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Comment se faire une opinion?

Réunion du lundi 22, 17h30 avec les personnes accueillies pour l’HBA

Self de la Clinique Rive Gauche (Hall d’entrée) - Métro Saint-Cyprien République

 

22 juillet 2024

 

Pour accueillir l’équipe de cette HBA de juillet 2024, nous avons pensé qu’il était bon de réfléchir à la façon dont se constituent les opinions, face aux problématiques alcooliques et addictives, et plus largement, de réfléchir à ce qui peut nous concerner à un titre ou à un autre. Nous serons en mesure, ainsi, de justifier et de mettre en œuvre nos opinions, de limiter notre part d’erreurs.

Un hors-sujet, pour commencer. L’un de nous va avoir l’opportunité d’aller vivre deux ans à Lisbonne car son amie va y préparer une thèse d’anthropologie pour cette période. Leur entourage leur a dit : « Vous choisissez le bon moment ». Première condition pour se faire une opinion : prendre du recul, par rapport au quotidien. C’est ce que nous proposons aux stagiaires, pris dans leurs obligations, les sollicitations ambiantes, le conditionnement plus ou moins contraignant de l’addiction. Cette prise de recul peut et doit être intégrée à la vie de toute personne soucieuse de réflexion apaisée, de tranquillité émotionnelle, de gouvernance de sa vie.

Prendre du recul ne va pas de soi, tant les sollicitations sont envahissantes, contraignantes et liberticides dans notre modernité tardive. Nous avons, chacun, dans notre contexte de vie, à réfléchir à ce qui peut ramener les sollicitations à l’utile pour nous laisser du temps libre pour faire ce qui nous plaît.

Aller à la recherche des informations utiles ne va pas de soi. Une patiente oppose deux modes relationnels concernant sa fille et son fils. Ce dernier se sert de son ignorance des addictions alcooliques pour se comporter en parfait parasite domestique, en négligeant ses propres devoirs au prétexte de l’alcoolisme passé de sa mère. Sa fille a cherché au contraire à comprendre les raisons qui expliquent qu’une personne puisse basculer dans la dépendance alcoolique. Non seulement, elle ne juge pas mais la relation avec sa maman est satisfaisante à tous les points de vue.

 

Chaque personne doit faire l’effort de se connaître pour mieux gérer sa vie. Elle ne peut se donner comme norme relationnelle, en soumettant son environnement à ses besoins et à ses désirs. Toute relation suppose des compromis intelligents et équitables.

Enfin, nous avons le devoir et, dans une certaine mesure, la nécessité vitale de comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Notre échange pourrait porter principalement sur ce second aspect des connaissances utiles.

 

Comment élaborons-nous nos opinions pour nous repérer dans le monde dans lequel nous vivons ? A qui se fier pour ce qui concerne le champ des addictions et notre conduite de vie personnelle ?

Ma position d’ensemble

J’ai eu tout le temps nécessaire pour apprendre à établir mes opinions sur la diversité des sujets qui me concernent à des degrés et à des titres différents. Comme la plupart des gens, j’écoute, j’observe et je me fais une opinion à laquelle que je m’efforce de maintenir assez de souplesse pour la faire évoluer en fonction des retours du réel. Je me documente de façon sélective, en essayant de bien choisir mes supports de connaissance et d’information. L’expérience acquise, par la force des choses, a un pouvoir discriminant. Je n’ai pas la prétention d’être omniscient.

Je n’accorde pas de crédit aux opinions toutes faites, aux kits de pensée et de comportements. Je préfère être décalé et inactuel. J’ai la Vérité en horreur car je crois que ce mot se décline au pluriel, avec une minuscule, et que son contenu est rarement immuable. Cette position me brouille avec les différents systèmes de croyance érigés en détenteurs autoproclamés et contraignants des façons d’être et de faire. La prudence est la règle pour les opinions politiques, comme est justifiée la réserve vis-à-vis de toute croyance religieuse arrogante ou belliqueuse. L’Histoire et l’usage de l’esprit critique face aux faits confortent cette attitude.

Ma défiance s’étend aussi à la plupart des opinions scientifiques. Celles-ci ne sont neutres qu’en apparence. L’exemple de ce qui est dit et de ce qui est tu de la problématique alcoolique en est un exemple.

La plupart des discours doivent s’analyser par ce qui est dit et par ce qui tu. Les pouvoirs excellent dans la gestion de l’Opinion. Nous l’avons vérifié lors des dernières péripéties électorales mais plus largement en matière de géopolitique et pour tout les grands sujets, par le biais de l’événementiel donné en pâture et de la Communication.

L’urgence comme discours et pratique

8 et 15-07-2024

 

C’est le livre de Julien Le Mauff : “L’empire de l’urgence” (qui a donné l’idée d’examiner la fonction de l’urgence dans nos discours et nos pratiques, en le rapportant, bien évidemment, à la problématique alcoolique et addictive.

Le plus simple est d’extraire quelques lignes significative de la fiche rédigée à son sujet.

L’auteur met l’accent sur le rôle de l’urgence et de l’exception comme modes de gouvernance des populations.

« L’urgence dispense de l’effort de comprendre les situations et de réfléchir à des réponses structurelles. La priorité est donnée, de façon obsessionnelle, à l’événementiel“. Bourdieu : « Les faits divers sont aussi des faits qui font diversion » . Le fait divers constitue une forme invisible de censure, et appartient aux stratégies de production d’un consensus vide, qui visent à la dépolitisation. La force de l’urgence est ainsi d’absorber tout problème. Celui qu’on ne parvient pas à présenter comme urgent (ou rentable) se trouve éliminé.

L’urgence comme discours et méthode est le plus sûr moyen de laisser les mains libres à ceux qui nous asservissent et nous “divertissent“, au prétexte de nous gouverner.

Nous le vérifions souvent, à l’échelle des individus, dans le cadre des problématiques alcooliques. Nous serions censés devoir répondre aux urgences, alors que dans la quasi totalité des cas, il suffit d’attendre pour que le taux d’alcool revienne à zéro et qu’une discussion puisse avoir lieu. L’urgence escamote la réflexion, le débat et l’action concertée. L’accompagnement, avec la méthode proposée, en est l’antithèse.

 

Avez-vous intégré la lenteur dans votre conduite de vie?

Quels en sont les résultats les plus tangibles?

 

Chaque réunion donnera lieu à un échange différent et à un compte-rendu particulier.

La place de la tristesse

01-07-2024

 

La tristesse est considérée comme une émotion pénible, douloureuse, qu’il conviendrait d’écarter au plus vite pour, si on en croit Spinoza, augmenter sa puissance d’agir. Curieusement, la tristesse ne fait pas partie de l’inventaire du philosophe. Il mentionne la haine, la vengeance, la peur et le ressentiment, à laquelle la précédente réunion a été dédiée. La tristesse altèrerait la vivacité intellectuelle. Ttrois type d’émotions dominent: le désir, la joie et la tristesse.

La tristesse est un sentiment largement partagé qui se manifeste habituellement avec le vieillissement. Cela étant, l’enfant triste est une réalité et le vieillard joyeux en est une autre. Il est habituel d’entendre critiquer la tristesse. La tristesse renvoie à ce que la vie n’a pas de beau et de pas drôle. Faudrait-il s’interdire de voir ce qui est et de combattre cette émotion, de lui attribuer une signification pathologique?

Nous allons nous efforcer d’expliciter et de comprendre la tristesse qui peut nous accompagner ou nous envahir. Nous pouvons également réfléchir aux émotions qui pourraient la compléter ou constituer une alternative.

L’alcool est valorisé comme une source de gaité et de rapprochement joyeux. Il est habituellement célébré. Nous avons, malheureusement l’expérience du contraire.

Pour introduire la réflexion d’une manière plus personnelle, je dirai que la tristesse est un sentiment qui m’est familier. Je suis triste de voir le monde tel qu’il va. J’ai conscience de mes limites et de mes limitations. J’accueille mes moments de tristesse et j’essaie de les dépasser par des actions réfléchies qui pourraient déboucher sur un mieux être ou un mieux existant. J’essaie de me rapprocher des personnes qui s’accordent à mes intentions et qui partagent dans l’ensemble le regard que je porte sur le monde et la vie. Faisant cela, je me heurte à toutes les forces d’inertie qui entravent la fameuse puissance d’agir. Je me désole de l’effet du lavage de cerveau auquel nous sommes soumis quotidiennement. Bref, je fais ce que je peux. Je peux disposer comme d’autres des ressources de l’humour et, s’il le faut, de la dérision, à l’image du dernier film que j’ai découvert : Des trains étroitement surveillés. Le réalisateur tchèque a utilisé une écriture pénitentiaire pour dénoncer l’oppression soviétique qui régentait son pays, en prenant comme cible apparente le pouvoir hitlérien qui avait précédé la libération communiste. Deux ans plus tard, les tanks russes écrasaient le Printemps de Prague.

Comment accueillez-vous la tristesse? En quoi vous gène-t-elle? Quelles alternatives lui trouvez-vous?

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