Réalisation : Gus Van Sant

Date: 1997 / Etats Unis

Durée: 126 min

Acteurs principaux: Matt Damon (Will Hunting), Robin Williams (Sean Maguire), Ben Affleck (Chuckie Sullivan), Minnie Driver (Skylar)

SA/HO

 Mots-clés : Changement – Alliance thérapeutique – Abandon– Emotions.

 

Avec ce film, Gus Van Sant nous fait partager un moment de la vie de Will Hunting, un jeune homme, au caractère imprévisible, doté d’une intelligence remarquable. Suite à une énième bagarre au cours de laquelle il est arrêté, Will se trouve à la croisée des chemins.

Une opportunité lui est offerte, celle de mener une carrière brillante grâce à son don en mathématiques pour lequel il est courtisé par de grandes entreprises. Dès lors, il pourrait aussi faire sa vie avec sa petite-amie à l’abri du besoin. Cela serait l’occasion pour lui de laisser derrière lui une vie de solitude, de violence et d’alcool mais aussi sa bande de copains, la famille qu’il s’est choisie. Mais en a-t-il vraiment envie ?

Will va alors faire des rencontres qui vont mettre à mal ses certitudes et l’aider à se construire. Il y a tout d’abord le professeur Lambeau, éminent chercheur en mathématiques, pour qui la réussite passe avant tout. Sa rencontre avec Will est douloureuse, car ce dernier, en dépit de son manque de formation, a probablement produit plus d’avancées dans son domaine que lui en toute sa carrière. Il se retrouvera à genoux, lui, le détenteur de la médaille de Fields (équivalent du prix Nobel mais pour les mathématiques), face à Will, afin d’empêcher de brûler un papier sur lequel Will avait résolu une équation réputée insolvable. Vient ensuite Skylar, une jeune étudiante d’Harvard, avec qui Will découvre l’amour et qui ne souhaite qu’une chose : que Will s’ouvre à elle.

La rencontre la plus importante va être celle avec Sean Maguire, un psychothérapeute issu du même quartier que Will et qui, comme lui, a subi des violences physiques durant son enfance. Un lien profond va se créer entre les deux hommes, car en se confiant à Will, Sean amène ce dernier à baisser ses barrières et commencer le vrai travail de fond: accepter ses émotions pour s’épanouir.

Intérêt en alcoologie

Ce film nous parle d’une crise identitaire. Will s’identifie à son milieu ouvrier et adopte les comportements de ce milieu, à savoir l’alcool et la violence, jusqu’à s’oublier lui-même. Il s’est constitué une carapace pour se protéger et tente de cacher ses capacités afin de ne pas être exclu. Car c’est de cela dont il s’agit ici : la peur de l’abandon. Will se sert de ses capacités pour rejeter les autres  de façon agressive avant que ceux-ci ne le fassent, unique moyen de défense qu’il connaisse.

Seul Sean affronte Will, en mettant le doigt là où ça fait mal, comme avec cette réplique : « Tu préfères ne rien faire plutôt que de prendre des risques. » ou encore :« Je trouve que c'est super comme philosophie, Will. Ça te permettra de vivre toute ta vie sans jamais avoir vraiment à connaître personne ». Changer signifie prendre des risques, faire face à ses émotions, deux choses que Will n’arrive pas à faire.En effet, élaborer des projets, dire à sa petite amie qu’il l’aime sont autant de situations qu’il peine à affronter car il peut se retrouver dans une situation de vulnérabilité ; peut-être comme lorsqu’il était enfant, face à la violence des adultes.

Des indices sur le passé de Sean peuvent nous laisse penser qu’il s’est retrouvé dans la même situation que Will, mais que, lui, a choisi de renoncerà une carrière qui aurait pu être brillante pour s’occuper de sa femme, atteinte d’un cancer. Le psychothérapeute n’est nullement dans le regret puisque pour lui, la réussite ne se résume pas qu’à une carrière. Le film pose la question du sens que l’on souhaite donner à sa vie mais surtout de l’importance des émotions, que Will refoule au plus profond de lui-même. Comme le fait remarquer Sean à Will dans un beau monologue dont deux extraits sont retranscrits ici :

« Si je te dis de me parler d’art, tu vas me balancer un condensé de tous les livres sur le sujet. Michel-Ange, tu sais plein de trucs sur lui. Sur son œuvre, sur ses choix politiques, sur lui et sur le pape, ses tendances sexuelles, tout le bazar quoi. Mais je parie que ce qu’on respire dans la Chapelle Sixtine, son odeur, tu connais pas. Tu ne peux pas savoir ce que c’est que de lever les yeux sur le magnifique plafond. Tu sais pas. […]Personnellement, j’en ai vraiment rien à foutre de tout ça, parce que je vais te dire, je n’ai rien à apprendre de toi que je n’apprendrai pas dans n’importe quel bouquin. À moins que tu veuilles me parler de toi. De qui tu es. Là, ça m’intéresse. Là, je suis à toi. Mais c’est pas ce que tu veux faire, hein, vieux ? Tu as trop peur de ce que tu pourrais dire. La balle est dans ton camp. »

C’est finalement grâce au lien social qu’il redoutait tant, que Will découvrira que le chemin qu’il souhaite suivre, celui qui le rendra heureux, ne passe pas par une grande entreprise gouvernementale. En effet, Will a« une fille à voir »...

Fiche rédigée par Carole Bastié,

Etudiante en psychologie

Réalisation et scénario:

Mohamed Rasoulof

 Date : 2017 / Iran

Durée :130mn

Acteurs principaux :

Reza Akhiaghirad : Reza

SoudabehBelzaee : Hadis

MissaghZareh : frère d’Hadis

NasimAdahi : mère de l’étudiante

 SA

 Mots-clés : Pouvoir –oppression – mœurs−  couple–adaptation

 

 

L’Iran est sous la coupe d’un régime autoritaire islamique qui gouverne en usant de la religion et d’une milice, le Bassidj. La corruption que met en valeur « Un homme intègre » y régule les rapports sociaux. L’Iran est une puissance nucléaire, de nouveau ouverte aux échanges commerciaux. Cependant, le régime du Président Hassan Rohani suscite, comme les précédents, des mouvements d’opposition périodiques. La liberté d’opinion n’y existe pas. Le réalisateur du film, Mohamed Rasoulof a d’ailleurs eu ses six films interdits de projection dans son pays par la censure nationale.

Le récit en forme de « polar » est centré sur Reza, un homme vigoureux et obtiné, qui a quitté la capitale pour vivre en pleine campagne en faisant l’élevage de poissons rouges. Cette pratique est liée à une tradition très présente pour le Nouvel An iranien, le Norouz. L’épouse de Reza, Hadis, est directrice d’un collège de filles. C’est visiblement une femme de tête. Le couple a un petit garçon. Reza est attentif à sa famille. Il est présent comme père. Il est courageux au travail mais voilà, il a du mal à payer l’emprunt à son banquier et il refuse de graisser la patte au personnel de sa banque pour alléger ses dettes. Ses difficultés montent rapidement d’un cran : une société, la « Compagnie »,  s’intéresse à sa propriété. Un homme influent, Assad, semble attaché à sa perte.

Tous les coups sont permis et ils se multiplient. Reza s’efforce, obstinément, de garder son calme et sa ligne de conduite. Il rejoint périodiquement, au sein d’une grotte, une piscine naturelle d’eaux chaudes et bleutées. Là, seul, immergé, un verre de son alcool distillé à la main, il réfléchit et prend ses décisions.

La pisciculture voit son eau se tarir puis être carrément empoisonnée. L’ambiance devient mafieuse, oppressante. Chaque jour apporte sa pierre noire. Reza ne veut pas céder. Il apprend que son meilleur ami, enseignant, est en prison pour six ans pour avoir propagé des idées hostiles au Pouvoir. Son épouse, traductrice, doit vivre dans une voiture avec leur fillette. Consulté, un avocat de la ville lui conseille de faire la paix avec son persécuteur.

Hadis est à bout. Une tentative d’user de son influence comme directrice pour amener le potentat local à composition renforce encore l’escalade de la violence. Par précaution,  elle est accueillie avec son petit garçon chez son frère, un homme bienveillant, qui habite à proximité. La maison familiale est alors incendiée par une horde de motards de la milice.

Désormais, Reza est prêt à abandonner sa position pacifique. Subir la violence finit par susciter une violence réactionnelle, à moins qu’elle ne s’enfouisse pour ressurgir plus tard. Le dénouement ne manquera pas de surprendre.

L’oppression et le contrôle social : différences et ressemblances

 A priori, les différences entre l’Iran et notre pays sautent aux yeux. Par exemple, la consommation d’alcool y est interdite. Reza, le héros, produit lui-même de façon clandestine sa boisson alcoolisée, en injectant de l’alcool dans des pastèques qu’il camoufle dans une cache. Il déjoue ainsi l’inspection de la milice islamiste chargée de surveiller la moralité des habitants. Á la fin de l’histoire, Reza choisira de compromettre Assad, l’auteur des maltraitances qu’il subit, en le faisant passer pour un détenteur de drogue, en bénéficiant de la collusion d’un gardien de prison, qui l’aidera indirectement à se débarrasser physiquement de son ennemi. L’ambiance aura eu raison de son intégrité.

Dans nos démocraties, l’oppression sociale n’a rien à voir avec ces pratiques. Les différences sont flagrantes. Á bien y regarder, cependant, nous retrouvons de la violence dans nos rapports sociaux et des dysfonctionnements dans le formalisme des relations entre les citoyens et l’État. Il existe une pensée normative dont il est difficile de s’écarter. La mise à mort sociale se vérifie par l’extention continue des minimas sociaux, en écho de l’accroissement du chômage et de la précarité. Les relations entre les groupes d’appartenance se sont durcies. A l’inverse de l’Iran, les policiers, les pompiers, les médecins en visite peuvent être caillassés alors qu’ils portent secours.

Á un moment, Hadis écarte, sans état d’âme apparent, la mère d’une jeune élève exclue en raison de son appartenance religieuse. Pour bénéficier de l’éducation, il faut explicitement renoncer à sa religion et adopter l’Islam. Plus tard, cette jeune fille se suicidera et les autorités refuseront qu’elle soit enterrée dans le cimetière de la commune. Dans notre pays, l’exclusion s’opère avant tout par l’abaissement du niveau de l’enseignement général de base, une démagogie frileuse à l’égard de parents prenant fait et cause pour leurs enfants posant problème, et plus encore, dès que l’étudiant atteint le niveau des études supérieures, par le critère de l’argent, ce même argent qui pèse aussi dans les relations sociales en Iran. Qui peut avoir la naiveté de croire que les grands marchés se remportent en toute équité dans nos pays et  dans le monde? Comment expliquer certaines décisions aberrantes ou curieuses, sans imaginer de petits arrangements entre amis ? Si les assassinats politiques sont devenus rares en démocratie, en tant que meurtres physiques, force est de contater que les morts politiques s’y succèdent, avec cependant une différence de taille : la reconversion de l’éliminé est, plus d’une fois, aussi spectaculaire que source d’envie. Les stratégies d’empêchement sont habituellement plus douces, plus feutrées mais très efficaces aussi.

Le film pose une question d’ordre éthique : jusqu'à quel point s’obstiner face à un pouvoir indifférent ou hostile ? Jusqu’à quel point s’adapter pour ne pas perdre son « âme », ou l’esprit d’un projet? Quels sont les armes et les accommodements que peut accepter un homme intégre dans une société dirigée et encadrée par des individus prisonniers consentants d’un système, quand sa survie ou la survie de ce qui lui tient à cœur est engagée ? Reza fait passer ses principes avant la prise en compte des réalités. Il fait supporter son intransigeance à ses proches. Il ne fait pas jouer son discernement. Hadis, comme la plupart des femmes, est plus réaliste. Son positionnement face à la mère de l’étudiante prend certainement en compte les règles du jeu.

Le discernement suppose des arbitrages constants entre le sens des réalités et l’éthique.

Réalisation : John Huston

Scénario:Wolfgang Reinhardt et Charles Kaufman

Date : 1962 / USA

Durée :116mn

Acteurs principaux : Montgomery Clift (Sigmund Freud), Rosalie Crutchley (la mère de Freud), David Kossoff (le père de Freud, Jacob), Larry Patks (le docteur Josef Breuer), Susannah York (Cecily Koertner), Susan Kohner (Marta, l’épouse de Freud), Fernand Ledoux (le professeur Charcot), Eric Portman (le docteur Meynert), Allan Cuthbertson (Wilkie)

 SA/HA

 Mots-clés : psychanalyse –hystérie – hypnose−  névrose–adversité

John Huston a eu l’initiative louable de raconter le début de la carrière de Sigmund Freud. Il donne à sa réalisation, une pédagogie en images, le rythme d’un parcours tortueux et torturé. Le récit narratif est ponctué de séquences – y compris celle de l’acte manqué ! – et de cas cliniques qui ont conduit le jeune Freud à élaborer par étapes successives sa théorie de l’inconscient. Ses premières observations d’hystérie servirent à la concevoir. Il utilisa rapidement l’hypnose que pratiquait Charcot à Paris. Il travailla plusieurs années de concert avec Breuer, un collègue plus âgé, qui occupa, un temps, le rôle de mentor. Ce dernier n’eut pas l’audace de suivre Freud dans sa découverte dérangeante de la vie fantasmatique sexuelle infantile. Freud posait tout enfant comme un ‘‘pervers polymorphe’’, jusqu’au dépassement de ses conflits intrapsychiques. Il accordait une place décisive au complexe d’Œdipe pour l’avoir éprouvé face au comportement transgressif d’un jeune patient sous hypnose, Wilkie. Le patient avait été interné et il s’était suicidé par la suite. La théorie se forge aussi à partir des contre-transferts du thérapeute. Freud expliquait également l’hystérie par le refoulement des pulsions sexuelles interdites dans l’inconscient. L’alternative à ce processus mental est la sublimation des pulsions par leur symbolisation. La mythologie grecque, de ce point de vue, peut se comprendre comme une formidable fresque des fantasmes et des constructions imaginaires mettant en histoires les pulsions, les interdits, leur transgression, la honte et la culpabilité.

Huston montre bien la démarche scientifique de Freud faite d’écoute et d’observation, attentif à ce qu’exprime le patient en hypnose et à ce qu’il ressent et comprend lui-même par la relation établie. Par la suite, Freud abandonna l’hypnose, source, selon lui, de trop de suggestions de la part du thérapeute. Le film montre implicitement l’évolution vers la cure psychanalytique. Le dernier cas clinique montre bien la fécondité de la méthode et, en même temps, ses dangers, représentés par les phénomènes de transfert de la patiente vers le thérapeute.

Nous vérifions que le clinicien, par la relation établie avec le patient apprend tout autant des autres que de lui-­même.

Comme la plupart des découvreurs et des cliniciens s’éloignant de la Pensée commune, Freud fut critiqué, écarté, décrié. Le film le démontre très clairement à plusieurs moments. Les résistances du milieu professionnel et de la Société à des approches qui dérangent les façons de penser, les positions de pouvoir et les avantages qui s’y rattachent, sont inévitables. Il n’est jamais sans danger de faire dérailler le train des opinions convenues.

Le film doit beaucoup à l’interprétation de Montgomery Clift. Pourtant, ce formidable acteur est déjà très marqué par son alcoolisme. Il allait mourir quatre années plus tard. Son homosexualité était mal acceptée à Hollywood, d’autant que la beauté et l’intensité intérieure que Monty transmettait à ses personnages suscitaient de grandes passions chez les spectatrices.

La psychanalyse et l’alcoolisme

Depuis l’ouvrage remarqué des lacaniens de Mijolla et Shentoub « Pour une psychanalyse de l’alcoolisme » en 1990, qu’y a-t-il eu de notable ? Beaucoup de choses en réalité, avant et après la publication de cet ouvrage. Nous nous limiterons à quelques indications.

Pour l’essentiel, l’école anglaise a permis des avancées remarquables bien que non spécifiques dans le domaine de la psychogénèse des addictions. La pédo-psychanalyse avec notamment Donald Winnicott mais aussi les travaux sur l’attachement de Harlow et de bien d’autres, ont étayé une approche psychodynamique, illustrée notamment par Joyce Mc Dougall et Michèle Monjauze, en France. La psychopathologie attachée à la problématique alcoolique s’en est trouvée profondément enrichie, tandis que la psychosociologie française a porté de précieux éclairages. L’héritage théorique de Freud n’est pas pour autant devenu caduc. L’évolution des profils de personnalité avec la dominante des pathologies du narcissisme, des organisations limites de la personnalité, des troubles de l’humeur graves et des structurations psychotiques conforte plus qu’elle ne relativise les observations et déductions de Freud.

Nous pouvons relever que Freud s’est appuyé sur l’hypnose et la suggestion avant d’adopter les règles de la cure analytique alors que certains courants privilégiant les thérapies brèves ont voulu déconsidérer les conceptions freudiennes. Il y a eu même, en 2016, à l’Assemblée Nationale, un groupe de députés qui souhaitait en voir supprimer l’enseignement. Ils suivaient en cela l’évolution des universités nord-américaines. Les querelles entre les ‘‘écoles’’ et sociétés, l’hermétisme de certaines chapelles, les cures interminables et leur caractère onéreux ont desservi cette discipline. Pour si géniale qu’elle soit, une théorie ne peut prétendre rendre compte de la totalité du champ de son objet. L’hégémonie culturelle exercée par la psychanalyse finit par susciter d’autres courants interprétatifs du psychisme humain qui visèrent à la discréditer. Pour autant, avec beaucoup d’autres cliniciens, nous estimons que la grille de lecture psychanalytique, en référence avec les auteurs cités, est tout-à-fait utile et facilitante pour comprendre les méandres de la psyché humaine. De très nombreux ouvrages expriment cette culture et cette approche en sachant raison garder.