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Réalisation : Roberto Rossellini

Scénario : Roberto Rossellini et collaborateurs, d’après la nouvelle éponyme de Stephan Zweig (1926)

Titre original : La Paura

Date : 1954

Durée : 83 mn

Acteurs principaux :

Ingrid Bergman : Irene Wagner

Mathias Wieman : Professeur Albert Wagner

Renate Mannhardt : Johan Schultze

SA

Mots clés : Peur – Culpabilité – Adultère – Chantage - Manipulation

 

 

Rossellini a transposé, après la seconde guerre mondiale, dans ce qui était alors la République Fédérale Allemande, une nouvelle de Stephan Zweig publiée en 1926. L’intrigue mélange ainsi une histoire singulière et un arrière-plan politique : celui de la reconstruction industrielle de l’Allemagne de l’Ouest, peu après la deuxième guerre mondiale. Le noir et blanc, l’ambiance oppressante de la ville, des phares de voiture et de la pluie renforcent le climat de peur créé par un chantage à l’adultère.

Irène Wagner s’est révélée une industrielle capable d’animer une entreprise consacrée à la recherche pharmaceutique. Son mari Albert, après sa libération comme prisonnier de guerre, a pu ainsi mettre en pratique ses talents d’ingénieur-chimiste pour créer de nouveaux médicaments, à partir d’une expérimentation sur des souris et des lapins. Irène a eu une aventure, dont elle veut se défaire, avec Eric, un célibataire au métier indéfini. C’est alors que surgit une inconnue, Johan Schulze, la précédente amie d’Eric, qui met en place un chantage. Irène tombe dans le piège et le cauchemard peut commencer.

Culpabilité et peur

La finesse de l’analyse des sentiments par Stephan Zweig est rehaussée par un scenario simple et efficace qui n’est pas sans faire penser à des films d’Hitchcock, l’humour en moins. Dans une première partie de l’histoire, le spectateur peut prendre la place d’Irène, fort bien jouée par Ingrid Bergman. Un chantage a été mis en place par une femme jalouse éconduite par un homme. Dans une Allemagne qui relance à peine son économie, il ne manque pas de personnages peu scrupuleux, prêts à tirer profit de toutes les situations. Le sentiment de culpabilité d’Irène, attachée à la fois à son mari et à ses deux jeunes enfants, l’empêche d’être d’emblée lucide.

Quand la rivale lui avoue, dans un sursaut de solidarité féminine, que tout a été manigancé par Albert, Irène pense se tuer avec le poison largement utilisé dans le laboratoire de recherche. Heureuse fin, le mari interpellé par l’ancienne maîtresse délaissée, arrive à temps pour empêcher le passage à l’acte fatal. Nous retrouvons la qualité de l’écriture de Zweig : il décrit des personnages aux prises avec des sentiments humains. Il ne les juge pas. Il ne les simplifie pas pour en faire des stéréotypes. Chacun garde une forme d’ambivalence. Chacun a en lui des ressources pour éviter le pire. L’éthique permet d’éviter la catastrophe.

L’alcoologie n’est pas sans lien avec l’évolution des personnages de ce roman. Personne n’est ni blanc ni noir. Les acteurs du système-alcool, les proches en particulier, ont aussi leur ambivalence. Irène peut être assez désespérée pour envisager de se supprimer par l’effet de la culpabilité et de la honte. La personne alcoolique croit aussi être dans l’impasse, après avoir épuisé ses ressources en mensonges. Il suffit parfois qu’elle « pose le verre » pour que l’horizon s’éclaircisse.

Sous l’effet de la jalousie, Albert recherche l’humiliation de sa femme en retour de sa propre humiliation. Le personnage de la fausse Johan Schultze, en réalité une petite actrice, Luisa Vidor, menacée par la pauvreté, est également intéressant. Schultz-Vidor, est d’abord animée par la vengeance : c’est elle qui a « vendu la mèche » à l’époux trompé. C’est elle qui met fin au chantage devant l’attitude de refus d’Irène. En alcoologie, il y a aussi un moment où le « héros » doit dire « stop » et se pardonner.

 

Réalisation : Roberto Rossellini

Titre original : Viaggio In Italia

 Scénario : Vitaliano Brancati, Roberto Rossellini

Date : 1954

Durée : 97 mn

Acteurs principaux :

Ingrid Bergman : Katherine Joyce

George Sanders : Alexander Joyce

Maria Mauban : Marie

Anne Proclemer : la prostituée

SA / HA

Mots clés : couple – communication – susceptibilité – désarroi – solitude

 

 

Voyage en Italie a le charme désuet des films restaurés, souligné par la « couleur locale". François Truffaut a pourtant pu écrire, à propos de ce film, qu’il était représentatif de l’entrée dans la Modernité. L’histoire est celle d’un couple d’anglais sans enfant, uni par les mondanités propres à leur milieu social. Alexander, campé par le so british George Sanders, et Katherine, jouée par Ingrid Bergman, font route vers Naples. L’objectif est de réaliser la vente d’une belle villa face à Capri, héritée d’un oncle défunt. Le couple n’a plus rien à échanger en dehors de propos plus ou moins blessants et amers. Katherine se lance dans des visites de musées ou de catacombes. Alexander s’étourdit en se rapprochant de femmes auxquelles il s’efforce de trouver un intérêt. L’un et l’autre manifestent ainsi leur désarroi et leur solitude. Le divorce semble inévitable. Un happy end inespéré va révéler la réalité de leurs sentiments, leur susceptibilité réciproque et leurs difficultés à communiquer.

La communication dans le couple

Les personnages sont touchants dans leur raideur et leur maladresse réciproques. Alexander est présenté comme un bourreau de travail. Katherine se vit comme une femme négligée. L’époux surjoue une froideur guindée et une politesse cynique. L’épouse essaie de donner le change mais sa colère, palpable, prend l’apparence du mépris. Le film peut être compris comme une longue querelle d’amoureux dont l’aveuglement pour leurs sentiments n’a d’égal que la force des reproches qu’ils s’infligent l’un et l’autre. Il faut la conjoncture ironique de l’émotion rattachée à la mise en évidence du moulage d’un corps calciné par les laves du Vésuve, à Pompéi, puis un embouteillage créé par une procession à Naples, pour que l’homme et la femme s’avouent la persistance de leur amour.

Pour la petite histoire, le spectateur relève que l’homme ne manque pas une occasion de consommer de l’alcool.

Ce film peut constituer une base de discussion pour faire réfléchir aux difficultés de communication dans un couple et sur la force des liens affectifs durables.

 

 

Réalisation : Roberto Rossellini

Scénario : Roberto Rossellini et collaborateurs

Date : 1950

Durée : 107 mn

Acteurs principaux :

Ingrid Bergman : Karen

Mario Vitale : Antonio

Renzo Cesana : le prêtre

Mario Sponza : le gardien du phare

Les habitants de l’île de Stromboli

SA

Mots clés : île – volcan – couple – enfermement – survie

 

 

Karen se retrouve dans un camp de femmes à la fin de la Seconde Guerre. Elle est originaire de Lituanie. Sa privation de liberté a été provoquée – nous l’apprendrons par la suite –  par une liaison avec un officier allemand, avant que l’Histoire ne bascule en faveur des Alliés. Karen souhaiterait immigrer pour l’Argentine mais le passeport lui est refusé.

Le plan B consiste, pour elle, à épouser un soldat italien qui la courtise, de l’autre côté des barbelés du camp. Après un mariage rapidement conclu, il retourne avec elle dans l’île qu’il n’avait jamais quitté jusqu’avant d’être engagé. Stromboli est une des petites îles éoliennes, au nord de la Sicile. Elle se résume à un volcan en activité et un village de pêcheurs.

Karen se sent de nouveau prisonnière et, cette fois, sans espoir de solution. Elle est profondément étrangère par ses origines culturelles et sociales avec le cadre comme avec les habitants de l’île. Elle n’aime pas le garçon qui n’a été que le moyen de quitter le camp.

Le film est l’histoire de cet enfermement, conclu par une tentative de fuite. Celle-ci la rapprochant du cratère en feu où l’histoire s’achève, laissant au spectateur le soin d’imaginer la suite. L’histoire s’enrichit d’un épisode documentaire de pêche au thon et de l’irruption du volcan.

Fuite et enfermement

Stromboli est le premier d’une courte série de films qui marquent la rencontre d’Ingrid Bergman, actrice déjà célèbre par ses rôles dans les films d’Hitchcock, et du cinéaste néo-réaliste, Roberto Rossellini. Tous deux mariés à l’époque, leur relation naissante provoqua l’afflux des journalistes sur l’île, contribuant à la faire connaître du Monde.

Que pouvons-nous dire qui ait de l’intérêt pour la problématique alcoolique ?

Karen pourrait figurer la trajectoire de vie d’une femme alcoolique, en dépit de l’absence totale d’alcool dans cette histoire. Elle est dans la survie et les solutions à court terme. Pour sortir d’un enfermement – le camp de femmes – elle se précipite dans un autre, une union formelle, irréaliste et suicidaire.

Combien de femmes, sous la mauvaise inspiration de l’alcool ou des drogues, se précipitent dans des vies qui ne ressemblent à rien, pour échapper à une vie qu’elles vivaient comme un enfermement ?

Cela se vérifie, aujourd’hui, dès l’adolescence, pour échapper à un milieu étouffant.

La condition des femmes n’était pas enviable à l’époque. Leurs attraits figuraient parmi les meilleurs arguments mais pour quels résultats ? Au-delà des droits acquis et des évolutions égalitaires, quels sont les invariants ? Les partenaires rencontrés, sans amour et sans prendre le temps de construire un lien, ne peuvent se révéler satisfaisants sur le moyen terme. Les relations nouées sous l’égide de l’alcool ou des drogues constituent des variantes d’enfermement.

Karen se trouve enceinte comme tant de femmes d’hommes alcooliques. Les unions hâtives se soldent par des fuites de survie, avec la perspective exaltante des gardes alternées pour des enfants en trop qui vivront à leur tour leur vie comme des enfermements. Ils n’auront pas plus de perspectives que celles qui s’offrent à Karen dans cette île, métaphore de notre Société.

Le Stromboli est assimilé, dans le film, à la puissance divine. Il manifeste aussi que les humains sont soumis aux aléas des changements de la Terre et à leur condition sociale. Les îliens n’ont que la terrible pêche au thon pour survivre dans la pauvreté et comme seule perspective celle d’une immigration aux Amériques, s’ils parviennent à avoir assez d’argent. Encore une fuite. La problématique alcoolique nous apprend que l’argent se révèle aussi une illusion, un moyen de se perdre.