incorrect.